EXCLU WEB / Le bien-être animal au quotidien

Christophe Soulard
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Le Centre national interprofessionnel d’économie laitière (Cniel) a récemment organisé une visite d’exploitation en Seine-Maritime pour présenter la manière dont les agriculteurs appliquent au quotidien le bien-être animal. 

EXCLU WEB / Le bien-être animal au quotidien

Thierry Bertot exploite avec son frère un Gaec en polyculture-élevage de 164 ha sur lequel tous les deux cultivent du maïs ensilage (25 ha), des prairies (20 ha) mais aussi du lin fibré, du colza, du blé et un peu de maïs grain. Ses 90 vaches lui permettent de produire 880.000 litres de lait par an. Toutes ses vaches se portent bien et comme il aime le répéter : « Quand on est éleveur, on n’aime pas voir un animal malade ». Cet adepte des méthodes douces et qui pratique l’aromathérapie et l’acupuncture sur son cheptel (il a reçu les formations adéquates) se passe d’antibiotiques depuis une dizaine d’années et s’est naturellement inscrit dans la démarche Boviwell. Ce dernier est l’outil de mesure du bien-être des animaux dans les exploitations bovins viande et bovins lait. Il a été coconstruit avec les filières et les acteurs économiques en concertation avec les organisations non gouvernementales welfaristes, et s’appuie sur le référentiel scientifique européen Welfare Quality®. 

Aération, espace, luminosité… 

C’est la venue d’un technicien référent, en l’occurrence un conseiller laitier, François Toch de la coopérative Sodiaal à laquelle Thierry Bertot adhère, qui permet de contrôler à travers de nombreux indicateurs si la charte Bien-être animal est bien respectée par l’éleveur. Lui-même a la charge de suivre environ 180 éleveurs sur l’ensemble d’une vaste zone géographique. Muni de sa tablette et de l’application, il pointe un à un les indicateurs. « L’évaluation se fait le matin, après la traite car les vaches sont dans de meilleures dispositions », explique-t-il. Il commence généralement par faire un tour dans les stabulations pour évaluer le comportement des animaux, « pour voir leur comportement vis-à-vis de la présence de l’homme. Si beaucoup reculent ou sont effarouchées, alors ça peut questionner », annonce-t-il. Sur les cinquante vaches à travers lesquels il déambule, une seule a voulu reculer. Le conseiller évalue aussi le bâtiment dans son entier : aération, ventilation, espace, luminosité… Tout est passé au peigne fin, scruté, noté. Ainsi, il faut au minimum 62 m² d’entrée d’air dans le bâtiment ainsi que 32 m² de sortie par la faîtière. « D’ailleurs, si c’est bien aéré, on ne voit pas de moisissures, même sur les vieux bâtiments », rappelle Thierry Bertot bien informé. Ce qui est le cas pour lui et une stabulation d’environ 30 ans d’âge. Chaque animal doit disposer de logettes d’au moins trois m², avoir un accès suffisant à un point d’eau. « C’est généralement sur ce point que les agriculteurs pèchent parfois. Ils ne sont pas toujours en nombre suffisants et les agriculteurs ne savent pas toujours que les vaches dominantes peuvent interdire l’accès à d’autres », souligne-t-il. D’où la nécessité de multiplier les points d’eau et « bien entendu, de les tenir propres », pointe François Toch. 

Plan d’action coconstruit

Puis vient ensuite le tour des animaux eux-mêmes. « On regarde leur état global, s’ils boitent, s’ils sont blessés, s’ils ont des gonflements etc. » Le conseiller détaille dans ses fiches la manière dont l’écornage s’est effectué : de manière chimique ou thermique, la façon dont cet écornage a été pris en charge. Il est également attentif au parage des animaux et à une éventuelle surmortalité dont les causes peuvent être nombreuses. Thierry Bertot a vu quatre de ses vaches subir des ruptures de tendons ou des fractures en raison d’un sol trop glissant. Il a donc, sur les recommandations de son conseiller, rainuré le sol béton de stabulation. Ce qui lui a permis d’effacer ce mauvais point. « J’en tiens pour au moins sept ans ». D’ici là, il aura sans doute pris sa retraite. Son fils qui va s’associer avec un de ses neveux devraient reprendre la main. En fonction des points à améliorer, l’agriculteur dispose d’un temps imparti pour résoudre le problème. « S’il manque une boucle d’oreille à une vache ou un veau, il a huit jours pour agir, car c’est rapide à corriger. En revanche, pour ajouter un point d’abreuvement, les délais sont nettement plus longs », précise François Toch. « Nous sommes dans une démarche de progrès et dans un plan d’action coconstruit », ajoute-t-il. En tout, ce sont seize indicateurs de bien-être animal qui sont passés au crible. « Les animaux sont généralement à l’image de l’éleveur. On n’oublie jamais qu’on travaille avec du vivant », résume Thierry Bertot. 

Démarche de progrès

En France, il existe environ 50.000 éleveurs laitiers. Si 97 % des exploitations sont engagées dans la charte des bonnes pratiques, 4.000 seulement ont été évaluées sur la bien-être animal, dont 3.000 par la seule coopérative Sodiaal. Selon François Toch, environ 73 % des troupeaux laitiers évalués ont décroché la mention « supérieur » ou « excellent ». 24 % sont estampillés « en progression » et 4 % doivent obligatoirement s’inscrire obligatoirement dans une démarche de progrès. Le Cniel ambitionne d’évaluer l’ensemble des exploitations laitières d’ici 2025. Cette évaluation est gratuite car prise en charge par les laiteries. 

Christophe Soulard