Les vendanges ont démarré mi-août dans de nombreux vignobles en France. Un démarrage plus anticipé encore que ces dernières années et dont la précocité n’est pas sans poser des problèmes d’organisation.

Des records de précocité

Un peu partout en France, la récolte des raisins a commencé, avec parfois plusieurs semaines d’avance sur les dernières années pourtant déjà plus précoces que les décennies précédentes. Dans la Vallée du Rhône, des records de précocité ont été battus. Les vendanges ont ainsi commencé dès le 11 août dans certaines parcelles des AOC Clairette de Die, Crémant de Die, Coteaux de Die et Châtillon en Diois. « Les vendanges ont ainsi débuté plus tôt qu’en 2003, année marquée par une canicule exceptionnelle, avec le ramassage des muscats dans les zones les plus avancées », précise l’interprofession Inter-Rhône.

Cette situation exceptionnelle se retrouve un peu partout sur le territoire. À l’autre extrémité de la France, côté Ouest, les vignerons de l’Ile de Ré n’auront jamais démarré aussi tôt. Les premiers coups de sécateurs sont prévus le 23 août, en raison du développement du raisin, a annoncé Benoît Penanhoat, le maître de chai d’Uniré, la coopérative de vignerons rhétais. « Cela représente 15 jours d’avance par rapport à l’an dernier », a-t-il indiqué dans la presse locale.

Dans le Bordelais, le deuxième vignoble français par la taille après le Languedoc-Roussillon, c’est avec dix jours d’avance que la récolte a commencé. Là encore, les records de 2003 et 2020 ont été enfoncés avec les premières vendanges des vins blancs les 15 et 16 août. Les fortes chaleurs de juin, juillet et août ont accéléré la maturation du raisin, contraignant les viticulteurs à avancer les vendanges de plusieurs jours voire, plusieurs semaines. Les chaleurs caniculaires et la sécheresse prolongée en Gironde ont conduit trois appellations – Pessac-Léognan, Pomerol et Saint-Émilion – à demander -et obtenir- l’autorisation d’irriguer leurs jeunes vignes. Dans la région, la vendange des rouges devrait démarrer dès le 1er septembre.

Le vignoble du Beaujolais ne fait pas exception à la règle. Les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 17 août, date de début des vendanges fixée chaque année grâce aux données techniques du réseau maturation, mais sans obligation. « Cette année, on observe une situation particulièrement hétérogène dans le vignoble », souligne cependant l’interprofession Inter Beaujolais. « Certains viticulteurs commenceront dès le 17 août à vendanger leurs parcelles les plus précoces, pour lesquelles la maturité est d’ores et déjà aboutie. Toutefois, la cueillette démarrera essentiellement autour du 22 août à travers tout le Beaujolais ». À noter enfin qu’avec un démarrage le 19 août, le champagne a également connu son millésime le plus précoce de l’histoire connue du vignoble.

Point d’interrogation sur les volumes

Si la précocité ne fait pas de doute, les volumes attendus sont encore largement sujets à caution. Plusieurs vignobles ont évalué ces derniers jours des pertes irrattrapables liées à la sécheresse. C’est le cas dans le Frontonnais (Haute-Garonne) et le Gaillacois (Tarn) où l’on s’attend à une récolte amputée d’environ 20 % par les chaleurs. Mais les pluies abondantes survenues autour et après le 15 août pourraient sensiblement changer la donne dans certaines régions. Agreste Conjoncture, la revue statistique du ministère de l’Agriculture, estimait le 9 août dernier la production nationale viticole 2022 entre 42,6 et 45,6 millions d’hectolitres. Un chiffre proche de la moyenne quinquennale et qui sera de toute façon supérieur au millésime 2021, décimé par les intempéries.

La précocité du millésime n’est pas cependant sans poser d’importants problèmes pour l’organisation de la vendange. En Alsace, où les vendanges démarrent le 23 août, on déplore un manque important de cueilleurs. La campagne de recrutement tarde à se traduire en embauches et les vignerons indiquent qu’il reste encore 2.400 postes à pourvoir, malgré les efforts conjugués de Pôle emploi, de l’association des viticulteurs d’Alsace (AVA) et de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Les organisations professionnelles alertent sur des difficultés similaires dans la plupart des appellations, aggravées par la précocité exceptionnelle du millésime. En Languedoc-Roussillon, les vignerons ont ainsi dû trouver du personnel dès les premiers jours d’août pour récolter les premiers raisins. Dans le vignoble champenois comme partout, les professionnels emploient de plus en plus une main d’œuvre étrangère pour répondre aux besoins de saisonniers.