Vins de Bourgogne
« On est à l’os »

Cédric Michelin
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Mercredi 22 septembre à Beaune, l’interprofession des vins de Bourgogne (BIVB) invitait les médias, venus nombreux, à faire le point sur les vendanges 2022. Le millésime satisfait les professionnels. L’économie en revanche semble marquer un tournant…

« On est à l’os »
François Labet a rendu hommage à Louis-Fabrice Latour, ancien président du BIVB, décédé cet été.

Côté pile, tout va bien. Côté face, rien ne va plus. C’est le sentiment inhabituel laissé par les deux présidents du BIVB. Tout d’abord, pour la viticulture, François Labet, président, revenait sur les vendanges - « pas toutes terminées ; encore dans les Hautes Côtes » - mais rassurant sur « la qualité et la quantité » de la récolte 2022. « Les vinifications en rouges ne sont pas terminées mais les premières dégustations sont superbes, sur le fruit, pétillant de saveurs, proche du formidable millésime 1959, un des grands millésimes du XXe siècle », comparait le vigneron du Château de la Tour à Vougeot, devant une trentaine de journalistes des médias nationaux et internationaux.
En revanche, sur le front de l’économie, le président-délégué, Laurent Delaunay prenant la parole à sa suite, infléchissait légèrement l’indécente domination de la Bourgogne sur les marchés des vins ces dernières décennies. Le négociant Nuitons rappelait d’abord la dégradation du potentiel de production. « Si l’on regarde à 20 ans, la production annuelle est stable – 1,45 million d’hl - alors que les surfaces augmentent d’1 % par an ; ce qui traduit une baisse du rendement moyen par hectare », analysait-il. Le BIVB se refusant désormais de communiquer sur une estimation du volume final de l’année avant les déclarations de récolte, il faudra attendre les déclarations de récolte et l’officialisation lors des Hospices de Beaune.

Des écarts de rendements plus importants

Sur ces deux dernières décennies, il distingue deux périodes : la seconde moitié étant faite « d’écarts importants » entre millésimes généreux et années de « peu », à l’image de la récolte 2021 tombée à 997.000 hl en raison du gel. « C’est une réalité qu’il nous faut apprendre à gérer », se contentait-il de dire alors que la viticulture a fait des propositions en ce sens (lire encadré).

Les conséquences sur les marchés des vins se sont faites ressentir en plusieurs temps, d’abord par une augmentation historique des cours du vrac, puis par « des allocations limitées à nos clients français et étrangers » et enfin, à l’heure actuelle, « à des stocks à la propriété et au négoce extrêmement bas », tous millésimes confondus. « On est à l’os ! », ne cachait-il, preuve que la situation est tendue.
Cela se retrouve donc dans les derniers chiffres de commercialisation. Si « l’anticipation » des achats professionnels avait fait gonfler les sorties, le manque de disponible est bien là. « On savait que cela allait arriver avec notre taux de croissance atypique par rapport aux autres vignobles. Depuis quelques mois, on constate des débuts de décrochage en grande distribution, en France et sur certains marchés exports ».
Toute la question maintenant est de savoir s’il s’agit uniquement d’un manque de disponibilité en vins ou si les vins de Bourgogne vont subir, eux aussi, la baisse de consommation ou la baisse du pouvoir d’achat avec l’inflation ? Y compris pour ses prestigieuses appellations…
Détaillant de nombreux chiffres (dans notre prochaine édition), le BIVB s’est voulu confiant en guise de conclusion : « on s’attendait à ce décrochage. Il n’y a rien d’affolant. Mais il nous faudra deux années de belles récoltes avant de repartir à la reconquête des marchés qui attendent des réapprovisionnements à la mesure de leurs attentes. Alors, on repartira à la hausse », espère le BIVB.

Bourgognes et champagnes ont le feu vert pour dépasser leur rendement butoir 

Un dépassement exceptionnel des plafonds de rendement en vins d’appellation a été validé le 8 septembre par l’Inao, a-t-on appris auprès de l’établissement public, cette mesure concernant « particulièrement la Champagne et une partie de la Bourgogne ». L’idée est de « profiter d’une belle récolte 2022 », comme c’est le cas « particulièrement en Champagne et une partie de la Bourgogne », pour « reconstituer au plus vite les réserves entamées en 2021 », explique Christian Paly, président du comi- té national des vins AOC. Tel est l’objet du projet de décret voté le 8 septembre, qui prévoit une dérogation au code rural pour dépasser le rendement butoir cette année. Plusieurs conditions sont fixées. L’appellation doit avoir subi en 2021 une sévère baisse de récolte (-20 % minimum par rapport à la moyenne sur cinq ans), constatée par un arrêté de calamité agricole. Perte s’étant traduite par une forte diminution du stock (-35 % minimum), constitué en application de la mesure de régulation de marché ou du VCI, volume complémentaire individuel. Le dépassement de rendement butoir en 2022 (dans la limite de 7 % ou de 5 hl/ha) doit uniquement servir à alimenter les réserves. Enfin, la mesure s’accompagne d’un renforcement des contrôles qualitatifs. Les vignobles de Champagne et (en partie) de Bourgogne ont formulé une demande pour en bénéficier, d’après Christian Paly, précisant que la Savoie l’aurait retirée. 
L’Inao informe que le décret sera « prochainement publié ». Dès lors, les appellations pourront réclamer une hausse de leur rendement butoir. Leurs demandes seront étudiées lors du prochain comité national des vins AOC, le 30 novembre. Un arrêté précisera ensuite les noms des appellations pouvant bénéficier de cette hausse exceptionnelle du rendement butoir.

Le président de la CAVB, Thiébault Huber a précisé, le 22 septembre à Beaune, qu'il « ne s'agit en aucun cas de rendements complémentairs » mais bien de constituer des « réserves » qu'ont demandé cette année les appellations bourgogne blanc, chablis, mâcon et les hautes-côtes en blanc toujours.