Qualité et précision de la pulvérisation
DOSSIER PULVE CULTURES : La suspension d’essieu entre en jeu

Les suspensions d’essieu protègent la structure des pulvérisateurs traînés sur la route et améliorent au champ le comportement de leur rampe. Les plus perfectionnées s’adaptent à la charge et sont mêmes capables de corriger l’inclinaison de l’appareil en dévers.

DOSSIER PULVE CULTURES : La suspension d’essieu entre en jeu
La suspension d’essieu protège les rampes au transport et contribue à leur stabilité au travail. Crédit : ©Tecnoma

La bonne stabilité au champ de la rampe d’un pulvérisateur influe sur l’efficacité du traitement, en assurant une distance constante entre les buses et la cible sur toute la largeur de travail. Sur un appareil traîné, elle repose sur la parfaite adéquation des différents systèmes d’amortissement et de suspension embarqués sur le timon, l’essieu, le relevage et le cadre support de la rampe. Ces solutions doivent, en effet, filtrer efficacement les réactions causées par les imperfections du sol, les mouvements de la bouillie dans la cuve et les autres actions parasites, sans interférer entre elles. « La suspension d’essieu présente autant d’intérêt au champ que sur la route. Au transport, elle protège la structure de l’appareil en absorbant les à-coups causés par les trous dans la chaussée et les vibrations issues, par exemple, du contact des crampons avec le sol. Au travail, elle assure les mêmes fonctions et constitue le premier maillon dans la stabilité de la rampe », remarque Jérôme Mestrude, responsable service clients Tecnoma.

De grandes différences de conception

Les mécanismes de suspension d’essieu diffèrent de conception selon les marques et parfois même au sein de l’offre du constructeur. Hardi Evrard propose, par exemple, trois configurations : à deux plots en polyuréthane sur les Hardi Navigator, à ressort hélicoïdal + amortisseur sur les Evrard Meteor et hydropneumatique sur les Hardi Commander. Arland, Tecnoma et Horsch retiennent des coussins d’air avec correction de niveau, tandis que Fendt se distingue par son principe à roues indépendantes à double triangulation. Les boudins en polyuréthane, adoptés également par Horsch et John Deere, prennent place entre le châssis et le support oscillant de l’essieu. Kuhn indique utiliser du Strathane sur ses pulvérisateurs traînés Métris, mais il s’agit aussi d’un polymère d’uréthane. Ces plots présentent l’avantage d’être simples, économiques et sans entretien. Affichant un débattement limité, ils se déforment sous l’effet du poids et reviennent progressivement à leur position. En revanche, ils n’assurent pas une véritable adaptation des réactions en fonction du niveau de remplissage de la cuve.

Des réactions asservies à la charge

La suspension à ressort boudin verticale du Meteor s’accompagne d’un amortisseur et présente une conception simple. Elle se caractérise par son grand débattement (supérieur à 170 mm) lui permettant de bien absorber de gros obstacles. Berthoud partage une conception similaire avec sa solution Actiflex, mais place le ressort boudin en position longitudinale. Le constructeur rhodanien annonce pour cette solution une raideur variable en fonction de la charge et des efforts de l'essieu. La suspension hydropneumatique ou oléopneumatique, retenue notamment par Amazone, Arland, Hardi, Kubota, Kuhn, Kverneland et Maschio, fait généralement appel à deux vérins hydrauliques couplés à une ou plusieurs boules d’azote. Cette solution garantit un bon débattement et s’accompagne dans certains cas d’un dispositif d’asservissement à la charge. Ainsi, chez Maschio et Kuhn, les deux boules d’azote présentent des tarages différents. Par conséquent, une seule assure la suspension à vide, tandis que les deux sont actives à pleine charge. Les modèles Kverneland iXtrack T6 (5.200, 6.400 et 7.600 l), se distinguent par l’adoption d’une liaison par lames ressort entre l’essieu et le châssis, en complément des vérins hydrauliques.

La correction de dévers au programme

Tecnoma a été le premier constructeur français à proposer, dès 1995, une suspension d’essieu sur un pulvérisateur traîné. Baptisé Axair, son dispositif, qui équipe aujourd’hui 95 % des appareils traînés commercialisés par la marque, se caractérise par l’utilisation de deux coussins pneumatiques. Il présente l’avantage de s’adapter automatiquement à la charge, grâce à la présence d’une valve de nivellement, qui ajuste la pression de gonflage en fonction de la quantité en cuve. Tecnoma décline ce système dans une version économique dénommée Softair dépourvue de tout pilotage. Cette dernière configuration reprend les deux boudins pneumatiques, qui sont gonflés en permanence à la même pression. Une valve permet de les recharger en air pour compenser les éventuelles fuites. La dernière technologie de suspension, indiscutablement la plus évoluée, a été dévoilée en 2019 par Fendt sur les pulvérisateurs traînés Rogator 300. Elle fonctionne avec deux vérins hydrauliques et partage son principe de conception à double triangulation avec les ponts avant suspendus des tracteurs des séries 900 Vario. Cette architecture, compatible avec les roues directionnelles, assure, grâce à l’automatisme FSC (Fendt Stability Control), des réactions indépendantes droite gauche, en ajustant la dureté des vérins, et maintient ainsi l’appareil à l’horizontale en virage. Elle autorise pour le moment une correction manuelle de l’assiette lors du remplissage sur une aire inclinée ou dans les parcelles en dévers jusqu'à 7 degrés d'inclinaison, soit 12 %. Un mode entièrement automatique de la mise à niveau est en cours de développement.
David Laisney