Association laitière Jura Bresse
L'Association laitière Jura Bresse veut assurer le renouvellement des générations

Marc Labille
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Alors que Danone tient à nouveau un discours ambitieux en termes de collecte, l’Association laitière Jura Bresse veut assurer le renouvellement des générations.

L'Association laitière Jura Bresse veut assurer le renouvellement des générations
Sur 81 installations enregistrées dans le département, 5% seulement ont été en production laitière, indiquait Baptiste Badot, administrateur aux JA 71.

Le 19 mars dernier, l’Association laitière Jura Bresse (ALJB) tenait son assemblée générale à Serley. Passé la partie statutaire (lire encadré), les responsables de l’ALJB proposaient une table ronde sur le « défi du renouvellement des producteurs laitiers sur la décennie à venir ». La pyramide des âges des exploitants ; un niveau de prix du lait qui reste insuffisant au regard des charges ; des jeunes qui craignent davantage l’astreinte que leurs aînés : l’avenir de la production laitière est incertain, comme l’expriment plus de la moitié des éleveurs. Pourtant, l’attitude de Danone est plutôt rassurante aujourd’hui, témoignait Anthony Ecoiffier, président de l’ALJB. L’industriel affiche en effet son ambition de maintenir le volume de sa collecte à 45 millions de litres de lait sur la zone. Aussi, pour l’association, l’objectif est-il de maintenir à tout prix la production et donc les installations.

Des jeunes encore optimistes

Pour ouvrir le débat, Laurent Lefèvre de la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire a livré quelques données d’une étude régionale sur les installations en zone de plaine (hors AOP). Bien que petit département laitier, la Saône-et-Loire se hisse à la seconde place (derrière la Haute-Saône) en nombre d’installations. Si la part des hors cadre familial progresse, environ 80 % des jeunes installés sont en famille. 95 % s’installent en société. La majorité des installations se fait sans agrandissement, mais avec une augmentation de production. La moitié des installés envisagent une hausse de litrage dans les cinq ans. Ces jeunes sont globalement satisfaits de leur situation professionnelle. Mais les problèmes du revenu et de temps libre sont déplorés par une partie d’entre eux. Le coût de la reprise d’exploitation est un autre problème dénoncé. De même que l’accès au foncier. Néanmoins, plus de la moitié de jeunes installés reste optimiste et 77 % pensent être encore producteurs de lait dans 5 ans, rapportait Laurent Lefèvre.

Les raisons du renoncement…

Invité de cette table ronde, Pierre Botheron, directeur du lycée de Fontaines, faisait état de la motivation des jeunes qui entrent au lycée chaque année. « Ils ne viennent pas chez nous par hasard ! 70 à 80 jeunes sur 100 arrivent là pour travailler dans l’élevage, dont une trentaine se destine à l’élevage laitier. Mais sur 100 jeunes qui sortent du lycée, seulement une vingtaine va vers un projet d’installation et très peu s’installent finalement en lait : 4 ou 5 par an seulement », informe le directeur. Comment passe-t-on de 30 jeunes se destinant à la production laitière à seulement une poignée d’installations ? C’est une question que se posent les responsables du lycée de Fontaines, lequel possède pourtant une belle exploitation laitière.

Des aspirations qui interrogent

Pour Pierre Botheron, « les jeunes recherchent un projet économiquement solide » : ils veulent de la « rentabilité ». Et ils exigent un prix du lait qui soit « suffisant et lisible ». La « notion de vivabilité » est aujourd’hui très présente dans les aspirations des jeunes. Ils veulent que leur projet professionnel soit « compatible avec leur projet personnel et social », pointe le directeur. Ce dernier va plus loin en évoquant une « perte de confiance dans les organisations ». Mieux formés, ces jeunes ont la capacité à « ré-interroger le discours qui leur est donné », alerte Pierre Botheron. Ce constat incite à questionner le modèle même des exploitations laitières telles qu’elles sont envisagées aujourd’hui, estime le directeur du lycée de Fontaines. « Le robot ne suffit pas. Il faut avoir la main-d’œuvre suffisante pour permettre de se libérer de l’astreinte ». Et le formateur d’évoquer des pistes d’organisation différente, tel le regroupement de troupeaux par exemple…

L’exemple du Gaec du Progrès

Exploitant à Saint-Germain-du-Plain, Christophe Chaumont témoignait de son expérience au sein du Gaec du Progrès. Il s’est installé en 2007 sur une ferme produisant à l’époque 800.000 litres de lait et qui comptait alors deux associés de 50 ans. Avec 300 hectares de cultures, le jeune agriculteur aurait pu, comme il le dit lui-même, laisser l’élevage une fois la retraite de ses deux associés. Mais ce n’était pas sa philosophie ni celle du Gaec. Titulaire d’un BTS logistique, son épouse, qui aidait déjà régulièrement, est devenue salariée de l’exploitation. Elle s’est installée avec Christophe en 2019. Thomas, « un copain d’enfance », était salarié sur la ferme depuis 2014. En 2021, il a rejoint à son tour le Gaec en tant qu’associé. Le dernier associé en date est Léo, lequel connaissait la ferme depuis son stage de troisième. Les quatre sociétaires emploient un salarié ainsi qu’un apprenti et le Gaec accueille également quatre stagiaires ! La structure produit aujourd’hui trois millions de litres de lait avec quatre robots de traite et un robot d’alimentation. Tous les mâles sont engraissés.

Produire du lait n’est possible qu’à plusieurs

Comme le souligne Léo, « le Gaec du Progrès a tout le temps été en développement » et la plupart de ses associés l’ont intégré après y avoir effectué des stages et y avoir exercé comme salarié. « Nous avons toujours pris des stagiaires et par forcément des fils d’agriculteurs », argumente Christophe qui ajoute : « à 55 ans, rechercher un associé, c’est déjà trop tard ». L’agriculteur se dit aussi convaincu que la production laitière est une activité de groupe. « Pour bien vivre, il faut 600.000 litres par associé et être plusieurs pour pouvoir se remplacer dans de bonnes conditions ». Un principe que confirme Léo : « dans notre Gaec, il y a moins de pénibilité et moins d’astreinte. Tout cela rassure ». Et Christophe Chaumont d’évoquer l’importance du café du matin. Un moment fondateur où « tout le monde se retrouve autour de la table ».

Positiver quand même…

Ce témoignage démontre bien qu’il est possible d’installer des jeunes en production laitière. Pour peu que les jeunes ne soient pas trop obnubilés par un projet individuel, la production laitière a encore un bel avenir. Comme le soulignent les responsables du lycée de Fontaines, il ne faut « pas sous-estimer le côté passion du métier ». Un aspect positif qui souffre parfois des excès d’un « discours d’alerte sur les conditions du métier », pointait le responsable de la ferme du lycée. Sur ce point, Anthony Ecoiffier le rejoignait en appelant à communiquer plus positivement.

Reste néanmoins qu’il faut bien « un prix qui puisse permettre ce renouvellement de génération », complétait Stéphane Convert, président de la section laitière de la FDSEA. Évoquant une situation nationale où même « en Normandie, on dépasse le plafond de retournement de prairies », le responsable rappelait que la question du prix du lait était centrale. « Certaines laiteries dépassent la méthode des coûts de production car elles cherchent à mieux payer les producteurs », concluait-il.

Fin d’AlimFrance et amélioration de la formule de prix

En 2023, l’ALJB comptait 72 livreurs de lait pour Danone pour un volume de 43 millions de litres de lait en baisse de 2 millions de litres. L’ALJB fédère aussi un groupe de 15 éleveurs livrant du lait AOP (7,6 millions de litres) à la fromagerie des Hautes-Combes (25). En 2023, l’association a perdu quatre livreurs pour Danone pour un volume de 2,5 millions de litres. Le prix moyen payé aux producteurs Danone était de 494 €/1.000 litres soit une hausse de + 48 €. « Le prix du lait n’a jamais été aussi élevé, mais le lait n’a jamais été aussi cher à produire ! », commentait Anthony Ecoiffier qui faisait état d’une hausse des coûts de production de + 30 %. L’expérimentation AlimFrance par laquelle Danone et les producteurs de l’ALJB s’étaient engagés à nourrir les animaux rien qu’avec des aliments français est sur le point de s’achever (fin juin 2024). Les producteurs de la zone Jura Bresse n’avaient pas été suivis par leurs collègues des autres régions et Danone n’était pas parvenu à valoriser cet effort de la part des éleveurs de la zone. Courant 2023, les responsables de l’ALJB ont travaillé sur une amélioration de la formule de prix. Malgré une inflation aux consommateurs de + 20 à + 25 % sur les produits laitiers, les niveaux de prix payés aux producteurs demeurent insuffisants. Un accord sur une nouvelle formule de prix vient d’être trouvé, annonçait Anthony Ecoiffier.