Histoire du Comté
Document historique : une fruitière à Poligny dès 1263

Sébastien Closa
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La copie d’un document unique trône désormais à l’hôtel de ville de Poligny, offert par Jean-Charles Arnaud : le Cartulaire des Sirs d’Arlay, ou cartulaire bleu. Dans ce registre du XIIIe siècle, à la page 109, l’acte de vente en mars 1263 des terres de Girars de Neufchatel, chevalier et connétable de Bourgogne, à la comtesse Lore. Parmi les propriétés vendues : la « fructerie de Poloingney », ou en français moderne, la fruitière de Poligny. Il s’agit de la plus ancienne inscription connue mentionnant les fruitières.

Document historique : une fruitière à Poligny dès 1263
50 ans se sont écoulés depuis la rédaction de cet acte de vente de la fruitière de Poligny. Lors de la cérémonie pour présenter le cartulaire, Dominique Bonnet a remis la médaille de la ville à Jean-Charles Arnaud.

La copie d’un document unique trône désormais à l’hôtel de ville de Poligny : le Cartulaire des Sirs d’Arlay, ou cartulaire bleu. Dans ce registre du XIIIe siècle, l’acte de vente en mars 1263 des terres de Girars de Neufchatel, chevalier et connétable de Bourgogne, à la comtesse Lore. Parmi les propriétés vendues : la "fructerie de Poloingney", ou en français moderne, la fruitière de Poligny. Il s’agit de la plus ancienne inscription connue mentionnant les fruitières.

Vingt années de travail auront été nécessaires au fromager Jean-Charles Arnaud, président de Juraflore, pour avoir accès à ce Cartulaire des Sires d’Arlay. Il a débuté ses recherches lorsqu’il était président de l’INAO : pour éviter que l’appellation gruyère ne devienne exclusivement suisse, il lui fallait des preuves historiques de sa présence en Franche-Comté. Ses investigations le mèneront à Londres, à la British Library. Le cartulaire est retrouvé. Sur la page 109, la lettre de Girars de Neufchatel, reconnaissant avoir vendu à la comtesse Lore, « Comtesse de Bourgogne et Dame de Salins », tout ce qu’il « avait et été censé avoir à la rivière de Loue ainsi qu’à Poligny, en prés, en champs, en bois, en rivières, en justices, en seigneuries », mais surtout « en usages et droits que j’avais en fruitières… ». 
Particularité de l’époque médiévale, les paysans et les serfs, vendus en même temps que leur ferme, sont nommément mentionnés dans l’acte de vente : « J’ai vendu, quitté et baillé à noble Dame Lore […] Perrin, le fils à la parole, et sa ferme, Renaut, son frère et sa ferme, Guillemin, son cousin et sa ferme, le grenetier et sa ferme, la femme Estevenin du Pré et sa ferme… ». Granges, vignes, patronages, corvées et fief seigneuriaux sont aussi cédés à la Comtesse de Bourgogne. Le tout est vendu « sept cents livres ».
La première copie est remise à la Ville de Poligny le 23 juin. Pour Dominique Bonnet, l’actuel maire de Poligny, « les bases connues du Comté sont donc officialisées par ce cartulaire. La Capitale du Comté renforce son statut avec la présence de ce magnifique ouvrage retrouvé ». 
Un second exemplaire trouvera sa place à la Maison du Comté et le troisième sera remis à la fruitière de Déservillers, évoquée avec celle de Levier, quelques pages après celle de Poligny dans le cartulaire, en date de septembre 1272.
« Ce n’est qu’un jalon dans l’histoire du comté, du gruyère, du vacherin, quel que soit le nom qu’on lui donne mais un jalon de 750 ans. Nous savons maintenant que ça a démarré avec les Séquanes entre 500 et 800 ans avant notre ère », raconte Jean-Charles Arnaud.