Changement climatique
Comment consolider la production fourragère face au changement climatique ?

Marc Labille
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Face au changement climatique, les systèmes fourragers vont devoir évoluer pour consolider la production des exploitations. En novembre dernier, Sicarev Coop livrait des pistes d’adaptation à ses adhérents.  

Comment consolider la production fourragère face au changement climatique ?
En novembre dernier, Sicarev Coop consacrait une soirée technique au thème de l’adaptation au changement climatique. De gauche à droite, Jean Dagoreau, de la société Orela-Fouquet (ventilation des bâtiments), Romain Bouillot et Pierre-Antoine Comte du service technique de Sicarev Coop, Isaline Genoud (stagiaire BTS PA en charge de l’enquête sur le réchauffement climatique), Anthony Aufrand du service technique de Sicarev Coop et Pierrick Millot de la société Deltavit (nutrition et santé animale).

L’adaptation au changement climatique était le thème d’une soirée technique organisée en novembre dernier par Sicarev Coop. Environ 70 éleveurs ont assisté à cette présentation sur une problématique qui les préoccupe de plus en plus, comme le confirme une enquête réalisée en 2022 auprès de 30 exploitations de la Saône-et-Loire et de la Nièvre (lire encadré).

Face au changement climatique, le service technique de Sicarev Coop a livré ses réflexions quant à l’adaptation du système fourrager dans le cas d’exploitations engraissant leurs animaux.

Système fourrager en souffrance

La gestion des surfaces fourragères est bel et bien un enjeu majeur de l’adaptation au changement climatique. Bien connues des éleveurs qui les vivent en première ligne, les mutations observées ces dernières décennies dans la pousse de l’herbe génèrent une réelle inquiétude. On assiste à un avancement de la pousse de l’herbe avec une augmentation du rendement des prairies au printemps. La perte de production s’accentue en été tandis qu’une repousse plus tardive s’installe en automne, comme on l’a vu en 2022 où des enrubannages ont été récoltés au mois d’octobre ! Avec ces nouvelles conditions, le maître-mot sera de « maximiser la valorisation », résume Romain Bouillot de Sicarev Coop.

De l’ensilage d’herbe pour l’engraissement

En système naisseur-engraisseur, l’une des recommandations est d’introduire de l’ensilage d’herbe dans la ration d’engraissement. En effet, avec les sécheresses, le maïs récolté en ensilage donne un fourrage trop sec, encombrant, déficitaire en énergie avec un rendement aléatoire. Pour compenser ce déficit et améliorer la digestibilité, une solution est d’incorporer de l’ensilage d’herbe de qualité. Les techniciens de Sicarev Coop préconisent une teneur en matière azotée totale de plus de 13 %, un niveau d’énergie suffisant (au moins 0,8 unité fourragère/kg) et un encombrement limité. Cela signifie une fauche précoce (vers 700 degrés en somme de température). Ce fourrage permet ainsi de diversifier la ration en introduisant environ un tiers d’ensilage d’herbe pour deux tiers d’ensilage de maïs, explique Romain Bouillot. L’introduction d’ensilage d’herbe permet de réduire les coûts d’alimentation en limitant les apports en correcteur azoté et en céréales. En cas de sécheresse, cette adaptation permet de maintenir les GMQ et de sécuriser les performances donc les coûts, fait-on valoir.

Capter les excès pour combler les déficits

En période estivale, la bonne stratégie est de capter les excès pour combler les déficits. En exploitant l’herbe au plus juste, le pâturage tournant est un moyen de créer des stocks sur pied qui peuvent être fauchés ou même recevoir des animaux au pâturage quand il n’y a plus d’herbe dans les autres parcelles. Il est aussi possible de réaliser des « silos d’été » en implantant des intercultures.

L’irrigation à la rescousse

Les techniciens de Sicarev Coop évoquent aussi des « rotations innovantes » à l’essai. Ainsi ont-ils donné l’exemple d’une succession de luzerne (3 ans), tournesol/ray-grass, mélange sorgho fourrager/moha/tournesol, blé/méteil, à nouveau mélange sorgho fourrager/moha/tournesol… Parmi les solutions innovantes, le tournesol, implanté en interculture derrière une orge, peut aussi être récolté pour de l’ensilage (stade début floraison), font valoir les techniciens.

Au chapitre des rotations peu communes en Saône-et-Loire, l’irrigation permettrait d’envisager une succession de luzerne, maïs/ray-grass, tournesol, blé/ray-grass, soja… Avec la nouvelle donne climatique, ces itinéraires originaux méritent sans doute d’être étudiés de près. Ils soulèvent aussi la question de l’irrigation. Pour le service technique de la coopérative Sicarev, le sujet n’est pas tabou. D’autant que l’irrigation est un bon moyen de sécuriser une exploitation : « 1 hectare de maïs ensilage permet d’engraisser 5 à 15 jeunes bovins », rappelle Romain Bouillot.

Les éleveurs inquiets pour leur système fourrager

Conduite par une stagiaire à la section Charolais Horizon de Sicarev Coop, une enquête s’est attachée à sonder comment les éleveurs ressentent le changement climatique. C’est bien le système fourrager que les éleveurs jugent le plus vulnérable face au changement climatique, devant l’eau, la charge de travail et les performances. Certains éleveurs mettent d’ores et déjà en œuvre des adaptations pour mieux résister. L’augmentation des stocks est la voie privilégiée : fauches plus nombreuses et plus précoces, plus de prairies temporaires, méteils, dérobées, adaptation des espèces et des implantations, et même projet d’irrigation… Les éleveurs adaptent aussi leur troupeau en abaissant le nombre de vêlage et l’effectif (réforme des animaux improductifs, avancement des vêlages, avancement du sevrage…). Certains cherchent à optimiser la gestion de l’herbe (pâturage tournant, chargement, sursemis…) ou améliorent l’approvisionnement en eau…