Déforestation importée
Nouvelles alertes sur la responsabilité européenne dans la déforestation

Cédric MICHELIN
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Suite à l’annonce d’un moratoire sur les feux de forêts en Amazonie le 16 juillet par le gouvernement brésilien, Greenpeace estime que « cette mesure s’avère d’ores et déjà inefficace ». Avec 20 % de feux en plus par rapport à l’année 2019, « l’Amazonie brésilienne a connu son pire mois de juin depuis treize ans pour les feux de forêt », souligne l’association le 22 juillet.

Nouvelles alertes sur la responsabilité européenne dans la déforestation
Afin de démontrer l’ampleur du phénomène, Greenpeace publie des images des foyers d’incendies au Mato Grosso prises par son antenne brésilienne.

« Ces images, ainsi que les taux records de déforestation cette année, sont le résultat escompté de la stratégie à long terme de Bolsonaro pour l’Amazonie », accuse Cécile Leuba, chargée de campagne Forêts chez Greenpeace France. Avec près de 4.437 foyers, l’État du Mato Grosso a enregistré près de 50 % de l’ensemble des incendies observés en Amazonie depuis le début de l’année, rappelle Greenpeace. Alors que la Stratégie contre la déforestation importée (SNDI) montre encore peu de résultats concrets, Greenpeace estime que le gouvernement français « doit de toute urgence se conformer à ses engagements en ne laissant plus entrer aucune matière première ou produit transformé issus de la déforestation ».

La même semaine, une nouvelle étude est parue dans la revue Science. Selon les chercheurs, un cinquième des exportations brésiliennes de soja et de viande bovine vers l’Union européenne (UE) proviendraient de terres déboisées illégalement. Entre 18 et 22 % – et possiblement davantage – des exportations annuelles du Brésil vers l’UE sont le fruit de la déforestation illégale, affirme cette étude qui estime que près de deux millions de tonnes de soja issues de propriétés où il y a eu un déboisement illégal arriveraient en Europe chaque année.

Abiove (Association brésilienne des industries des huiles végétales) réfute cependant ces chiffres : « Le soja produit dans les zones déboisées illégalement […] n’entre pas dans la chaîne productive du secteur », et ne peut donc pas être exporté. Pour ce qui est de la viande bovine, les auteurs de l’étude considèrent que sur les 4,1 millions de têtes de bétail abattues par an au Brésil, au moins 500.000 proviendraient de terres déboisées hors du cadre légal.

La Commission européenne a adopté en juillet 2019 une communication sur « l’action de l’UE pour protéger et restaurer les forêts du monde entier » qui entend, entre autres, lutter contre la déforestation importée. Et, dans le cadre du Green deal européen, d’autres actions pourraient être mises en œuvre.