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Association des maires ruraux de Saône-et-Loire

La jeunesse au cœur du rebond démocratique

À quelques mois des élections municipales, l’Association des maires ruraux de Saône-et-Loire a placé la jeunesse et la revitalisation démocratique au cœur de son assemblée générale. Face aux difficultés de renouvellement des équipes, les élus entendent retisser le lien civique, lever les freins à l’engagement et donner aux jeunes l’envie de s’impliquer dans la vie locale.

Par Cédric Michelin
À cinq mois des municipales, l’AMR71 mise sur la jeunesse pour retisser le lien civique et lever les freins à l’engagement local.
À cinq mois des municipales, l’AMR71 mise sur la jeunesse pour retisser le lien civique et lever les freins à l’engagement local.

Salle comble et parterre d’institutionnels pour l’assemblée générale de l’Association des maires ruraux de Saône-et-Loire à Ciel-Verdun le 4 octobre dernier. Dès l’ouverture, le président départemental de l’AMR71, Jean-François Farenc, a rappelé l’importance du maillage communal : l’association « couvre 94 % de la surface du département ». Et d’adresser aux 400 maires adhérents un hommage qui a fait mouche : « Merci pour votre solide engagement au quotidien. Parfois, il faut être un peu fou pour mener la vie de maire », et ainsi « faire vivre la ruralité ». Son secrétaire général, Marc Labulle, a enfoncé le clou : « Il n’y a pas de petite commune, mais que des communes qui comptent ». L’association leur apporte de l’expertise et beaucoup d’informations « utiles » aux élus. Être maire, notamment en ruralité, sans forcément des services dédiés, nécessite de fortes compétences et connaissances dans tous les sujets. Pour les soutenir, étaient présents le président du Département, André Accary, les députés Benjamin Dirx et Sébastien Martin, les sénateurs Marie Mercier et Fabien Genet, la présidente de l’Association des maires de Saône-et-Loire, Marie-Claude Jarrot, ainsi que le président de l’Association des maires ruraux de France, Michel Fournier. Le préfet et les services de l’État, pompiers et gendarmes compris, avaient également fait le déplacement. L’affluence disait tout d’un moment charnière : à cinq mois des municipales, l’enjeu du renouvellement des conseils municipaux et de l’engagement des jeunes s’impose au premier rang des priorités. C’était d’ailleurs le thème de cette année.

Au chapitre des annonces, André Accary a détaillé la reconduction des dispositifs d’aides et d’accompagnement aux communes « malgré tout », dans le contexte de finances locales « tributaire du budget de la Nation » en crise. La jeunesse est, pour lui aussi, affichée comme priorité : « les jeunes ruraux ne sont pas condamnés à attendre ; nous devons relever le défi de faire éclore les talents où qu’ils soient », a-t-il insisté. Sur la formation, il a souligné l’arrivée d’une première année de médecine à Chalon-sur-Saône en septembre 2026, avec une candidature déjà portée « pour la 2e et 3e année » afin de « garder les jeunes au plus près de chez nous », drame de nos territoires.

L’« entonnoir » de l’engagement et ses freins

La première partie de l’assemblée a ensuite donné la parole à l’Institut Terram, par la voix de son directeur, Victor Delage, pour éclairer les ressorts et les blocages de l’engagement local. Au plan national, l’étude Terram–Laboratoire de la République conduite auprès de 10.000 Français confirme l’existence d’un « réservoir civique » : près d’un quart des citoyens (24 %) se déclarent prêts à figurer sur une liste en 2026 – un niveau stable depuis vingt ans –, mais peu franchissent le pas. Les principaux freins sont identifiés avec précision : manque de temps (42 %), lourdeur administrative (41 %), sentiment de ne pas être légitime ou compétent (39 %), difficulté de concilier mandat et vie familiale (38 %) et climat politique local tendu (36 %).

Cette « crise de vocation » n’est pas homogène. Elle est plus aiguë dans les communes de moins de 1.000 habitants, où le renouvellement des listes devient problématique, alors que l’indemnisation y est plus faible et la charge de travail plus lourde : les élus des communes rurales y consacrent en moyenne 18 heures par semaine (contre 10 heures dans les villes moyennes). À cette pression s’ajoute la hausse des démissions en cours de mandat, avec plus de 13.000 départs d’élus municipaux recensés en 2023 – signe d’une usure démocratique préoccupante. Côté socioprofessionnel, 19 % des agriculteurs déclarent avoir déjà été élus municipaux.

« On se débrouille tout seul »

En milieu rural, la distance façonne les choix de toutes et tous. En moyenne, « 40 km et 2h37 par jour essentiellement pour étudier » avec un coût estimé à « 528 €/mois ». Soit un différentiel « colossal de 220 € » mensuel par rapport aux budgets transports des citadins. Résultat : 4 jeunes sur 10 disent avoir déjà renoncé à des études pour des raisons de mobilité, avec pour celles et ceux qui font l’effort (ainsi que leurs familles), un désagréable « sentiment de trahir ses proches ». Ces constats de « renoncer à toutes sortes de démarches », exprimés par Victor Delage, recoupent les freins d’accès aux responsabilités locales décrits par l’étude nationale.

Pour éclairer ces chiffres, la table ronde a fait remonter des cas très concrets. Didier Roux, maire de Saint-Julien-de-Civry, a ainsi décrit le « fil tendu » des petites communes pour maintenir l’école : RPI avec Lugny-lès-Charolles (60 élèves), garderie périscolaire, micro-crèche intercommunale, et un transport scolaire « serpentant dans les communes » autofinancé « à 70 % ». « On se débrouille tout seul », a-t-il insisté. Le bon côté est que « cela crée beaucoup de lien social, particulièrement fort entre les parents » s’entraidant. Jean-Paul Drapier, président de la Mission locale du Charolais, a lui détaillé la « boîte à outils » mise en place pour sécuriser les parcours des 16-25 ans, notamment la location de véhicules et la possibilité de « conduite supervisée » pour ceux sans entourage familial. La commune a désormais une auto-école « solidaire » avec un moniteur et un simulateur. Car avant même d’apprendre à conduire, « il faut déjà aller jusqu’au lieu d’apprentissage » pour un jeune rural.

La culture a également été abordée comme levier d’égalité avec les urbains. « Le Pass culture a de bonnes intentions, mais pour beaucoup de jeunes ruraux, la référence c’est Netflix ; c’est donc à la culture d’aller à eux », a résumé, Virginie Longchamp. Pour la directrice du Théâtre de Mâcon, après avoir rencontré nombre de communes, elle a lancé « La fabrique de la relation », née en 2021 qui a donné plus de 70 représentations et résidences — pour justement « aller vers » les publics qui ne viennent pas habituellement au théâtre. Un beau succès à étendre.

« Redonner envie »

Au-delà du constat, l’étude Terram propose une trajectoire de « refondation civique » : revaloriser le mandat des maires ruraux (reconnaissance sociale, droits, temps), réduire les barrières d’entrée (formation, mentorat, simplification), encourager des formes variées de participation (listes citoyennes, budgets participatifs, jurys citoyens), reconstruire l’écosystème civique (tissu associatif, coopérations) et rééquilibrer les pouvoirs locaux pour plus de proximité et de responsabilité.

L’esprit de la journée tenait dans une formule, entendue plusieurs fois : « redonner envie ». En Saône-et-Loire, la volonté de « rajeunir » et de « redynamiser » les conseils municipaux se nourrit d’un discours de proximité, mais aussi d’actes. Au terme de cette assemblée, le message des maires ruraux résonne avec force : malgré les obstacles, « tout n’est pas négatif ». Beaucoup conservent « le désir de changer les choses de l’intérieur, la volonté de faire entendre la voix de ceux qu’on n’entend pas, et de contribuer à la vie de leur commune ». Dans un contexte de « double crise de la représentation », où « trois quarts des Français estiment que leurs élus nationaux ne les représentent pas » et que « les médias ne connaissent pas leurs soucis du quotidien », l’échelon local apparaît plus que jamais comme le socle vivant de la démocratie. C’est là, dans ces communes rurales qui font tenir le pays, que pourrait bien se jouer la reconquête de la confiance civique.

AMR71 2025