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Seconde moisson, Matériel agricole, Bourgogne Franche Comté
// Climat

Plus le moment de procrastiner !

La cave de Lugny et son GIEE Biodiv’Vigne ont organisé un ambitieux événement sur deux jours dont l’objectif était d’évaluer les conséquences du changement climatique et les moyens pour y faire face. Ils avaient convié des spécialistes de renom dont l’agroclimatologue Serge Zaka.

Par <B>David Bessenay</B>
<B>Plus le moment de procrastiner !</B>
Professionnels et élèves des lycées viticoles sont venus écouter les conférenciers.

Le changement, c'est maintenant. Le « vieux » slogan de François Hollande pourrait être habilement recyclé et utiliser dans la lutte face au dérèglement climatique. Changement de climat donc, mais aussi changement impératif dans les pratiques viticoles à prévoir et Marc Sangoy, le président de la cave de Lugny, donnait le ton : « il faut écouter tous les avis, même si cela fait mal à entendre, ne faisons pas l’autruche ».

Serge Zaka a beau avoir une drôle d’allure, bras nus et chapeau à plumes, il est une référence sur le sujet. Pour témoigner de l’évolution climatique, il n’a pas eu à remonter loin. En s’intéressant aux derniers millésimes depuis 2021, il a pu illustrer parfaitement toutes les dérives climatiques et les risques encourus : gel, eau, canicule…

Le gel de printemps n’est ben sûr pas une anomalie, c’est même un moment essentiel du cycle végétal. Il a une vertu « insecticide », il tue pucerons et autres mouches, vecteurs de maladies en élevage comme en cultures. Le nombre de jours par an en dessous de 0° va continuer à diminuer et on peut s’attendre à ce que certaines années à l’avenir, il ne gèle plus.

Mais dans un premier temps, le gel sur vignes devient récurrent à cause des redoux de sortie d’hiver de plus en plus fréquents. Serge Zaka a par exemple rappelé que le gel 2021 avait entraîné la plus grosse perte en termes économique depuis 1946.

De l’eau, mais mal répartie

Côté pluviométrie, les prévisions semblent confirmer qu’il y aura toujours autant de pluie dans les décennies à venir, car l’augmentation de la température accélère la production de vapeur d’eau au-dessus des mers et océans (+7 % à chaque degré gagné). Mais l’évaporation transpiration des sols augmente les besoins en eau dans le même temps et multiplie les sécheresses.

En revanche, cette eau tombera de manière plus irrégulière et surtout, elle ne sera pas répartie équitablement. Durant la saison tout d’abord, il y aura plus d’eau l’hiver, mais moins l’été. « Donc on aura un double problème : le mildiou au printemps et la sécheresse l’été », prévient Serge Zaka.

Elle ne sera pas équitable non plus d’un point de vue géographique et c’est évidemment le sud qui aura à souffrir le plus de ces épisodes caniculaires. La Bourgogne, entre nord et sud, se trouve un peu entre « deux eaux ».

La hausse des températures prévue est spectaculaire : +2° en 2030, +2,7° en 2050 et +4° à horizon 2100. En 1960, on dépassait 35° seulement zéro à deux jours par an. À l’avenir, on connaîtra une vingtaine de jours au-dessus de 35° et certaines années caniculaires jusqu’à 80 jours !

Et de rappeler la sécheresse éclair dramatique de 2020 : « j’ai eu 46° dans mon village vers Pic-Saint-Loup, avec un mistral à 40 km/h. Ce sont les conditions d’un sèche-cheveux. En quatre heures, on a perdu les feuilles de vignes. Il y a donc une limite physiologique au-delà de laquelle, la vigne ne peut plus s’adapter ! », prévient le spécialiste.

Pour la grêle, l’agroclimatologue ne peut faire des prédictions : « on manque d’informations, il est dur de dire si on va aller vers une intensification ou non ». En revanche, il a répondu de manière catégorique à une question sur la lutte anti-grêle (ballons, fusées) : « ça ne sert à rien, il vaut mieux utiliser l’argent ailleurs ».

Déplacement des productions

Selon Serge Zaka, on peut s’attendre à voir les productions remonter vers le nord : la pomme et le cassis seront cultivés en Baltique, le Mâconnais sera une terre d’oliviers et de garrigue.

Les vignobles espagnols et marocains sont déjà en souffrance et seront menacés. À l’inverse, Belgique et Angleterre deviennent des pays viticoles, et pourquoi pas la Russie demain, tandis que le “chardonnay” pousse sur les terrils du Nord-Pas-de-Calais.

Que faire pour anticiper, LE maître-mot pour Serge Zaka, quelles évolutions ? Baisser la densité à 5.000 pieds/ha, changer de porte-greffes, tester de nouveaux cépages, planter au nord au plus haut en altitude… quasiment toutes les AOC réfléchissent à ces sujets et mènent des essais. La syrah en Bourgogne ne donne pas pour l’instant des résultats probants. « Il y aura des solutions, une multitude, pas une solution unique », résume celui qui est aussi chasseur d’orages à ses heures perdues.

Recréer des paysages mosaïques

Serge Zaka a enfin beaucoup insisté sur le levier du paysage pour atténuer le dérèglement climatique. « Ces dernières décennies, on a accéléré la course de l’eau avec des paysages plus simples, on a supprimé des haies, des zones humides, on a mis plus de béton et l’eau de pluie file directement à la rivière… Il faut à tout prix ralentir sa course, la répartir, la faire s’infiltrer, la stocker et c’est par la végétalisation que ça passe (haies, arbres, etc.). Il faut un sol vivant avec un couvert végétal pour une meilleure absorption eau ».

Sur la question de l’irrigation, Serge Zaka est plus modéré « car d’une part, la vigne est plus résistante que d’autres cultures comme le maïs et que, d’autre part, d’autres cultures semblent prioritaires pour l’alimentation humaine comme le maraîchage. Et puis l’irrigation empêche le stress hydrique, mais pas le stress thermique ».

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