« Ceux qui s’opposent à l’abattage rallongent notre calvaire »
Éleveur laitier en Haute-Savoie, Nicolas Prud’homme, dont 68 bêtes ont été abattues après une contamination par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), déplore la politisation du débat sur l’abattage total.
« Je veux dire à ceux de la société civile qui s’opposent à l’abattage que vous rallongez notre calvaire », lâche Nicolas Prud’homme, éleveur laitier à Saint-Ferréol en Haute-Savoie, dans une vidéo postée sur Facebook le 27 août et vue plus de 60 000 fois. L’éleveur laitier réagissait au blocage de l’abattage d’un lot de 15 vaches, dont une contaminée par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui s’est déroulé à Faverges, commune voisine de la sienne*.
150 bêtes abattues entre les élevages de la même famille
Après la confirmation d’un cas de DNC le 20 juillet, 68 de ses bêtes (48 vaches laitières et 20 veaux âgés de 3 jours à 6 mois) ont été abattues le 22 juillet. « Le jour même, mon beau-père et mon beau-frère, qui sont juste à côté, ont aussi vu une partie de leur troupeau abattue. La famille a perdu 150 bêtes d’un coup », témoigne-t-il. Il reste à Nicolas 16 vaches laitières, 15 veaux de 6 mois et 45 génisses. Son cousin, à 800 m, n’a pas été touché, se félicite l’éleveur qui y voit l’intérêt « de son sacrifice ». Alors, face au blocage de l’abattage à Faverges, le jeune Haut-Savoyard s’emporte. « Que les éleveurs touchés aient un avis sur la gestion de la maladie, je comprends, et je le respecte, c’est très dur psychologiquement ! Mais que des gens venant de l’autre bout de la France et qui n’y comprennent rien viennent bloquer les abattages, non ! », déplore Nicolas, dénonçant une politisation du débat. « Tout n’est pas fini, il faut qu’on se serre les coudes pour avancer », lâche-t-il, se félicitant de la baisse du nombre de cas de DNC et du respect des règles sanitaires sur son secteur.
Nettoyage et désinfection en attente
Tous les éleveurs de Faverges ont rencontré la préfète pour évoquer la question du nettoyage et de la désinfection des bâtiments, qui tardent à se mettre en place. « Il y a eu pas mal de couacs. C’est compliqué, notamment parce que l’État doit lancer des appels d’offres pour recruter les entreprises de nettoyage. Maintenant, j’ai un référent unique au niveau administratif et le nettoyage devrait intervenir, si tout va bien, d’ici le 15 septembre. » Nicolas Prud’homme a hâte de pouvoir rentrer ses bêtes, alors que la traite en extérieur avec les veaux à côté demande beaucoup de logistique et qu’il faut aussi emmener de l’eau aux animaux ou encore du fourrage aux veaux qui n’ont plus d’herbe à manger.
Solidarité et soutien sur le terrain
L’éleveur tient à témoigner de la solidarité sur le terrain et du soutien qu’il reçoit. Il insiste notamment sur « l’approche et le discours » de Christophe Souche, chef de service de la DDPP du Puy-de-Dôme, venu en renfort de ses collègues savoyards, et qui lui a annoncé la contamination à la DNC, accompagné de représentants de la chambre d’agriculture et de la MSA. « Toutes les semaines, j’ai quelqu’un qui m’appelle du réseau Réagir », assure-t-il, tout en indiquant avoir droit à un accompagnement avec un psychologue de six séances pour lui, ses enfants et ses apprentis, mis en place par la MSA et le conseil départemental. Sur le plan financier, « j’ai touché l’équivalent de 50 % de la valeur du troupeau », confie Nicolas. « La suite viendra plus tard, ainsi que les indemnités pour les pertes d’exploitation. » Concessionnaires et fournisseurs ont suspendu le recouvrement de ses factures. Le conseil départemental a dégagé une aide d’urgence et les agriculteurs qui le souhaitent peuvent demander le RSA. Si Nicolas Prud’homme prend le risque de s’exposer à travers des vidéos sur les réseaux sociaux, c’est qu’il affirme vouloir « lutter contre la désinformation et la politisation du débat » autour de cette maladie. « Il faut que toutes ces guéguerres s’arrêtent et qu’on aille de l’avant ».
Nathalie Marchand