Communication positive : la nouvelle force de nos vignobles
Viticulture / Longtemps, les vignerons ont laissé les autres parler à leur place. Aujourd’hui, dans le Rhône et en Beaujolais, ils apprennent à raconter eux-mêmes leur métier, leurs vins et leurs engagements. Au cœur de ce tournant, Inter Beaujolais, la chambre d’agriculture, la FDSEA, Semons l’avenir et les JA multiplient campagnes, formations et outils pour aider les exploitants à « communiquer positivement » auprès du grand public. Une manière de reprendre la main sur leur image, et de redonner de la fierté à tout un vignoble.
S’il est une période où la communication viticole est à son paroxysme de la visibilité, c’est bien celle des beaujolais nouveaux. À chaque mois de novembre, l’équipe d’Inter Beaujolais se mobilise pour faire monter la « pression festive » autour des primeurs. Mais la stratégie a profondément évolué.
Pour rappeler à tous que les primeurs arrivent, Inter Beaujolais s’appuie désormais massivement sur le digital. Sur Facebook, Instagram et désormais TikTok, les contenus se multiplient : portraits de jeunes vignerons, coulisses de vinifications, vidéos courtes ou humoristiques, ou encore plans sponsorisés visant plusieurs dizaines de millions d’impressions.
L’interprofession s’entoure aussi d’influenceurs et de community managers présents à Paris, Lyon, Marseille, Londres ou sur le terrain. Pendant trois jours, une véritable « content factory » filme l’effervescence des bars, des caves, des soirées de sortie. Un changement majeur : on ne se contente plus d’annoncer l’événement, on montre ce qu’il fait vivre.
Les campagnes radio, les animations chez 650 cavistes et la fourniture de PLV complètent ce dispositif multicanal. Mais, là encore, l’objectif n’est plus de saturer les vitrines : il s’agit de créer des occasions de rencontre entre vignerons et consommateurs.
Gamay Days : un cas d’école de communication viticole
Cette dynamique collective se traduit aussi par des événements conçus pour raconter différemment le vignoble. En mai prochain à Lyon, Inter Beaujolais lancera les Gamay Days, un rendez-vous grand public qui illustre parfaitement cette nouvelle approche.
Organisée au Heat H7 pour un budget de 175 000 euros, l’opération mettra à l’honneur le cépage emblématique du territoire. « C’est une période plus favorable pour les consommateurs, et l’occasion de mettre en avant le gamay sous un angle vivant et accessible », souligne Christophe Barré, responsable communication chez Inter Beaujolais. « Le gamay a repris ses lettres de noblesse. Il séduit particulièrement les jeunes amateurs que nous voulons aller chercher. C’est un message fort : on peut être vin d’appellation et vin de cépage en Beaujolais », insiste-t-il.
Espace dégustation XXL avec 90 cuvées, ateliers pédagogiques, masterclass et ambiance musicale : tout sera pensé pour créer un lieu où l’on déguste, apprend la profession de vigneron, partage et filme. « Le champ des possibles est immense et on a encore beaucoup à écrire », souligne Christophe Barré. Un exemple concret de communication moderne : immersive, assumée et parfaitement dans l’air du temps.
Apprendre à parler de son métier
Sur le terrain, beaucoup de viticulteurs se sentent encore mal à l’aise lorsqu’il s’agit de répondre à une caméra ou d’expliquer leurs pratiques. C’est tout l’intérêt de la formation « Dialoguer et valoriser ses pratiques auprès du grand public », proposée par la chambre d’agriculture du Rhône.
Durant une journée, producteurs et arboriculteurs travaillent la prise de parole : comment expliquer simplement, gérer les émotions, comprendre les attentes du public, adopter une posture qui invite à l’écoute... La formation repose sur des cas concrets, du travail en sous-groupes et des outils immédiatement actionnables. Une manière de redonner confiance aux agriculteurs, souvent en première ligne.
La FDSEA 69 et Semons l’avenir proposent également un parcours complet pour accompagner les exploitants : bases de la communication, ateliers pour apprendre à parler de son métier, initiation aux réseaux sociaux, création de supports avec Canva, organisation d’événements fermiers… Un programme modulable, gratuit pour les contributeurs Vivea, qui attire de nombreux jeunes installés.
Ces moments collectifs ont un autre atout : ils montrent que la communication n’est ni un luxe ni une coquetterie, mais une compétence professionnelle. On échange ses doutes, ses idées, ses pratiques, et on apprend à raconter ce que l’on fait bien, au quotidien.
Redonner de la fierté au vignoble
Vu de l’extérieur, tout cela ressemble à une montagne de travail supplémentaire pour les agriculteurs. Mais dans le Rhône, l’investissement collectif autour de la communication commence à porter ses fruits : les campagnes d’Inter Beaujolais redonnent de la visibilité à l’ensemble du vignoble, les formations de la chambre d’agriculture, de la FDSEA et des JA aident les exploitants à se sentir légitimes pour prendre la parole, les agences spécialisées apportent leur expertise quand le temps ou l’inspiration manquent.
Au fond, l’enjeu dépasse la seule vente de bouteilles ou de produits. Communiquer positivement sur son métier, c’est aussi rééquilibrer le récit autour de l’agriculture, montrer le visage humain des exploitations, rappeler la passion et le sérieux qui se cachent derrière chaque production. Car en Beaujolais comme ailleurs, les vignerons ont encore 1 000 histoires à raconter.
Rémi Morvan