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Conseil de l’Agriculture de Saône-et-Loire

La profession en ordre de bataille contre la DNC

Réuni en visioconférence ce 27 octobre, le Conseil de l’Agriculture de Saône-et-Loire (CAF) a fait le point sur la DNC dans le département. Les échanges ont porté sur ses répercussions sur les marchés bovins et les mesures d’accompagnement mises en place pour les élevages touchés par les zones réglementées. Cette réunion a illustré la réactivité et l’esprit collectif de la profession face à cette crise sanitaire inédite depuis le blocus.

Par Cédric Michelin
La profession en ordre de bataille contre la DNC

Toutes les organisations professionnelles agricoles (OPA) historiques du département ont répondu présentes : FDSEA, JA71, chambre d’agriculture, MSA, Crédit Agricole, Groupama, GDS, CERFrance 71 et même quelques opérateurs économiques comme Sicarev ou Elvea 71-58.
Une mobilisation d’ensemble qui témoigne de la cohésion de la famille agricole saône-et-loirienne, soudée pour agir face à la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

L’objectif était de faire un point sur l’épidémie de DNC et les zones réglementées en Saône-et-Loire, même si le département reste pour l’heure indemne, ne comptant à ce jour aucun foyer. Une coordination entre les OPA s’est en effet mise en place. La chambre d’agriculture reste l’interface entre la profession et les pouvoirs publics comme les services préfectoraux et sanitaires. Les JA continue d’inventorier tout le matériel de contention disponible et les bénévoles pour aider à la vaccination. La FDSEA fait de même pour trouver aussi dans son réseau des agriculteurs volontaires. Y compris pour trouver des bâtiments pouvant héberger des animaux ne pouvant être déplacés alors que l’hiver pointe son nez. « L’objectif est également de voir comment épauler les trésoreries dans le futur », lançait la réunion, Christian Bajard, président du CAF de Saône-et-Loire. Le ton était donné : unité, organisation et solidarité, avec une détermination à toute épreuve.

La Saône-et-Loire indemne et devant le rester

Pour faire le point sur la situation sanitaire, la parole était donnée à Julien Chardeau, président du GDS 71 (Groupement de défense sanitaire), qui se disait déjà satisfait de voir que « les zones réglementées n’avaient pas évolué depuis trois jours », malgré la découverte d’un cinquième foyer proche des autres dans le Jura. Le lendemain cependant, un nouveau foyer était encore découvert dans le Jura. L’occasion de rappeler que, depuis l’été, le GDS de Saône-et-Loire est en alerte et en vigilance absolue. Le GDS est en charge de toutes les questions pratiques sanitaires.

Autre bonne nouvelle : la vaccination a débuté en Saône-et-Loire. « Ça vaccine à plein et cela se passe plutôt bien pour aller vite », motivait-il. Pour donner de l’entrain à tous, il insistait sur la réussite de cette vaccination collective qui a « fonctionné en Savoie », départements récemment sortis des zones réglementées après 45 jours sans nouveau cas positif. De quoi être d’autant plus optimiste puisqu’en Saône-et-Loire, aucun cas de DNC n’est recensé. Ce message d’espoir et d’efficacité collective a marqué la réunion : preuve qu’une action coordonnée et rapide porte ses fruits.

La France a les cartes en main avec l’Italie

Mais il faut maintenant vacciner 100.000 bovins en quelques jours, mobilisait Luc Jeannin, président de la chambre d’agriculture. Les vétérinaires sont « à fond » et ont même "recruté" des jeunes en écoles vétérinaires pour mener à bien cette vaccination massive. La DDPP travaille étroitement avec eux et la profession. La chambre consulaire se charge de coordonner les opérations et fait des remontées plusieurs fois par semaine aux services de l’État, et une fois par semaine au préfet en personne. « Cet été, il y a eu des présomptions de cas de DNC qui se sont toutes révélées négatives », expliquait-il, avant de rappeler que la Ministre avait tranché pour le blocus de nos régions à la suite de la confirmation de « mouvements illicites » et même de « ventes illicites ». « Ce sont ces mauvaises pratiques qui ont obligé la Ministre à imposer un blocus et de nouvelles règles. Des enquêtes sont en cours et la profession demande à l’État de ne pas avoir la main qui tremble car il faut que ces pratiques cessent ». Le message syndical est donc clair : la profession assume la fermeté de la puissance publique, d'avoir décidé d'un blocus jusqu'au 5 novembre pour se donner un maximum de chance d'éradiquer la maladie.

Les deux eurodéputés de Saône-et-Loire – Valérie Deloge et Jérémy Decerle – tout comme les parlementaires, sont et seront tenus au courant de la situation pour rassurer sur la bonne gestion sanitaire de la France vis-à-vis de ses partenaires commerciaux, notamment l’Italie et l’Espagne. Les échanges ont permis de rappeler que la communication et la transparence restent essentielles pour défendre les intérêts collectifs face aux marchés internationaux. « La Ministre a voulu garder la main, sinon c’était l’Europe qui allait fermer l’export. Là, c’est dur pour le marché des broutards, mais la France a les cartes en main pour rouvrir ses marchés ».

Un AirBnB pour les veaux et broutards

La Chambre d’Agriculture a mis en place en urgence une plateforme numérique (lire encadré avec QR code) pour permettre le recensement des bâtiments d’élevage en prévision de l’hiver. Les premières prémices du froid hivernal se faisant ressentir, certaines vaches prêtes à vêler sont au pré et ne peuvent être bougées selon la situation des zones réglementées. « Les animaux et sièges d’exploitation qui sont à cheval sur deux zones ne peuvent pas ramener les animaux en bâtiment pour les vêlages, donc on se bat pour obtenir des dérogations », précisait Christian Bajard, rappelant que les autres départements n’avaient pas réussi à en obtenir durant l’été. « C’est pourquoi il faut se préparer à être solidaires et s’organiser pour que ces vêlages se fassent dans des bâtiments d’autres éleveurs », ajoutait-il, moyennant un « accompagnement financier » à bâtir (lire encadré). Le mot d’ordre est là encore limpide : entraide, adaptation et esprit collectif. La chambre d’agriculture recense actuellement tous les bâtiments d’élevage susceptibles d’accueillir plus d’animaux cet hiver, y compris chez d’anciens éleveurs. Les techniciens de la chambre se préparent également à conseiller les exploitants pour bien accueillir ces nouveaux pensionnaires, qu’il s’agisse de veaux laitiers ou de broutards.

Le défi de vacciner 100.000 bovins

Autre souci logistique, cette fois pour la vaccination au pré : le manque de matériel de contention. Les JA, avec le réseau des Cuma, ont mobilisé leurs contacts pour en récupérer un maximum. Le Département, la Région, la DDT et la Chambre d’Agriculture ont financé et disposent désormais également de onze jeux de barrières « à fournir » aux éleveurs et vétérinaires qui en ont besoin.
Chaque maillon de la chaîne professionnelle apporte donc sa contribution : preuve que la réactivité de terrain reste la meilleure arme face aux crises.

Plusieurs réunions – à Pierre-de-Bresse, Cortambert, CSEA… – ont permis à tous de mieux comprendre les règles de biosécurité à respecter pour venir en aide. Le président de JA71, Maxime Bonnot, se réjouissait de voir que le « réseau se mobilise bien » depuis la réception des vaccins dans les cabinets vétérinaires. Les éleveurs peuvent aussi prêter main-forte, notamment pour le changement des aiguilles à chaque animal, afin d’aller encore plus vite.

Sur les conseils des JA de Savoie, l’organisation est quasi-militaire, avec un référent JA par clinique vétérinaire qui établit les besoins, et deux référents départementaux pour « créer une banque de bénévoles et un système de permanences et gardes sur la quinzaine de jours à venir », notamment en cas d’urgence. Les volontaires disposeront de tout le matériel nécessaire de biosécurité (surcombinaison, etc.), sans crainte donc de ramener la maladie, absente du département.
Ce maillage territorial, rigoureux et humain à la fois, incarne la force de l’organisation agricole de Saône-et-Loire.

« L’urgence est donc maintenant à la vaccination pour passer le blocus. On doit rester mobilisés et solidaires pour faire avancer rapidement et correctement », concluait Christian Bajard, qui compte refaire des Conseils de l’agriculture tant que la situation sanitaire l’exigera.
Un mot de la fin qui résume l’état d’esprit collectif : vigilance, solidarité et confiance dans la capacité du monde agricole à traverser ensemble cette épreuve d’un nouveau genre.

Trésorerie d’entreprises, aides et soutiens

Suite au blocus acté jusqu’au 5 novembre de quasiment tout mouvement de bovins dans les régions BFC, Aura et Occitanie, des questions se posent autour des débouchés : veaux laitiers, broutards, babys…
« Il faut que la filière fasse tampon, voire s’organise pour engraisser plus », explique Luc Jeannin. « Et que ce ne soit pas les soldes à la réouverture des marchés », martèle Christian Bajard, qui ne veut pas de baisse des cours. Un discours volontaire, qui appelle à la responsabilité de chacun de ne pas céder à la panique.

Toute la filière a dû se réorganiser depuis le blocus, comme le confirmait le président de Sicarev pour la Saône-et-Loire, Didier Touillon. Sa coopérative a redirigé ses flux vers les abattoirs français du groupe, malgré les surcoûts logistiques engendrés par les protocoles sanitaires.
« Les cours des semaines passées sont reconduits pour les animaux conformes », indique-t-il, car les marchés continuent de manquer d’animaux, et « ce n’est pas près de changer. Aux éleveurs de garder la tête froide », confirmait-il. L’éleveur ne voit en effet aucune « raison que les cours s’effondrent », puisque la profession recense les capacités à loger et élever, et que « les prix de l’alimentation sont au plus bas depuis de nombreuses années ». Il faut rappeler que 40 % des broutards français étaient déjà commercialisés en France.

Quid, en revanche, des marchés italiens et espagnols ? « Lorsque ces pays auront besoin de nos animaux, leurs gouvernements sauront lever les contraintes, comme du temps de la FCO », fait-il le pari.
La confiance reste donc de mise : la filière veut croire à une issue rapide et ordonnée, avec la signature d’accords bilatéraux avec l’Italie et l’Espagne en priorité, pour exporter des broutards et des veaux vaccinés.

Le temps joue quelque peu toutefois contre les éleveurs. Le marché français étant plus favorable pour des animaux maigres que le marché italien plus axé sur des broutards alourdis. Sylvain Emorine confirmait qu’il n’y a pas que les éleveurs, groupements ou coopératives qui souffrent financièrement, mais également les commerçants, « surtout si le blocus est amené à durer après le 4 novembre », jour où les mouvements doivent normalement reprendre, si aucun nouveau foyer n’apparaît.

Pour l’élue responsable de la Saône-et-Loire au Crédit Agricole Centre-Est, Danièle Beaudot, la caisse régionale est pleinement consciente que des trésoreries vont se tendre. Sa caisse régionale a « pris des mesures d’accompagnement », depuis le premier cas détecté dans l’Ain cet été. La banque verte s’est mise en ordre de bataille pour ainsi « accompagner au cas par cas selon les orientations des ventes ou de la filière », expliquait Caroline Berger, directrice du développement agriculture.
De son côté, Groupama Rhône-Alpes-Auvergne a formé de même ses conseillers agricoles pour appeler rapidement les sociétaires éleveurs afin de les informer des mesures, confirmait Luc Chevalier pour les caisses départementales de l’assureur.

La MSA de Bourgogne a fait de même en mobilisant ses délégués, prioritairement en zones de surveillance. Elle a également réalisé un document adressé aux techniciens des OPA, pour des conseils spécifiques : prise en charge des cotisations, étalement, aide au répit, aide face à la suradministration, aides financières… La présidente, Mauricette Besançon, insistait aussi sur l’accompagnement « psychologique des personnes ». « Ne restez pas seul avec vos soucis », rajoutait Jean-Charles Blanchard, élu MSA pour la Saône-et-Loire et président d’Agrisolidarité.

C’est pourquoi, le syndicalisme « se battra pour des enveloppes exceptionnelles malgré la situation des caisses de l’État ». Rendez-vous est déjà pris avec la Ministre pour d’autres « accompagnements politiques ».
Une démonstration supplémentaire que la solidarité, qu’elle soit économique, humaine ou syndicale, demeure la clef de voûte de la résilience agricole.

Contacts et numéros utiles

Les JA ont mis en place une organisation pour fournir de la main-d’œuvre et du matériel afin d’accompagner les vétérinaires et les éleveurs pour la vaccination des cheptels. La FDSEA s’associe pleinement à cette démarche. Chaque volontaire est invité à transmettre ses disponibilités (jours précis et moments : matin, après-midi ou journée complète). Inscription (message vocal ou SMS) auprès d’un seul contact JA :

Dorian FONTAINE : 06 73 51 39 80
Thibaut RENAUD : 06 85 65 12 05

Merci de préciser le type de matériel (couloir, panels, etc.), l'emplacement et la période de disponibilité (idéalement 3 semaines). Inscription (message vocal ou SMS) auprès d’un des contacts JA ci-dessous :

Benjamin PANNETIER : 06 18 96 47 55
Baptiste BADOT : 06 12 83 81 17

 

Téléphone pour les questions techniques auprès de la chambre : 03.85.25.36.34 

Besoin de parler et d'être écouté, Agrisolidarité : 06.72.97.07.19