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Concours des vins de la Saint-Vincent Mâconnais-Beaujolais

Des vins à l'honneur, un concours en danger

La viticulture du Mâconnais et du Beaujolais avait rendez-vous avec l’excellence. Après le concours du 17 janvier à Mâcon, la remise des médailles s’est tenue le 21 janvier à Azé, dans une ambiance fidèle à l’esprit de la Saint-Vincent, mais marquée par une inquiétude sur l’avenir du concours.

Par Cédric Michelin
Des vins à l'honneur, un concours en danger

Organisée par la Société d'agriculture et de viticulture de l’arrondissement de Mâcon, la 133ᵉ édition a une nouvelle fois mis en lumière le savoir-faire des vigneronnes et vignerons du territoire. « C’est la première manifestation vineuse de l’année, celle qui concrétise le travail de toute une récolte », a rappelé Luc Chevalier, président, en ouverture. Malgré une campagne 2025 difficile – marquée par la grêle, la pression des maladies et des rendements en baisse – la qualité est bien au rendez-vous : 746 échantillons ont été dégustés par près de 250 dégustateurs, débouchant sur 163 médailles attribuées (21 % des échantillons).

Une performance saluée et mis en valeur par ce concours qui met en valeur les qualités gustatives de ce millésime, et de 2024, a insisté Luc Chevalier, en remerciant partenaires, confréries (St Vincent, Gaufrettes Mâconnaise, AOP Boeuf de Charolles...), élèves et professeurs de Davayé et partenaires mobilisés pour la réussite du concours.

Désaffection ?

Mais derrière l’enthousiasme, l’inquiétude affleure. La baisse du nombre d’échantillons – près de 200 de moins en un an – fait peser une menace réelle sur la pérennité de l’événement. Un constat qui a fait monter le ton chez Jérôme Chevalier, président de l’UPVM (Union des producteurs de vins Mâcon). « Franchement, si on veut qu’une Saint-Vincent continue, qu’elle dure, ce n’est pas en faisant encore 200 échantillons de moins cette année… Dans deux ans, il n’y aura plus de concours », a-t-il lancé devant l’assemblée, qui n'était pas visé puisque bien conscient de la valeur des macarons.

Un coup de gueule assumé, nourri surtout par l’attachement à cette institution viticole. « Les Saint-Vincent, ce sont des moments où on se retrouve tous entre vignerons. C’est important », a-t-il poursuivi, appelant la profession à « serrer les coudes » et à ne pas céder au découragement de la conjoncture. « Ce n’est pas en restant chez soi qu’on va y arriver », a-t-il martelé.

Même tonalité d’alerte du côté des organisateurs lors de la présentation des chiffres : « C’est le nombre d’échantillons le plus bas depuis l’existence du concours. Si ça continue comme ça, clairement, les finances ne nous permettront pas de continuer à l’organiser », a fait les comptes, Daniel Medioni au moment de la lecture du palmarès.

Une édition charnière

Représentant le président du Conseil départemental de Saône-et-Loire, Patrick Desroches, a confirmé le soutien du Département, et au-delà à la production via des aides à la complantation ou sur la recherche et essais au Vinipôle Sud Bourgogne (avec la Chambre et le BIVB). « Dans des moments difficiles comme ça, on continuera à vous soutenir », a-t-il assuré, tout en appelant à maintenir la dynamique collective.

Au-delà des médailles et des trophées, cette Saint-Vincent 2025 restera donc comme une édition charnière. Une belle vitrine du niveau qualitatif des vins du Mâconnais et du Beaujolais, mais aussi un signal d’alarme pour la profession. « Je compte sur vous, par votre solidarité, pour pérenniser ce concours », a conclu volontaire Luc Chevalier.

Un message clair : pour que la Saint-Vincent continue de faire battre le cœur viticole du territoire, chaque échantillon comptera l’an prochain. Et chaque domaine.

Pris en otage

Au-delà du concours, la cérémonie a aussi été l’occasion d’exprimer une inquiétude plus large sur la situation de l’agriculture française, et en particulier de la viticulture. Luc Chevalier n’a pas mâché ses mots : « Prendre l’agriculture en otage pour régler des conflits mondiaux… aujourd’hui, et surtout ce soir, la viticulture, nous ne pouvons pas tolérer cela longtemps ».

Une allusion directe aux tensions commerciales internationales, ravivées par les menaces de nouvelles taxes américaines sur les vins européens (200 %) brandies par Donald Trump dans le cadre de ses prises de position pour acquérir le Groenland au mépris des lois. Pour les producteurs du Mâconnais et du Beaujolais, fortement dépendants de l’export, ces incertitudes viennent s’ajouter à une conjoncture déjà fragile : récoltes réduites par les aléas climatiques, tension sur la trésorerie et ralentissement des ventes sur certains marchés. « Dans notre région, c’est l’emploi, l’économie, l’entretien du paysage, et le plaisir de nourrir nos populations qui sont en jeu », a rappelé le président de l’Union agricole et viticole de l’arrondissement de Mâcon. Car les autres filières font face à la même "prise d'otage" que ce soit l'accord Mercosur et les tensions géopolitiques depuis la guerre Russo-Ukrainienne. L'union de l'ensemble de la profession est nécessaire.

Cédric Michelin

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