Faire barrage pour éviter le pire
La DNC et son zonage restrictif ont fait irruption en Saône-et-Loire il y a dix jours. L’heure est à la mobilisation : 100.000 bovins sont à vacciner sans délai. L’enjeu étant d’éviter à tout prix un abattage sur le territoire.
Depuis dix jours, les zones Est et Sud-Est de la Saône-et-Loire sont placées en zone de surveillance pour la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC). L’objectif est d’empêcher à tout prix la propagation de la maladie alors que quatre foyers sont apparus dans le Jura et dans l’Ain entre le 11 et le 14 octobre. Dans ces communes saône-et-loiriennes en zone de surveillance (ZR4 et ZR5), tous les mouvements de bovins sont suspendus, la vaccination est obligatoire, les mesures de biosécurité sont renforcées, l’épandage des effluents interdit…
En parallèle, le 17 octobre (vendredi dernier), la Ministre Annie Genevard annonçait, en urgence, des mesures renforcées sur les mouvements de bovins pour l’ensemble du territoire national. Suite aux derniers foyers de DNC consécutifs à des mouvements d’animaux illicites, la Commission Européenne a en effet lancé un ultimatum à la France l’obligeant à prendre des mesures drastiques, pour « rassurer nos partenaires européens et commerciaux », justifie la Ministre. Depuis vendredi donc, tout rassemblement « festif » de bovins (concours, foires, salons, etc.) est interdit sur tout le territoire métropolitain. Sont également interdits à l’échelle des régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie, les marchés de bovins destinés à l’élevage (maigre). Interdiction également de toute sortie de bovins du territoire métropolitain, autrement dit l’export. Ces mesures ont pris effet le 18 octobre et sont valables jusqu’au 4 novembre inclus (lire encadré). « Elles seront levées le 5 novembre, si la situation sanitaire le permet », indique le communiqué du Ministère.
Éleveurs sous le choc
Vendredi et lundi dernier, le GDS 71, en collaboration avec la DDPP de Saône-et-Loire, le Groupement technique vétérinaire (GTV), la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, a organisé deux réunions d’information à Pierre-de Bresse puis à Cortambert, au cœur de la zone de surveillance. 200 à 250 personnes se sont rendues à chacun des deux rendez-vous avec parmi eux de nombreux éleveurs, des vétérinaires, des négociants, des techniciens agricoles (inséminateurs, technico-commerciaux…).
Dans la salle, l’ambiance était lourde tant l’inquiétude était grande et les questions fort nombreuses. Il faut dire que les choses se sont précipitées en moins d’une semaine avec le passage en zone de surveillance suivi des mesures renforcées annoncées le matin même de la réunion de Pierre-de-Bresse.
Devant une salle un peu sous le choc, les représentants du GDS, de la DDPP et du GTV ont d’abord rappelé la gravité de la DNC qui compte parmi les maladies les plus redoutables au niveau européen (catégorie A) et qui occasionne entre 45 et 90 % d’animaux malades (donc improductifs) avec un taux de mortalité de 10 %. Un tableau qui justifie pleinement l’élimination des foyers pour ne pas propager l’épidémie, rappelait un vétérinaire du GTV.
Vaccination obligatoire
Et pour contenir la propagation, dont l’origine des cas est vraisemblablement liée à des mouvements d’animaux, parfois illégaux pour certains foyers, la vaccination est une priorité absolue, martelait la représentante de la DDPP. 100.000 bovins sont à vacciner sans délai dans les 184 communes de la zone de surveillance, du Clunisois à la Bresse. 600.000 doses venaient d’être commandées, indiquait-on. Les vaccins sont arrivés dans les cabinets de vétérinaires de la ZR4 en fin de semaine dernière et cette semaine en ZR 5. Les vétérinaires sanitaires assureront cette vaccination dans les élevages. À Pierre-de-Bresse comme à Cortambert, la question d’une vaccination élargie à la zone indemne a bien été posée. Mais cela ferait perdre le statut indemne et bloquerait de ce fait toute exportation, rappelait-on à ce stade.
Organiser le chantier de la vaccination
Le défi est maintenant d’organiser ce « chantier de la vaccination ». Là, les éleveurs et leurs réseaux vont être appelés à la rescousse. Il y a besoin de parcs de contention, de couloirs, de main-d’œuvre… En lien avec le GDS 71, les Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire fourniront un référent par clinique et ils mettent en place une banque de bénévoles, annonçait leur président Maxime Bonnot. Une banque de matériel est également en cours de constitution avec les propositions des éleveurs, des coopératives… La fédération des Cuma, par la voix de David Cornier, signalait disposer de 90 parcs de contention… Les interventions sur ces chantiers de vaccination devront également se faire dans le respect des règles de biosécurité d’où le besoin de bottes et combinaisons de protection qui seront fournies, indiquait Maxime Bonnot.
Dans cette tâche colossale, nul doute que la solidarité sera de mise. Tous les responsables présents l’appelaient en tout cas de leurs vœux, à l’image de Frédéric Bernard, président de caisse Groupama qui témoignait de la mobilisation de sa structure face à cette crise sanitaire.
Sanctions sévères…
Au-delà de la vaccination, les questions au quotidien sont nombreuses pour les élevages concernés par le zonage, sans oublier ceux dont les exploitations sont à cheval sur deux zones. L’interdiction de tout mouvement soulève de nombreuses interrogations pour la conduite des animaux, ne serait-ce que pour les changer de pré ou les transférer d’un bâtiment à l’autre… D’autant que la Ministre a promis des sanctions sévères (750 €/animal) en cas de non-respect des mesures de limitation des mouvements, amende augmentée en cas de récidive.
Pour toutes ces situations particulières, certaines dérogations devraient être possibles, « au titre de la protection animale », informait la représentante de la DDPP (inondation, vêlage, accident, alimentation, sevrage, abattoir…). Ces dérogations sont à demander aux services de l’État (site ddpp-dnc). Les bêtes concernées devront avoir été vues par un vétérinaire et elles devront disposer d’un laissez-passer sanitaire, indiquait la DDPP. Mais ces dérogations ne seront pas sans risque, tempérait Fabien Coulon, représentant le GDS, qui militait pour déplacer le moins d’animaux possible pour ne pas avoir à gérer d’abattage…
Effluents, chargement, règles de biosécurité…
À Cortambert comme à Pierre-de-Bresse, les questions concrètes ont fusé. La gestion des fumiers et lisier – dont l’épandage est interdit sur la zone — a été abordée. Compostage et méthanisation seraient possibles, par contre l’épandage d’effluents frais ne serait toléré que sous dérogation (débordement de fosse par exemple). Des éleveurs ont soulevé la question du chargement alors que les broutards ne pourront pas quitter les exploitations. Alexandre Mège de la DDT a indiqué que les maladies réglementées faisaient de fait l’objet de dérogations. Des interrogations portaient aussi sur les allers et venues des techniciens et autres intervenants dans les élevages (inséminateurs, service de remplacement, stagiaires…). Un webinaire à ce sujet organisé par la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire était prévu ce jeudi. Le respect des règles de biosécurité s’impose à tous et seules les personnes indispensables à la vie des élevages doivent être tolérées.
Questions légitimes
« La priorité, c’est d’organiser la vaccination », estimait Christian Bajard, représentant le service élevage de la Chambre d’Agriculture et qui pour cela compte sur la mobilisation collective de toutes les organisations. Il faudra aussi apporter des réponses au plus vite à toutes les questions légitimes soulevées et notamment « étudier sans délai quelles dérogations sont nécessaires pour pouvoir continuer de travailler sur nos exploitations. Il y a des verrous à faire sauter », poursuivait Christian Bajard qui appelait aussi au bon sens paysan.
« Il nous faut aussi réfléchir à l’accompagnement des gens et voir tout ce qui est perte économique, problèmes de trésorerie…. Nous solliciterons les banques, les assurances…, qui sont déjà attentives à la situation ». Il faudra aussi réunir la filière pour appréhender les problèmes liés au blocage commercial des animaux. Les questions urgentes portent sur le devenir des veaux laitiers, des broutards et des animaux vaccinés qui, de fait, ne seront plus éligibles aux échanges… « Il ne faut pas que la filière profite de la situation pour faire baisser les prix ». Tous ces enjeux – dont la pérennité de l’export — seront défendus au niveau national. « On a la chance d’avoir un vaccin et on s’appuie sur l’expérience des voisins. Il faut rester solidaires les uns des autres », conclut Christian Bajard.
Rien ne rentre, rien ne sort, rien ne bouge…
En zone réglementée, la règle générale de restriction des mouvements est : "rien ne rentre, rien ne sort, rien ne bouge à l’intérieur ". Les seules dérogations possibles en ZR doivent être effectuées sous laissez-passer sanitaire signé de la DDPP, avec des moyens de transport nettoyés, désinfectés et désinsectisés et en assurant un transport direct sans rupture de charge du lieu de départ au lieu de destination. C’est le cas pour l’envoi de bovins vers l’abattoir (bien s’assurer que l’abattoir accepte les bovins issus de zone réglementée avant d’effectuer la demande de laisser-passer sanitaire) ou des mouvements de bovins vers un élevage pour raison de bien-être animal (animaux blessés, vêlage, manque d’alimentation et d’abreuvement…).
En Saône-et-Loire, la ZR5 a fait l’objet d’une révision de la liste des communes concernées, avec le retrait des communes de Chauffailles, Anglure-sous-Dun, Gibles et Montmelard
Des mesures nationales renforcées s’appliquent sur les rassemblements et mouvements de bovins jusqu’au 4 novembre inclus. Sur tout le territoire national, les manifestations et rassemblements de bovins (concours, foires, salons, etc.) ainsi que les mouvements à destination d’autres États membres ou pays tiers sont interdits. Dans la zone réglementée supplémentaire (ZRS) qui concerne la totalité des départements des régions Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie, les regroupements en centres de rassemblement et sur les marchés sont interdits, à l’exception des regroupements d’animaux destinés à l’abattoir. Les animaux détenus en zone indemne de la ZRS (zone indemne) peuvent circuler librement à destination de l’abattoir ou d’un autre cheptel situé en zone indemne sur le territoire national.