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FDSEA de Saône-et-Loire

La FNSEA est comme une équipe de rugby, elle a besoin de tous les profils pour gagner

Administrateur FNSEA, Romain Blanchard était le grand invité de la dernière assemblée générale de la FDSEA à Ouroux-sur-Saône, le 4 avril dernier (lire notre dernière édition). Il est notamment revenu sur la crise et les manifestations 2024, avec les victoires et aussi les déceptions ou attentes syndicales. Une analyse tout en franchise.

Par Cédric Michelin
La FNSEA est comme une équipe de rugby, elle a besoin de tous les profils pour gagner
Romain Blanchard à gauche, aux côtés de Christian Bajard, président de la FDSEA 71 lors de l'AG de cette dernière à Ouroux-sur-Saône.

Son léger accent trahissait son côté occitan, lui le vigneron à Aix-en-Provence, en agriculture biologique (20 ha) et en coopérative, avec une trentaine d’hectares de cultures en plus. Secrétaire-général de sa FDSEA des Bouches-du-Rhône, il est administrateur à la FNSEA depuis la dernière mandature, qui a vu élire Arnaud Rousseau à la présidence. Lors de l’AG à Ouroux-sur-Saône, la FDSEA avait prévu une partie à huis clos pour répondre directement et avec franchise à toutes les questions que pouvaient se poser les adhérents. Et la première ne mit pas longtemps « à rentrer dedans », dans le vif du sujet. « Après les manifestations, la FNSEA s’est positionnée comme un syndicalisme responsable, d’adaptation, voire du respect des lois qui ne laisse que la possibilité de faire de petites retouches. Ce n’est pas assez directif ! Il faut plus orienter avec des messages clairs comme sur les phytos, avec « pas d’interdiction sans solution », ça donne une ligne, ça prévient tous les politiques et instituts. Les adhérents comprennent. Mais de là à afficher des positions techniques, comme quoi l’agriculture peut faire mieux avec moins, c’est vrai mais pas tout le temps. Et cela peut être remis en question, y compris par des adhérents ». On sentait clairement dans cette première question sous forme de remarque argumentée que le syndicalisme majoritaire n’est plus aujourd’hui le plus populaire dans les médias, depuis longtemps mais avant plutôt tournés vers la Confédération paysanne pour les médias publics et désormais, se tournant aussi vers la Coordination rurale pour les médias en continu, adeptes des messages rapides (voire simplistes).

Des politiciens en campagne permanente

Malgré son jeune âge, on sentait que Romain Blanchard a de l’expérience et est parfaitement structuré dans sa tête pour analyser avec recul la situation nouvelle du paysage syndical mais aussi politico-médiatique en France. « Entre syndicalisme de solution ou de direction, je ne comprends pas la différence. La FNSEA fixe une direction et on reste des démocrates et des républicains. Les lois ne se font pas dans les syndicats, à nous de convaincre les parlementaires et élus dans nos territoires. Et de convaincre le terrain », rappelait-il la base de notre démocratie et République Française. Il repartait ensuite du terrain, de chez lui plus précisément, pour donner un exemple concret de la situation qui a changé, reconnaissait-il. « Dans les Bouches-du-Rhône, on 4.000 agriculteurs pour 3 millions d’habitants. Ici, en Saône-et-Loire, département rural, vous n’avez pas ce rapport. Chez nous, le vrai métier des politiciens, c’est de faire des statistiques pour être élu. Il faut le dire, nous, on ne pèse plus. Ici, en Saône-et-Loire, vous avez encore du poids ». Dommage que les élus de Saône-et-Loire n’aient été présents à ce moment, d’abord pour les remercier d’être (encore) aux côtés des agriculteurs du département, mais surtout pour avoir leurs points de vue sur leurs collègues élus en villes et métropoles. Le syndicaliste qui est au fond de Romain Blanchard, c’est-à-dire s’étant engagé pour faire avancer la cause commune, répondait ensuite sur notre société marquée par les buzz des réseaux sociaux et des clashs sur les plateaux TV. « Les bonnets jaunes sont comme ces élus des villes. Ils viennent le premier jour et après pendant 6 ans, on les voit plus. Et sur le terrain, on ne joue pas dans la même division. Eux, ils ne font que du syndicalisme pour Instagram ».

Une société détestant la violence

Il livrait une autre réflexion personnelle. « J’entends que le monde a changé, voir qu’il y a une plus grande acceptation de la violence dit-on », faisait-il la moue, l’air de douter que la société ne l’observe pas plutôt avec inquiétude dans des médias déformants et amplifiant des faits divers plus rares en réalité, mais certes parfois ultraviolents. « Avant lorsqu’une grille de préfecture tombait, rien de plus. Aujourd’hui, on passe devant le tribunal systématiquement, enfin non, c’est le président en son nom propre » qui a une épée de Damoclès sur « sa ferme, son tracteur… », alors que les finances des FDSEA ne sont pas au mieux partout en France. Ce qu’il voyait surtout, ce sont les résultats. « À la FNSEA, on ne fait pas les lois mais on réussit à en faire passer », nuançait-il finement.

Apporter des solutions et de l’expertise

Et avec cette même finesse, pour répondre à la question de faire des messages simples à comprendre et retenir, Romain Blanchard le redisait ou déplorait : « On essaye mais plus rien n’est simple dans ce pays avec toutes ses strates. Prenez l’exemple de construire une étable comme cela se fait depuis 3.000 ans : aujourd’hui, il vous faut combien de temps pour faire rentrer votre première vache dedans. Tout est comme ça en France », avec des lois s’accumulant, voire se contredisant, et des interprétations encore plus floues du coup. « Et il faut rajouter en 2024, un contexte politique instable avec quatre premiers Ministres. Certains disent que c’est un non-sujet mais quand on va voir chaque premier Ministre, il nous dit que ce qui a été vu et promis avant ne s’appliquera pas. Qu’il faut retravailler ». Loin de lui de se plaindre d’avoir à « faire comprendre aux députés et aux sénateurs, c’est notre boulot de syndicaliste », se motive-t-il même si par contre, il déplore la lenteur ou les non-réponses qui sont de la seule responsabilité des politiques et non des syndicalistes du coup. Après la dissolution de l’Assemblée nationale et la censure du gouvernement Barnier, « on a vu une vague de dégagisme avec de nouveaux parlementaires urbains, non formés sur l’agriculture, qui avait juste une image positive fantasmée d’Épinal, d’une agriculture française qui n’a jamais existé », reflétant les faux souvenirs de bon nombre de Français. Alors, il reprend son bâton de pèlerin à chaque fois pour combattre les idées reçues. « Ok, on n’est pas des parfaits agriculteurs mais on est encore plus mauvais empoisonneurs car depuis la chimie en 1929, les Français ont gagné 15 ans d’espérance de vie » et ne connaissent plus la famine. Au contraire, l’agriculture et la viticulture pèsent bien plus économiquement, en termes d’emploi, font vivre des filières entières et aménagent les territoires, bien mieux que les politiques et pouvoirs publics qui ont abandonné les territoires ruraux.

Rien n’est réglé pour autant

Dans la salle, une nouvelle remarque résonnait largement : « la colère a grondé fort et continue. Rien n’est vraiment réglé ». Romain Blanchard l’admettait, lui qui n’est pas éloigné de la « genèse des panneaux retournés dans le Tarn pour dire qu’on marche sur la tête ». Et effectivement, « les lois qui se contredisent et vont à l’inverse du bon sens agricole, ça a fait tache d’huile car dans toutes les productions, on vit une surcharge administrative au quotidien, on voit des importations de produit qu’on ne veut pas produire en France et même vendre à nos concitoyens », rappelait-il. Il donnait aussi quelques détails sur les coulisses locales. « Le président de la République entend la colère mais demande avec respect de rester démocrates et républicains. Ce qu’on fait, on parle aux instances mais on voit que rien n’avance. Avec les conditions climatiques, l’Occitanie est dans le dur. Les trésoreries sont exsangues et dans ces cas-là, les agriculteurs ne sont plus patients. Le 16 janvier 2024, on montre que notre colère ne passe pas mais on ne casse pas, on respecte les biens et les personnes. À nouveau, on a les mêmes réponses du préfet qui dit faire remonter. Ça fait déborder le vase et on est partis sur l’A6 car cela devenait un manque de respect et de considération. Ce sentiment de se faire marcher dessus est le même en Bretagne, en Paca… et tout le monde est sorti pour montrer nos désaccords. On n’a pas embrasé la France mais bloqué ce qui rentre en France, symbole de ce qui ne va plus ». On s’en souvient, l’agriculture fait alors l’actualité et les Français, les commentateurs et donc les politiciens sont à l’unisson derrière les agriculteurs qui ont raison. Mais là encore, à Paris, « ils veulent quatre mesures. Ils n’ont rien compris, cela fait trente ans qu’il se fait n’importe quoi. La FNSEA écrit 120 mesures urgentes et c’est encore le minimum raisonnable si on veut tous relever d’une alimentation durable dans un contexte de changement climatique », qui plus est avec la guerre à la porte de l’Europe et après avoir vu lors de la crise sanitaire du Covid que la souveraineté française n’était plus assurée.

Faire équipe avec tous les profils

Le secrétaire-général de la FDSEA de Saône-et-Loire qui a organisé les manifestations dans le département, Anton Andermatt se souvient lui aussi des réunions de travail à la préfecture avec toutes les directions départementales. « On demandait des simplifications mais 6 mois après, ils n’ont toujours rien compris », taclait-il les services de l’État, qui certes ne font pas les lois. Il prenait plusieurs exemples en Saône-et-Loire, « avec la taille des haies pour tout le département et là, on voit juste 100 communes. C’est encore moins simple ».

Romain Blanchard apportait sa vision nationale, bien que déplorant la même situation dans son département sur d’autres sujets. « L’État est un et indivisible. Que ce soit sur les phytos, sur l’hébergement des saisonniers ou sur les haies », reprécisait-il. D’où la ligne claire et commune de la FNSEA de « boucler pour tout sur le revenu » qui est finalement le juge de paix et le point commun entre tous les agriculteurs et les agricultures de France. « C’est vous qui faites le métier du syndicat, d’aller vous faire entendre sur les autoroutes mais aussi lors des réunions de travail, avec les parlementaires, dans les écoles… Nous à la FNSEA, on se bat pour vous au national comme une équipe de rugby, avec tous les profils qui font une bonne équipe. Notre seul intérêt est de faire progresser les intérêts de l’agriculture et des agriculteurs », concluait-il.