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Céline Charbon à Cluny

L’art de faire revivre les créations d’antan

A l’opposé des valeurs actuelles de la société qui prônent une consommation à tout crin et l’utilisation de biens forcément jetables, Céline Charbon a choisi le métier de tapissier-décorateur. Un véritable sacerdoce pour cette jeune femme qui redonne une deuxième vie aux chaises, fauteuils et autres canapés.
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Céline Charbon aurait pu choisir la vie au grand air et le confort d’un poste de prof de sport. Mais loin de jouer la carte de la facilité, elle a avant tout souhaité trouver un travail correspondant à ses inspirations profondes. Au-delà d’un choix professionnel, il s’agissait pour elle d’un choix de vie. « Je désirais trouver une profession qui me permette de mêler décoration et travail du bois ». Logique alors qu’elle s’oriente vers le métier de tapissier-décorateur. « J’ai fait un stage d’une semaine chez Raymond Poussot, tapissier à Chalon-sur-Saône. Cela m’a immédiatement plu ».

Meilleure apprentie de France


Convaincue d’avoir enfin trouvé sa voie, elle intègre en 2001 les Compagnons du devoir. Elle y suit des cours en alternance avec, comme maître de stage, Gérard Boisjot, installé à Cluny, et un enseignement dispensé à Pont-de-Veyle. L’apprentissage dure trois années. « Dans notre formation, il y avait une partie dédiée à l’histoire de l’art et aux techniques traditionnelles. Le style français démarre avec Louis XIII et Henri II. Chaque roi a impulsé un style propre, chaque régnant a souhaité mettre sa touche personnelle. Par exemple, avec Napoléon III, il y a des bois plus exotiques, plus précieux. Il faut aussi savoir que les ressorts ont été créés à l’époque de Napoléon III. Quant aux pièces les plus modernes dont je m’occupe, elles datent de 1930, de l’Art nouveau, de l’Art déco. Historiquement, le fauteuil le plus populaire était le Voltaire car le plus accessible pécunièrement parlant pour le peuple ». L’un des moments marquants de cette formation sera, lors des douze derniers mois, la préparation au concours du Meilleur apprenti de France. « Il s’agissait, selon moi, d’une suite normale à donner à mes études ». Titulaire d’un CAP de tapissier d’ameublement, Céline Charbon peut donc se prévaloir en 2005 du titre de "Meilleure apprentie de France" après avoir réalisé une chauffeuse anglaise en créant notamment son propre tissu. « Pour débuter, c’est une jolie carte de visite », avoue-t-elle humblement.

L’amour des belles choses


C’est à Lyon qu’elle occupe son premier poste. Elle passe ainsi une année à travailler aux côtés d’un tapissier. « Ce fut pour moi l’occasion de me confronter à la clientèle ». Puis l’opportunité lui est offerte de succéder à son ancien maître de stage, Gérard Boisjot, qui partait alors à la retraite. C’est ainsi qu’elle s’installe officiellement à Cluny le 1er juillet 2006 et ouvre son propre atelier. Lorsque l’on s’intéresse à sa clientèle, force est de constater que celle-ci est généralement âgée de plus de soixante ans et a souvent un lien affectif fort avec un fauteuil, une chaise ou un canapé. Souvent propriétaires de maisons secondaires, ces Parisiens, Lyonnais ou Suisses habitent généralement à l’Ouest de la Nationale 6, au sein de maisons situées dans des villages. « La publicité se fait beaucoup par le bouche à oreille ». Ce qui ne l’empêche pas de faire ponctuellement - à Crèches-sur-Saône, à Oyé ou à Tournus - des expositions pour, non seulement, se faire connaître mais aussi de mettre en valeur son métier. Une profession qu’elle va exercer à partir du 1er juillet à Vitry-lès-Cluny. « J’ai fait le choix de transférer mon activité pour travailler dans de meilleures conditions et de mieux accueillir ma clientèle. Pour développer mon activité, je souhaite également donner des cours et organiser des stages ».

Napoléon III au panthéon des souvenirs


En une demi-douzaine d’années, Céline Charbon peut se prévaloir d’avoir eu entre ses mains quelques pièces qui méritent le détour. A l’image de ce canapé à bosse Napoléon III en bois de palissandre ou de cette chauffeuse Napoléon III crapaud. « A chaque fois que j’ai fait une pièce pour la première fois, j’ai été marquée. Je suis fière de tout ce que j’ai fait. Chaque restauration a sa propre histoire ».
Lorsque l’on évoque ses préférences, Céline Charbon avoue que son cœur penche vers les fauteuils Restauration. Mais aussi pour la période qui va du Directoire à Louis-Philippe en passant par l’Empire. « J’investis beaucoup de temps, de moi-même quand je travaille. Ouvrir cet atelier m’a permis d’avoir la satisfaction d’avoir fait revivre des fauteuils, des canapés et d’avoir vu des clients heureux ». Alors qu’elle a en permanence six mois de travail devant elle, Céline Charbon souhaite aujourd’hui aller dans d’autres directions. Avec le secret espoir de collaborer dans le futur avec les musées et les collectivités.

La minutie comme impératif


Redonner vie à un fauteuil mal en point n’est pas chose aisée. En effet, il faut à Céline Charbon plus d’une dizaine d’étapes pour que cette pièce retrouve son lustre d’antan. Après un état des lieux, il est nécessaire de réaliser un sanglage, c’est-à-dire redonner une base au fauteuil. Il y a ensuite le guindage - à savoir l’ajout de ressorts -, la pose de toile forte pour recouvrir les ressorts, la mise en place de crin pour créer la galbe du siège et la pose de toile d’embourrure pour couvrir le crin. Suivent le rabattage qui consiste en une fixation de la toile d’embourrure, le piquage pour façonner les lignes et le galbe, la mise en crin animal pour dessiner la ligne définitive et apporter une souplesse d’assise, la mise en blanc afin de recouvrir le crin animal, l’installation d’une ouate en coton et, enfin, la finition avec la mise en place du tissu. Pour un fauteuil de type Voltaire, il faut compter environ 700 € pour le remettre en parfait état. « Il y a beaucoup de choses qui ne se voient pas. Mais chaque étape a sa raison d’être ».


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