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Entrée de la viticulture dans la Pac

L’effet papillon

Etonnant ! La filière viticole s’intéresse à la Pac. Enfin, non. C’est
plutôt Bruxelles qui veut faire rentrer la viticulture dans le rang. Celui de l’ultralibéralisme. Ce n’était donc pas un hasard si la FDSEA de
Saône-et-Loire consacrait une table ronde à la viticulture, lors de son
Assemblée générale à Cluny (voir page 3).
Par Publié par Cédric Michelin
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Le mouvement semble déjà bien avancé : dérégulation de la production (libéralisation des droits de plantation) et des marchés (fin de l’OCM unique). Pour ne pas se retrouver livrée à elle-même, la viticulture se rapproche des autres filières agricoles. Les négociations Pac seront cruciales.
Viticulteur du Beaujolais et vice-président de la commission viticole de la FNSEA, Robert Verger ne le cachait pas, sur le terrain, « ça ne parle à personne et pourtant, l’OCM viticole fait déjà partie de la Pac ». En effet, la profession viticole a « refusé les aides directes et choisi des mesures pour restructurer la filière ». Conséquences : les viticulteurs ne voient pas les déjà 40 millions d’€ du système Pac qui permettent d’éliminer les sous-produits (marcs et lies). Certains en prennent conscience tardivement, comme lors des distillations de crise ou de restructuration du vignoble (arrachage, plantations aidées de pinots dans le Beaujolais…). Côtés aides, l’investissement « a été saturé dès la deuxième année » et la promotion sur pays tiers était d’une telle « complexité administrative » que bien souvent, seuls les interprofessions et gros exportateurs ont vu leurs dossiers aboutir. Peu chez les caves particulières.

Futurs voisins : Castel et Hedge Funds ?



Désormais, la priorité absolue reste la régulation de l’offre viticole en Europe. Post-crise mondiale, la libéralisation totale des droits de plantation a été votée par les gouvernements européens. Vice-président de la CNAOC et viticulteur à Prissé, Jean-Michel Aubinel rappelait que « des déséquilibres peuvent survenir », sans ces "quotas" viticoles. Pour l’heure, l’analyse est fine. « Chaque ODG arbitre à travers son analyse économique ». Résultat, sur 51.000 ha pouvant revendiquer une AOC bourguignonne, seuls « 28.000 ha sont réellement plantés ». Avec la récente annonce du groupe Castel voulant racheter Patriarche, ou d’investisseurs (banques, multinationales…), « tous les mécanismes historiques partiraient en lambeaux ». Si dans un premier temps, le prix du foncier grimpera, sur le moyen-long terme, les cours des vins risqueraient de chuter, si les marchés ne décollent pas. Le négoce européen est pour. Pour approvisionner en amont à faible prix. Le négoce français et bourguignon (FNEB) en profite lui pour demander à cogérer au niveau interprofessionnel. Pour Jean-Michel Aubinel, hors de question : « le sol, c’est le producteur. Il doit rester le maitre du jeu ».

Scénario de crise à la bordelaise



Le président délégué de l’Interprofession des vins de Bourgogne (BIVB) et viticulteur à Cruzille, Michel Baldassini constate déjà le blanchiment de la Bourgogne. « Chablis (5.000 ha) a multiplié par cinq ses surfaces plantées en l’espace de 20 ans ». Au sud, la crise pousse les viticulteurs beaujolais, avec la bénédiction des négociants, à planter du chardonnay (bourgogne blanc et crémant de Bourgogne) et peut-être demain des pinots (coteaux bourguignons). Ces « diversifications », véritables « concurrences entre vignobles » sont « nuisibles à tous ». Il semblait aussi inquiet de voir les grands crus - de la Côte de Nuits notamment - « décrocher » les autres appellations. Un scénario similaire à celui du Bordelais, juste avant d’entrer en crise au début des années 2000.

Effet ciseau



De l’autre côté de la chaîne, sur le terrain, les coûts de production sont eux en hausse. Président de l’Union viticole, Robert Martin parlait par exemple du « phylloxera du XXe siècle », l’Esca qui coûte « de l’ordre de 4,2€/pied remplacé », soit une charge pour le département de 8 à 9 millions d’€ par an au total. Le syndicat a « réussi à faire prendre une partie en charge par les propriétaires bailleurs ». Autre « fléau », la flavescence dorée et sa lutte obligatoire nécessitant trois traitements insecticides. 2.000 ha sont concernés dans le département. Le viticulteur de Davayé, élu chambre, réclamait l’aide complémentaire des pouvoirs publics sur les frais de reconnaissance et d’analyses (50 % pris en charge par ministère).
Enfin, tous revenaient sur les contraintes environnementales. Un dossier préoccupant toutes les filières agricoles. La dernière circulaire du ministère de l’Ecologie demandant à couvrir les aires de lavage de produits phytosanitaires est « inadmissible », insistait le viticulteur de Davayé. Car les professionnels se sont pourtant engagés à préserver l’environnement avec Ecophyto 2018. Reste que la nature ne connaît que sa loi. « La récolte 2011 nous a rappelés à l’ordre. On a frisé la catastrophe à 15 jours près. On aurait pu ne rien ramasser ». Le syndicalisme - en général - s'évertue à calmer le calendrier du Grenelle pour éviter les impasses techniques...