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L’empreinte carbone à l’épreuve des consommateurs

AGROALIMENTAIRE / Syndifrais, organisation professionnelle française des fabricants de produits laitiers frais des secteurs privé et coopératif, a organisé, fin novembre, à la Maison du lait à Paris, un colloque consacré à la réduction de son empreinte carbone, notamment des emballages et des pots de yaourts. 

Par Christophe Soulard 
L’empreinte carbone à l’épreuve des consommateurs
© iStock-Cylonphoto
Syndifrais affiche sa volonté de limiter les déchets, d'encourager le recyclage et le réemploi des emballages des produits laitiers frais.

Syndifrais a toujours la volonté de limiter les déchets, d'encourager le recyclage et le réemploi des emballages des produits laitiers frais. Mais bien que la « montée en puissance de la collecte des emballages s’accélère, le secteur alimentaire se heurte à une réticence, voire une résistance, encore tenace du consommateur », concède la déléguée générale de l’organisation, Muriel Casé. Son propos est corroboré par Céline Doux, directrice qualité et développement RSE chez Lactalis Nestlé Ultra-Frais. « Nos réductions de cartons atteignent environ 320 tonnes par an mais le retour du consommateur est un vrai défi ». Elle avoue « quelques expériences malheureuses », notamment sur l’arrêt de banderoles informatives autour des pots de yaourts en verre. « Nous avons eu des flopées de réclamations car beaucoup de consommateurs hésitaient à les acheter puis à les consommer,  atteste-t-elle. Nous avons été contraints de réintroduire ces banderoles ». Il en est de même pour les pots de couvercle en plastique sur certains produits. Celui-ci a disparu de certains pots de skyr pour ne laisser que l’opercule aluminium en place. Là encore, les réclamations sont venues de partout, y compris des distributeurs qui se sont plaints des nombreux invendus : les opercules étaient percés et des consommateurs se sont plaints de problèmes d’hygiène et de conservation. « Nous les avons réintroduits au bout de trois mois. »  Il faut autant que faire se peut « accompagner le consommateur dans cette démarche de changement », précise Laurent Collot, responsable Développement emballages du groupe Triballat. Cette entreprise a aussi tenté de réduire les colorants sur les emballages, dans une démarche écologique. Mais le consommateur a boudé certains produits car « trop gris et trop d’uniformité. Si on change la couleur d’un produit, on peut perdre le client ».

Normes de recyclabilité 

Tout comme la réduction des emballages, leur recyclage a des limites techniques et sociologiques. Il réclame aussi des moyens importants. Car tous les emballages (cartons, plastiques, polystyrène …) ne se recyclent pas aisément. Ainsi Erik Moerman, directeur du développement et des ventes d’Invader Plastics2Chemicals, a récemment mis en service une unité de production qui permet de recycler un pot de yaourt. « Un pot de yaourt redevient un pot de yaourt. C’est facile à dire mais compliqué à réaliser », insiste-t-il. Car, entre l’idée de ce concept (2017) et sa réalisation, il a fallu huit ans et 105 millions d’euros pour construire l’unité de production. « Mais finalement, nous devenons moins dépendants des matières fossiles car nous utilisons moins de matière vierge », affirme-t-il, avec l’objectif de recycler 65 000 tonnes par an. Cette démarche s’intègre parfaitement dans la Stratégie européenne pour les plastiques dans une économie circulaire de 2018 (lire encadré) mais « les normes européennes de recyclabilité ne sont pas encore toutes écrites. Elles devraient l’être en 2030. Une centaine d’experts travaillent sur le sujet », atteste Florian Trohay, directeur adjoint Durabilité chez Sodiaal. Sur la question du réemploi des emballages, le fil rouge de la démarche doit être que « le produit du quotidien doit le rester et être accessible au plus grand nombre », indique Sophie Lanternier, directrice des opérations de (RE)SET. Pour que la chaine 3R (réduction, recyclage, réemploi) devienne vertueuse, il faut embarquer le consommateur, attestent les intervenants. La coopérative Eurial, qui utilise des emballages recyclés, expérimente un système de consignes dans seize magasins Carrefour, à raison de 30 centimes par pot rapporté. Le « taux de retour progresse et on fera un bilan en 2026 », annonce Jérôme Marchal, responsable du développement. Enfin, les pratiques que l’on croit vertueuses ne le sont pas toujours, rapporte Nathalie Molina, directrice Supply Chain chez Yoplait. Pour elle, « le plastique pour transporter les pots de fromage blanc, et surtout de yaourts, est plus résistant, plus pratique que le carton autoportant. Il a aussi la chance de durer dans le temps… »  Mais il existe un frein : « la standardisation », nuance-t-elle. En somme, il va être difficile d’appliquer un modèle pour toutes les filières et il faudra redoubler de pédagogie auprès des consommateurs pour rassurer et faire évoluer les habitudes.

Christophe Soulard