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Florian Gomet

Le Canada en ligne de vie

Alors que certains se contentent de mener une petite vie tranquille, bien rangée et sans surprise, Florian Gomet envisage son existence sous l’angle de l’aventure. Un besoin d’ailleurs qui prendra une nouvelle dimension lors de son périple de plus d’un an au Canada.
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A chaque personne correspond une définition de l’aventure. Pour certains, il s’agit de se lancer à corps perdu dans la vie de tous les jours sans aucune certitude du lendemain. Pour d’autres, cela pourra revêtir des formes plus extrêmes à travers la pratique de disciplines à haut risque à l’image du base jump, de la plongée en apnée ou encore du vol en wingsuit. Deux conceptions bien différentes de celle de Florian Gomet.
Né au Creusot en 1984, il partage sa jeunesse entre les mathématiques, la musique et la gymnastique. Titulaire d’un baccalauréat scientifique en 2002, il intègre une classe préparatoire (HX4) au lycée du Parc à Lyon avec l’ambition de devenir un jour astronome. Une formation qui s’avère bien décevante au final. Après avoir cherché sa voie, le jeune étudiant rejoint l’université Claude Bernard pour devenir professeur de mathématiques. Là encore, l’exercice de la profession en collège lui laisse un goût amer. « Un peu trop idéaliste, je ne me sens pas à ma place et ma mission d’enseignant m’échappe ».
Presque par hasard, il découvre à cette période le triathlon. « Mon temps libre est consacré au triathlon et aux voyages sportifs dans les milieux sauvages. Avec la volonté de repousser mes limites. C’est par l’intermédiaire du sport que j’ai pu assouvir ma soif de découverte. Étant résolument plus à l’aise en forêt ou en montagne que dans une salle de classe, j’ai pris la lourde décision de démissionner. J’ai cherché un endroit pour me ressourcer et réfléchir à mon avenir. J’ai opté pour la Lozère ». Il cultive un potager et les anciens du village lui enseignent l’élevage de volailles. Ne trouvant pas de travail, il entame en octobre 2009 une formation de sept mois pour devenir bûcheron. En mars 2011, il choisit de retourner en Saône-et-Loire, à proximité de sa famille. Installé à Montmelard, il démarre son activité de bûcheron le 1er mai.

Le dépassement de soi


En parallèle, Florian Gomet ressent un « besoin d’exploration, de découverte ». Cela se traduit en juillet 2008 par la traversée des Alpes françaises et italiennes à vélo, soit 1.400 km en 12 jours. Suivront en juillet 2009 le tour de la Roumanie à vélo (2.400 km en 27 jours), en mai, août et septembre 2010 celui de la Lozère à pied et à vélo, en août 2011 le trajet France-Autriche à pied (800 km en 27 jours) et en juin 2012 un périple en Norvège de 1.200 km à vélo en 10 jours et de 1.400 km à pied en 45 jours.
« En Norvège, je n’ai été épargné, ni par les obstacles naturels, ni par les imprévus. Deux mois d’aventures en solitaire pendant lesquels j’ai composé avec une météo catastrophique (50 jours sur 60 avec de la pluie), un été en retard de trois semaines et de nombreux imprévus. J’ai ainsi bravé la neige et des pluies diluviennes, traversé des rivières glaciales et des marais infestés de moustiques. De cette riche expérience, j’ai tiré de nombreux enseignements qui me permettront de mieux me préparer physiquement, d’optimiser le choix de mon matériel et d’apporter plus de soin à l’élaboration du tracé en hors-piste. En outre, j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur la nature ».
Loin d’être une fin en soi, cette balade nordique était en fait une répétition grandeur nature de ce qui représente aux yeux de Florian Gomet son objectif ultime : la traversée du Canada d’Est en Ouest. « Je construis ma vie la-dessus. Le Canada représente un rêve d’enfant. J’ai toujours voulu aller là-bas. J’envisage de traverser intégralement le Canada, en solitaire et par moyen non-motorisé, de la côte Atlantique jusqu’à l’Alaska. La préparation occupe 100 % de mon temps. Tout ce que je fais, c’est en pensant à ce voyage. Y compris mon métier de bûcheron ».

Le Bushman blanc


Pour ne pas se retrouver dans la situation de Christopher McCandless, l’aventurier marginal rendu célèbre par le livre "Voyage au bout de la solitude" de Jon Krakauer et le film "Into the wild" de Sean Penn, Florian Gomet prépare ce voyage dans les moindres détails, avec notamment un repérage en juillet et août derniers. « J’ai fais 6.000 km en stop du Québec à l’Ontario. J’ai aussi suivi un stage de survie pendant trois journées et demi. J’ai effectué mon repérage dans le nord de l’Ontario, là où va commencer la partie marche. Mes essais dans la toundra boisée m’ont permis de constater que je ne pourrais pas faire plus de 10 km par jour. J’ai aussi constaté qu’il y a pas mal d’obstacles naturels et que les cartes étaient fausses. Un amérindien m’a surnommé Bushman, l’homme broussaille ».
Quant à sa journée type, elle consistera en un réveil à 6 heures, puis un départ entre 6 h 30 et 7 heures. Suivront 8 à 10 heures de marche par jour, avant un repos pris dès 19 heures.
« Je vais m’allonger pendant une dizaine d’heures pour récupérer, étudier mes cartes, écrire mon carnet de bord, téléphoner à mes amis et ma famille ». Pour ce qui est du matériel, pas de superflus pour ne pas avoir à porter un sac trop lourd. Juste l’indispensable pour un tel parcours. Au quotidien, il utilisera des chaussures de randonnée adaptées à un tel effort. Le pantalon permettra d’éviter les piqûres de moustiques et les guêtres de se protéger les pieds de la pluie et de la végétation. Dans son sac de 100 litres, devront tenir une tente, un duvet, une casserole, un réchaud, de la nourriture, de l’eau, des vêtements, du matériel informatique, des cartes, des carnets, une trousse de secours et de réparation. « Les principales difficultés devraient être les moustiques ainsi que les marais et les rivières à traverser ».
C’est en mai 2015 qu’il partira de la Forteresse de Louisbourg au Québec pour rallier l’Ontario en vélo. Puis direction de l’Alberta en marchant. Suite à un hivernage sur place de septembre 2015 à la fin du printemps 2016, il reprendra ses pérégrinations, cette fois en canoë en direction de l’Alaska. Ce qui représente environ 5.500 km. « Je ne pars pas seul, puisque mon chien Inuk me servira de caméraman ». Une grande première qu’il devrait ensuite partager à travers des conférences, un livre voire même un film.

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