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Autonomie alimentaire

Le changement climatique bouscule les céréales cultivées pour nourrir les animaux

Le changement climatique bouscule les habitudes en matière de cultures de céréales dans les exploitations d’élevage. Orge, blé, épeautre, méteils concurrencent désormais le triticale. 

Par Marc Labille
essais de céréales autoconsommées à Ferm'Inov
Sur le site de Ferm’Inov à Jalogny, des essais comparatifs de cultures de céréales sont conduits par la Chambre d’Agriculture depuis 2023.

Les céréales font partie des ressources alimentaires dont peut disposer une exploitation d’élevage sur ses terres. Cultivées pour l’autoconsommation, ces céréales concourent à l’autonomie des élevages. Mais le changement climatique incite à « piloter » différemment ces ressources. D’autant qu’il remet en cause les pratiques pourtant bien installées depuis plusieurs décennies.

Les années 1980 ont en effet vu le triticale devenir la céréale reine des exploitations d’élevage de la zone allaitante. Entre 2000 et 2006, le triticale était même passé devant le blé et l’orge en termes de rendement en grain, rapporte Antoine Villard, conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Mais depuis 2020, les rendements de cette céréale réputée rustique et productive plafonnent. Et de plus en plus d’agriculteurs en sont déçus.

On assiste à un regain d’intérêt pour l’orge d’hiver et le blé. Des essais comparatifs de ces cultures sont conduits par la Chambre d’agriculture à la ferme de Jalogny (Ferm’Inov). Un essai réalisé en 2023 a montré que l’orge d’hiver pouvait produire 20 q/ha de plus en grain (+ 34 %) que le triticale et le blé 6 q/ha de plus (+ 10 %). Si l’orge donne un peu moins de paille que le triticale (- 2,8 t/ha ou – 36 %), le blé en produit une tonne de plus soit + 13 %.

La précocité de l’orge

L’orge d’hiver a aujourd’hui pris l’avantage sur le triticale du fait de sa précocité. Cette précocité se retrouve au niveau de la récolte qui favorise les semis de couverts derrière. À Jalogny, un mélange de moha et de trèfle d’Alexandrie a pu ainsi être implanté dès le 2 juillet alors que le triticale et le blé ne libéraient le sol que huit jours plus tard. Cette avance du semis a permis de gagner 1 tonne de matière sèche supplémentaire pour un fourrage plus "joli" récolté le 4 septembre, rapporte Antoine Villard.

La récolte plus précoce de l’orge lui épargne de l’échaudage d’où un meilleur potentiel de rendement. Cela permet aussi d’étaler les moissons et donc d’optimiser l’utilisation de la moissonneuse-batteuse. Les orges d’hiver peuvent être semées plus tard qu’autrefois, jusqu’à fin octobre, indique Arvalis.

Autre avantage, les variétés actuelles sont moins sensibles aux maladies. La plupart des variétés sont résistantes à la jaunisse nanisante de l’orge (JNO). Un fongicide unique reste rentable, indique cependant Antoine Villard. Les limites de l’orge, ce sont les sols hydromorphes et les sols acides, complète l’expert.

Le blé fort de sa génétique

Céréale dominante des assolements, le blé profite d’un important progrès génétique. Le rendement est au rendez-vous et la sensibilité à la verse et aux maladies est maîtrisée. Si la paille n’est pas le premier souci de la filière panifiable, il existe des variétés de plus en plus productives sur ce critère. Le catalogue des variétés offre un grand choix. Avec toutefois quelques limites : recherchés pour lutter contre les sangliers, les blés barbus ne sont pas très bien représentés… La solution passe alors par des mélanges de variétés.

Rotation avec la prairie temporaire

Pour la culture de céréales sur une exploitation d’élevage, il est recommandé de soigner la rotation. L’idéal est d’alterner trois années de prairie temporaire avec deux ans de céréales (blé, orge). « Un tel système peut même s’imaginer sans pesticide », fait remarquer Antoine Villard. A contrario, la pire des rotations est une succession de triticales, interrompue par un seigle… « Ce système n’est pas durable et est ingérable au niveau désherbage », complète le technicien.

Seigle, avoine, épeautre, méteils…

D’autres céréales peuvent être cultivées pour l’autoconsommation en zone allaitante. Le seigle a l’avantage d’être résistant au froid et il donne beaucoup de paille. En revanche, il est sensible à la qualité du sol, craignant l’humidité et l’acidité. L’avoine supporte assez mal le froid. Quant à l’épeautre, il est intéressant, notamment pour sa capacité à faire ruminer (comme l’avoine). Mais il s’avère sensible aux maladies et il existe peu d’herbicides sélectifs de l’épeautre.

La quête d’autonomie conduit au développement des cultures de méteils. Il faut opter pour un mélange de légumineuses et de céréales de même précocité, ajuster la densité de semis des légumineuses pour gérer le risque de verse, recommandent les conseillers de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Outre le fait d’améliorer l’autonomie protéique des systèmes d’élevage, les méteils sont bénéfiques dans la rotation.

Raisonner l’usage des semences fermières

Dans les exploitations d’élevage, l’usage répété des mêmes variétés favorise le contournement des résistances. Ainsi, avec le temps, certaines variétés initialement résistantes peuvent devenir sensibles. Ce risque incite à se replonger dans le catalogue des variétés au moins tous les 5 à 10 ans, de sorte à profiter des évolutions variétales, conseillent Agathe Dangel et Antoine Villard, techniciens grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.

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