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Agrioccasions, les occasions agricoles
Sylviculture et contraintes environnementales

Le nécessaire moratoire

Les investissements manquent en forêt. Des solutions sont à l’étude avec les pouvoirs publics pour y remédier : rémunération des services environnementaux, refonte de la fiscalité, financement par la vente de certificat d’émission de CO2... Mais les forestiers privés estiment également que les contraintes environnementales qui se multiplient les empêchent d’investir dans certaines zones, au détriment de la production.
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« Il faut un moratoire sur les contraintes environnementales », a appelé, sous les applaudissements, Thomas Formery, directeur général du Centre national de la propriété forestière (CNPF), à l’occasion de l’assemblée générale de la Fédération nationale des propriétaires forestiers (FPF), le 8 juin à Paris. C’est là une des conditions nécessaires - pour ne pas dire indispensable - pour que les propriétaires forestiers puissent investir en forêt. Une demande qu’a également formulée avec force le président de la fédération, Henri Plauche-Gillon : « ne pas laisser gagner ce qui pourrait être une véritable paralysie verte ! ». Les forestiers craignent l’effet cumulé de la stratégie nationale de création d’aires protégées, du plan national en faveur des zones humides et les plans nationaux pour la conservation et la protection des espèces protégées. La mise en place de ces dispositifs se fait sans « consultation des professionnels, dont les forestiers », dénonce Henri Plauche-Gillon, qui évoque un millefeuille incompréhensible des textes. On se dirait dans une assemblée générale d'agriculteurs... Le président de la Fédération nationale des propriétaires forestiers estime par ailleurs que les « modèles productifs mis en place intègrent le long terme et sont déjà encadrés par une importante planification législative. Pourquoi en rajouter ? ».

Certificats d’émission


Pour les forestiers, ces dispositions viennent amplifier leurs difficultés à investir. Depuis la suppression du Fonds forestier national en 1999, les investissements en forêt sont en berne. Or, pour mobiliser plus de bois (le déficit commercial de la filière bois en 2010 a atteint 6,4 milliards d’euros), il faut de nouvelles routes, des efforts de recherche et d’innovation, et relancer les plantations.
Nicolas Sarkozy a annoncé fin avril, lors d’un déplacement à Egletons en Corrèze qu’il fallait remettre à plat la fiscalité forestière pour favoriser les investissements. Un point sera fait d’ici la fin de l’année. Mais le principal levier devrait être apporté par les certificats d’émissions de carbone. A partir de 2013, tous les industriels vont devoir acheter aux enchères une partie des quotas d’émission de CO2 qui leur étaient jusqu’à présent donnés. 50 % de l’argent récolté par cette vente doit être consacré à des projets de lutte contre le changement climatique. « Une partie doit légitimement vous revenir », a indiqué Bruno le Maire, qui n’a pas pu venir à l’assemblée générale mais s’est exprimé dans une vidéo. Les prétendant vont être nombreux pour avoir accès à cette manne. « Je suis actuellement en discussion avec le Premier ministre sur ce sujet pour que vous soyez assurés d’avoir une ressource pérenne », a précisé le ministre de l’Agriculture. Mais, il faut en finir avec les oppositions au sein de la filière et mettre enfin en place une interprofession unique, aprévenu le ministre de l’Agriculture.

Services environnementaux


Enfin, les forestiers comptent également sur une rémunération des services environnementaux. Epaulés par le CNPF (Centre national de la propriété forestière), ils présenteront à l’occasion du congrès mondial de l’eau qui se tiendra en 2012 à Marseille, une démarche opérationnelle basée sur la contractualisation entre forestiers et collectivités territoriales portant sur les vertus épuratrices de la forêt. « Cela permettra aux forestiers concernés de recevoir une légitime rémunération des services qu’ils rendent dans ce domaine », a souligné Henri Plauche-Gillon. L’environnement n’est donc pas toujours synonyme de contraintes.


L’accroissement de la forêt française en question


Les chiffres de l’accroissement annuel de la forêt française, évalué à 103 millions de m3, sont actuellement remis en cause. Certains affirment qu’ils seraient moins élevés. « Il est urgent de disposer de chiffres fiables et crédibles à ce sujet de façon à bien apprécier ce qu’il nous faut faire pour en assurer au mieux la mobilisation. Nous attendons une très prochaine réponse autorisée à ce sujet afin de faire taire les rumeurs », a demandé Henri Plauche-Gillon. « Nous travaillons à sécuriser les chiffres de l’accroissement », a tenu à rassurer Corentin Mercier conseiller du ministre de l’Agriculture en charge de la forêt. Une réunion organisée dans le courant du mois de juillet avec l’ensemble de la filière devrait faire la lumière sur cette question.