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Agrioccasions, les occasions agricoles
Huguette et Michel Bouchot

« Les canards tamponnent les crises bovines ! »

Eleveurs de charolais dans l’ouest Clunisois, Huguette et Michel Bouchot se sont diversifiés dans la production de canards à rôtir  pour dégager un second revenu. Depuis vingt ans, ils produisent des palmipèdes en partenariat avec leur coopérative avicole, la CPASL. Grâce à une filière organisée, les canards leur procurent une sécurité économique.
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Avec son épouse Huguette, Michel Bouchot exploite 120 hectares à Curtil-sous-Buffières. Dans ce secteur accidenté du Clunisois, le couple conduit un troupeau d’environ 90 vaches charolaises ainsi qu’un atelier volailles. D’abord seul sur l’exploitation pendant huit ans, Michel a été rejoint par son épouse en 1991 : « nous devions choisir entre prendre un travail à l’extérieur ou développer une production complémentaire pour assurer un second emploi », se souvient Michel. A l’époque, la filière canards souhaitait développer la production dans la région. Huguette et Michel ont donc opté pour un atelier de volailles. Sur leur exploitation en location, ils ont décidé de construire un bâtiment de 400 mètres carrés.

Une coopérative


Dès le départ, pour produire leurs canards, Huguette et Michel ont adhéré à la Coopérative de production avicole de Saône-et-Loire (CPASL ; pour en savoir plus se rapporter à L’Exploitant Agricole de Saône-et-Loire du 6 mai dernier page 7). Le système est différent d’une production intégrée. L’éleveur achète ses canetons, son aliment et même le gaz à la coopérative. Il revend à cette dernière les canards prêts à tuer. La CPASL fournit l’abattoir Palmid'Or de Trambly, près de Matour. Les adhérents de la coopérative sont donc tenus de s’adapter au planning de l’abattoir. En fonction de ses besoins, ce dernier dicte les dates de mise en place, les souches de palmipèdes et aussi leur sexe (besoin de plus ou moins de mâles ou de femelles, selon les débouchés). « Le canard est un produit plutôt festif et les pics de consommation sont Noël et Pâques », précise Michel.

Sciure de bois


Après un "démarrage" sur paille pour les petits canetons, les canards sont élevés sur sciure de bois. « L’entretien de la litière représente un poste de travail très important - une demi-heure à une heure par jour », selon Huguette et Michel. La sciure doit en effet être épandue à la main tous les jours ; il faut compter environ 25 mètres cubes pour dix jours, ce qui équivaut à 30 centimes d’€ par caneton, indique l’éleveur. « La propreté des animaux doit être particulièrement soignée, sinon les palmipèdes risquent de perdre leurs plumes », complète Michel.
Outre l’entretien de la litière et la surveillance quotidienne (état des pipettes et mangeoires, ouvertures d’air, chauffage…), les lots de canards impliquent une lourde manipulation vers 17 à 20 jours d’élevage. Trois opérations sont en effet accomplies en même temps : le "débéquage" qui consiste à couper manuellement un "ongle" dangereux sur le bec. Le "dégriffage" revient, quant à lui, à tailler les griffes des pattes à l’aide d’une machine. Enfin, les éleveurs profitent de ce moment pour vacciner - par injection - les palmipèdes. Ces trois interventions nécessitent au total près de sept heures de travail à deux pour un lot de 5.500 canards.

Entraide pour l’enlèvement


L’enlèvement des volailles constitue le pic de travail ultime dans la conduite du lot. Les femelles partent les premières à partir de 10 semaines, tandis que les mâles attendent une quinzaine de jours de plus pour terminer leur croissance. Les canes quittent l’élevage à un poids moyen de 2,6 kg, alors que les mâles atteignent 4,9 kg. « Au total, cela représente 7 tonnes de canes, plus 13 tonnes de canards à charger dans les containers ! », commente Michel. Cette tâche se fait cependant dans une très bonne ambiance. Grâce à l’entraide qui règne au sein du petit groupe d’aviculteurs - dont font partie Huguette et Michel -, le ramassage se fait à six personnes et ne prend pas plus de trois heures.
Les canards partis, les éleveurs procèdent aux opérations de nettoyage et d’évacuation du fumier. Ce dernier fournit un excellent amendement aux prairies de l’exploitation, lequel génère une économie de fertilisant.

Stabilité sécurisante


D’un point de vue économique, l’expérience montre que « l’atelier volailles permet de tamponner les crises bovines sur l’exploitation », confie Michel. De fait, bien que disposant d’un atelier allaitant techniquement bien maîtrisé, le couple constate que la partie canards atteint parfois un poids économique prépondérant dans le résultat de l’exploitation. Michel estime que son atelier volailles peut parvenir à dégager 15.000 € de marge nette par an, ce qui s’approche d’1 € de marge nette par canard.
Le revenu de cette production a surtout l’avantage d’être beaucoup plus stable que celui des bovins. Une stabilité sécurisante que Michel attribue avant tout à sa coopérative et à l’organisation qui en découle. « Dans notre système, nous avons l’avantage de la liberté ; ce n’est pas de l’intégration et ce sont les éleveurs qui détiennent le pouvoir dans notre coopérative. Nous nous sentons acteurs de la filière, ce qui implique de nous adapter à sa demande. En contrepartie, je bénéficie de l’accompagnement permanent d’un technicien. La coopérative offre aussi une grande transparence puisque je peux me comparer aux résultats de tous les autres éleveurs adhérents », détaille Michel. Mais l’argument que l’éleveur juge le plus convainquant, c’est le fait que sa coopérative n’hésite pas à puiser dans ses réserves pour sauvegarder le revenu de ses adhérents. La structure dispose également d’une caisse "coups durs" financée par les cotisations des éleveurs. Enfin, Michel apprécie qu’une production puisse le faire vivre sans aucune subvention.


Fiche technique


Huguette et Michel Bouchot 

Curtil-sous-Buffières 
120 hectares, environ 90 vaches charolaises, un atelier canards.
Installations : Michel en 1983 ; Huguette en 1991. 
Création de l’atelier volailles : 1991. 
Caractéristiques : 1 bâtiment de 400 m2 ; environ 5.500 canards ; 3,5 lots par an (canettes à partir de 10 semaines ; canards 12 à 13 semaines) ; vide sanitaire 15 jours. 
Investissement : entre 50 et 60.000 € en 1991. 
Marge annuelle : environ 20.000 € brut ; 15.000 € net (proche de 1 € de marge nette par canard) ; environ 50 % du chiffre d’affaires de l’exploitation. 
Partenaire : coopérative de production avicole de Saône-et-Loire (CPASL).



Partenaire


Partenaire

de la réflexion engagée par la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire

(lire nos éditions du 1er et du 22 avril en page 4), L'Exploitant Agricole de Saône-et-Loire

vous donne rendez-vous pour suivre, étape par étape, la vie du lot de

volailles. Nous reviendrons à cette occasion sur les données

économiques.


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