Pour sécuriser l'exploitation
création d’une unité de méthanisation a été conçue en liaison avec une
révision complète de l’économie de l’élevage laitier. Avec le souci
principal de parvenir à un système plus économe et plus autonome.
L’installation –qui va démarrer dans quelques semaines (au plus tard en septembre– n’a pas été conçue sur un coup de tête. Elle est le fruit d’une longue réflexion et d’une lente maturation qui a démarré en 2004, après plusieurs voyages en Suisse et en Allemagne, avec le concours de la chambre d’Agriculture et une étude de faisabilité de l’Aria. Certes, l’unité de méthanisation permet de valoriser les déchets. D’abord ceux de l’exploitation (le fumier et le lisier), mais également ceux des industries agroalimentaires voisines : les déchets de conserverie (rafles de maïs doux) de l’entreprise Soupro+ à Castelmoron-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne voisin ainsi que les boues, graisses et autres déchets de la Fromagerie des Chaumes à Saint-Antoine-de-Breuilh en Dordogne.
Diversifier
Mais le principal objectif de l’EARL a été de mettre en place une activité de diversification, complémentaire de l’atelier lait sur une exploitation de 95 ha de SAU dotée d’un quota de 650.000 litres de lait (80 vaches laitières), avec trois associés. « La méthanisation va devenir la première activité de l’exploitation et sa rentabilité sera meilleure que celle de l’élevage », pronostique Bertrand Guérin. Il estime à 300.000 € le chiffre d’affaires de l’activité sur la base d’un prix d’achat de 15 centimes €/kwh par EDF garanti pendant 15 ans. Pour un investissement au départ de 1.250.000 € financé par un prêt de 725.000 €, deux subventions, l’une du Plan de performance énergétique du ministère de l’Agriculture, l’autre du Fonds européen de développement régional à Bruxelles. L’autofinancement intervenant pour 43.000 €. Le retour sur investissement est escompté sur sept ans.
Autonomie
Le deuxième objectif vise à faire des économies sur les intrants. A la fois sur les fertilisants, le digestat apportant 4 à 5 unités d’azote organique facilement assimilable par les plantes et 3 à 5 unités de phosphore et de potassium. Désormais l’exploitation n’achètera « plus d’engrais minéraux », se félicite Bertrand Guérin.
Economie également sur l’énergie grâce au recyclage de la chaleur produite par la cogénération pour le chauffage de la maison d’habitation ainsi que plusieurs autres habitations du village, et le séchage du foin en grange prévu à terme. Surtout, l’unité de méthanisation a permis de revoir tout le système fourrager : l’abandon du maïs ensilage et son remplacement par un système intégralement à l’herbe (luzerne et prairies temporaires de longue durée à base de ray-grass et de trèfle).
Economie et autonomie ici aussi puisque l’EARL va pouvoir s’affranchir de l’achat de tourteaux et procéder à une forte réduction de l’irrigation.
Autre conséquence de cette réorientation : la création d’un emploi à temps plein sur l’exploitation et une réduction des émissions de gaz à effet de serre, indique Bertrand Guérin, sans plus insister sur ce dernier point.
Aujourd’hui, Bertrand se félicite de l’issue de son projet, mais ne cache pas les difficultés qu’il a pu rencontrer sur le plan administratif notamment. « On a trop de cloisonnement entre les services, il y a beaucoup trop de règles à la DDT, à la mairie avec des gens qui ont une approche différente ou qui ne veulent pas se mouiller », déplore-t-il. Avant d’appeler de ses vœux la nomination d’un coordinateur, d’un responsable administratif qui assurerait l’intégralité du suivi des dossiers de ce type. Surtout pour des projets nouveaux comme celui-ci pour lesquels il y a peu de références.
L’installation en chiffres
Investissement : 1.250.000 € dont silos : 150.000 €, méthaniseur : 1.030.000 €, études/formalité : 70.000 €
Approvisionnement du méthaniseur : lisier et fumier de l’exploitation (4.000 tonnes), 3.000 tonnes de rafles de maïs doux, 1.000 tonnes de déchets de fromagerie
Dimension de l’équipement : 250 kWh
Biogaz produit : 950.000 m3
Méthane produit : 570.000 m3
Electricité vendue : 2 millions de Kwh, soit la consommation moyenne de 500 foyers
Chaleur produite : 2,55 millions de Kwh valorisés pour la montée en température du digesteur, le chauffage de cinq maisons du village de Clottes, le séchage du foin, des noix, des céréales, de plaquettes de bois et du digestat.
Chiffre d’affaires électrique : 300.000 € sur la base de 15 €/Kwh
Bilan effet de serre de l’installation : 1.600 tonnes d’équivalent CO2 économisées.