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Restauration photographique

Préserver un patrimoine unique

Ils ne sont qu’une poignée en France à restaurer les photographies anciennes. Et pourtant, ils sont devenus indispensables au moment de sauvegarder un patrimoine souvent unique. Quant à la Chalonnaise Annabelle Simon, elle est quasiment la seule dans l’hexagone à restaurer des albums. Rencontre.
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A l’époque du "toujours plus vite", de la société de consommation et du produit jetable, Annabelle Simon évolue à contresens. Elle joue ainsi un rôle essentiel dans ce que l’on a sans doute de plus précieux : la sauvegarde de notre patrimoine et donc de notre mémoire collective. Originaire de Bretagne, Annabelle Simon a baigné depuis sa plus tendre enfance dans l’univers de l’archéologie, profession de sa maman oblige. « J’ai toujours aimé être dans les objets anciens, bricoler et faire de la photo ».

Spécialité nippone


Rien d’anormal à la voir suivre une formation en histoire de l’art, puis passer le concours de l’Ecole nationale du patrimoine à Paris. Reçue, elle s’oriente au sein de la section restauration dans la photographie. « J’ai choisi la restauration car je voulais faire un métier à la fois manuel et intellectuel ». Dans le cadre de ses études, elle réalise un mémoire sur « L’histoire de la photographie japonaise au XIXe siècle et la spécificité des photos peintes réunies en album au Japon ».
Après ses quatre années de formation et son diplôme d’Etat décroché en 1997, elle s’installe logiquement à Paris « pour me faire une clientèle. J’ai tout de suite eu du travail et des clients fidèles. A partir de la demande d’un client, je vois si ce qu’il me demande est possible ou non, techniquement et déontologiquement ». Aujourd’hui, elle travaille quasi-exclusivement avec des institutionnels ainsi qu’avec quelques grandes maisons de luxe (bijoux, couture…), des collectionneurs privés et des marchands parisiens. « Mes clients sont aussi bien français qu’anglais, suisses, américains ou japonais ». S’ils ne sont qu’une trentaine à restaurer les photos dans l’hexagone, elle est en revanche quasiment la seule à s’attaquer aux albums photos. « C’est à la fin des années soixante-dix qu’a commencé la restauration de photos en France ». Amenée à travailler régulièrement avec le musée Niépce, elle décide de venir s’installer à Chalon-sur-Saône en 2007.

La réversibilité de rigueur


Avant de s’attaquer au moindre travail, Annabelle Simon doit en priorité « bien identifier la technique photographique utilisée et connaître les matières auxquelles je suis confrontée. Les techniques de nettoyage sont différentes selon les types de photos. Quant au démontage, notamment d’albums, le savoir-faire s’acquiert avec l’expérience. Les retouches sont plus délicates sur des photos brillantes. Je n’utilise que des matériaux et des techniques réversibles. Il est impératif de respecter l’intégrité de l’objet. Il faut bien sûr se documenter pour la restauration et faire en sorte que cette restauration soit la plus discrète possible ».
Lorsque l’on interroge Annabelle Simon sur son métier, elle avoue « aimer restaurer les grands panoramiques qui font jusqu’à deux mètres de long. J’aime retrouver l’intégrité d’une image. Par contre, il peut y avoir des photos dérangeantes à restaurer quand elles montrent, par exemple, des scènes de torture ou des exécutions ». Quant à l’avenir, elle espère que son projet avec le musée Guimet –lequel a acquis 300 albums japonais– puisse prendre forme. « Ce serait trois années de travail en perspective... Le musée est actuellement à la recherche de mécènes ».

Patience et minutie


Lorsqu’il s’agit de restaurer une photo, Annabelle Simon procède à plusieurs opérations nécessitant une extrême minutie. Il s’agit de constater l’état de la photo, de prendre des clichés de la photo et de la nettoyer en gommant certaines parties. Puis il faut nettoyer la surface de l’image à l’aide d’un bâtonnet de coton légèrement humidifié avec de l’eau déminéralisée. « J’utilise des produits très basiques : de l’eau déminéralisée, de l’éthanol et, parfois, de l’acétone pour enlever le scotch. Il faut éviter les produits chimiques ». Il s’agit aussi de consolider les déchirures avec des papiers japonais qui ont l’avantage de disposer de fibres longues, de remettre à plat les photos en humidifiant et en mettant sous poids, de combler des lacunes - c’est-à-dire un trou ou un coin manquant - et, quelquefois, de démonter certains albums, cette dernière opération étant sans doute la plus délicate.


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