Semences : de bons rendements mais une rémunération à la peine
Assemblée générale / Réunis le 6 février à Beauvallon (Drôme), à l’occasion de l’assemblée générale de la Fnams Sud-Est, producteurs multiplicateurs de semences, établissements semenciers et coopératives ont dressé le bilan de la campagne 2025. Malgré des épisodes climatiques marqués, la saison s’est globalement bien déroulée sur l’ensemble des espèces. En revanche, la question de la rémunération des producteurs demeure un point sensible.
«Aléatoire et compliquée ». C'est ainsi que Jacques Duplan, président de la Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semence du Sud-Est, résume la campagne 2025. « Sur mon secteur, les surfaces de production chutent et le moral des producteurs est en berne. » Cependant, sur le plan agronomique, les rendements ont été globalement bien meilleurs qu'en 2024.
La campagne a été rythmée par deux épisodes caniculaires majeurs. Le premier, précoce, a vu les températures dépasser les 40 °C plusieurs jours consécutifs, avec des impacts sur la viabilité du pollen et la fécondation. Le second coup de chaud, en août, a davantage affecté les cucurbitacées ou le maïs doux, entre autres, avec des maturités parfois trop rapides pour les capacités industrielles.
Malgré ces aléas, les résultats sont jugés satisfaisants. Année sèche oblige, l’irrigation a pu être menée sans restrictions majeures, permettant aux cultures d’aller à leur terme. Face à ces contraintes climatiques devenues récurrentes, les producteurs ont adapté leurs pratiques, avançant significativement les dates de plantation. « Aujourd’hui, on féconde à l’époque où l’on plantait il y a quinze ans », résume un intervenant, évoquant un gain de près de quarante jours sous abri.
Résultats solides en potagères, fourragères et maïs
En semences potagères, le contraste avec 2024 est saisissant. « L’an dernier, c’était une catastrophe. En 2025, on est revenu à 100 % du potentiel », témoigne un producteur d'oignons, soulignant d’excellentes germinations et une qualité au rendez-vous. Les années sèches confirment ainsi leur réputation de bonnes années pour les potagères, à l’inverse des campagnes humides, plus propices aux pressions sanitaires.
En fourragères et graminées, les rendements ont été bons et homogènes, avec de bonnes conditions de récolte, un battage facilité et des taux de germination élevés, notamment en ray-grass et en luzerne conventionnelle. En bio, en revanche, la pression des insectes - notamment des punaises - reste un facteur problématique lors des années sèches.
En maïs doux, les coups de chaleur de fin juin ont parfois modifié l’initiation florale, entraînant des épis multiples, mais sans dégrader la qualité globale jugée « très correcte ». En maïs semences, les rendements sont également au rendez-vous, avec des résultats atteignant jusqu’à 115 % des références en Provence. Dans cette même région, les résultats en sorgho sont également jugés satisfaisants.
La rentabilité des exploitations inquiète
Si les volumes et la qualité sont au rendez-vous, la rentabilité des exploitations inquiète. « Les prix sont souvent inférieurs à nos coûts de production », résume un responsable de section. Charges d’irrigation, exigences accrues en matière de séchage, de tri et de conditionnement : les coûts explosent, sans toujours être reconnus dans les contrats. En maïs semence, « l'indexation sur les marchés de la consommation pose problème », résume une participante.
Chez les producteurs, on estime que « la valeur ajoutée se dilue tout au long de la chaîne ». Cependant, certaines filières, comme l’ail de semence, font figure d’exception grâce à une maîtrise intégrée de la sélection à la commercialisation, permettant un partage de la valeur plus équilibré. D’autres niches, notamment en potagères, montrent également qu’un dialogue régulier entre producteurs et établissements peut faire évoluer les prix en fonction des coûts réels.
Des perspectives entre innovation et vigilance
Au-delà du bilan 2025, les discussions ont aussi porté sur l’avenir. Les nouvelles techniques génomiques (NGT) suscitent des espoirs pour accélérer la sélection de variétés plus tolérantes aux stress climatiques, même si leur coût et leur encadrement restent des sujets de vigilance. De plus, dans une région Sud-Est aux climats variés, allant de la Méditerranée aux contreforts alpins, la diversité des situations reste un atout majeur pour la filière semences.
Reste un enjeu central, unanimement partagé : sans un meilleur partage de la valeur, la pérennité des exploitations et le renouvellement des générations demeureront fragiles. Une question qui, malgré une belle campagne 2025, reste plus que jamais d’actualité.
Christophe Ledoux