Le marteau-pilon du Creusot : un fleuron industriel devenu l'emblème de la ville
C'était une machine-outil aux dimensions énormes, avec un poids de 1.300 tonnes, une hauteur totale de 21 mètres. Appuyé alors sur une fondation profonde de 8,5 mètres, il symbolise la puissance industrielle des forges qui ont animé la vie du Creusot pendant près d’un siècle.
Le marteau-pilon au Creusot ? Impossible de le louper ! C’est l’un des monuments imposants de la ville qui se trouve à l’entrée principale de la cité.
En 1876, les Établissements Schneider créèrent cet outil puissant, qui, malgré sa taille et son marteau de 100 tonnes, permettait d’effectuer des travaux d’une extrême précision. « Ce marteau ne ressemblait en rien aux marteaux ordinaires que manient les serruriers ou les forgerons des villages ; c’était un lourd bloc de fer qui, soulevé par la vapeur entre deux colonnes, montait jusqu’au plafond, puis retombait droit de tout son poids sur l’enclume », décrit “Le tour de France par deux enfants : devoir et patrie”, publié en 1877 par G. Bruno.
Le marteau-pilon du Creusot raconte un pan de l’histoire industrielle de la France. En acquérant l’ensemble des sociétés métallurgiques de la ville, vers 1830, la famille Schneider joue un rôle décisif dans la construction de l’outil industriel, tout en développant leur site de production, avec une politique de rénovation, d’extension et d’intégration de nouveaux outils et techniques.
L’invention des marteaux-pilons illustre cette volonté de s’appuyer sur de nouvelles techniques. Le premier brevet est déposé en 1841 par François Bourdon et très vite, les usines du Creusot se dotent de nombreux outils de ce type : on en dénombre 30 à la forge et 24 dans les ateliers de construction. Celui qui devient le symbole du tourisme industriel actuel est construit à partir de 1875 et mis en service en 1877. Son marteau de 100 tonnes est le plus puissant du monde, jusqu’en 1891, lorsqu’un marteau de 125 tonnes est construit aux Etats-Unis.
Un morceau de patrimoine industriel
Pourtant, dans les années soixante, le marteau-pilon n’est plus qu’un vestige. Le symbole de la puissance des usines Schneider se trouve évincé par l’évolution technique, remplacé par les presses mécaniques et hydrauliques plus performantes. L’outil phare du siècle d’avant était éparpillé en pièces détachées sur le terrain du « casse-fonte » depuis trente ans. Le symbole de la puissance du Creusot, présent sur les armoiries de la ville, passait de la gloire à l’oubli, pire : promis à la refonte, le recyclage du matériau.
La conservation du marteau-pilon fut rendue possible grâce à la Société des Forges et Ateliers du Creusot (SFAC). Soucieuse de valoriser l’ancien fleuron technologique, l’entreprise le proposa gracieusement à la municipalité du Creusot, en 1966, avec une aide technique les travaux de levage.
Dix années plus tard, le Creusot organise un colloque sur « La conservation du Patrimoine Industriel dans les sociétés contemporaines ». Ce rassemblement d’experts entérine en France la reconnaissance du patrimoine industriel comme champ d'étude et la notion de « tourisme industriel ».
L’inauguration du nouveau site du marteau-pilon se déroula le 20 septembre en présence des trois derniers ouvriers ayant servi l’outil mastodontesque. Le mastodonte est même reconnu, le 16 septembre 1981, au rang de Monument international de l’industrie, puis, le 23 septembre 2024, classé monument historique.