Un bonus pour des pratiques de gestion de haies qui évoluent
La Fédération des chasseurs de la Saône-et-Loire accompagne le déploiement du Label Haie qui donne notamment droit à un bonus financier aux agriculteurs. Des évènements ont été organisés en octobre pour sensibiliser aux enjeux d’une gestion plus durable.
Mobilisée de longue date pour la préservation des haies, la Fédération départementale des chasseurs de la Saône-et-Loire (FDC 71) mène en ce moment même toute une série d’actions pour sensibiliser aux enjeux d’une gestion plus durable des haies. Elle fait notamment la promotion du Label Haie, un label national que la FDC 71 accompagne en Saône-et-Loire, et qui certifie les bonnes pratiques de gestion des haies. « Depuis 2023, ce label est valorisé par un bonus haie attribué dans le cadre de l’éco-régime de la Pac. En 2025, ce bonus a été revalorisé à 20 €/ha de SAU », présente Gaëtan Bergeron, chargé de mission à la FDC 71.
Conditions à respecter
Pour obtenir la certification Label Haie - seule certification de gestion durable des haies reconnues par les pouvoirs publics, il faut à minima respecter le niveau 1 du cahier des charges Gestion du Label Haie durant l’année qui précède d’audit d’entrée. Des outils d’auto-évaluation permettent aux agriculteurs de vérifier ce préalable. Ils ont également la possibilité de se faire accompagner par une structure agréée comme la FDC 71. L’audit d’entrée est réalisé par un organisme certificateur (Certis). Rétroactif, il évalue le résultat des pratiques sur les haies durant l’année précédente. Le certificat de labellisation Label Haie fait partie des conditions pour prétendre au bonus haie. Il faut aussi disposer sur l’exploitation d’au moins 6% de haies (Infrastructures Agro-Environnementales) soit l’équivalent d’au moins 30 m par hectare de SAU. Il en faut également au moins 6% sur les terres arables.
Convention avec le Département
17 exploitations de Saône-et-Loire sont aujourd’hui engagées dans le Label Haie.
Ces agriculteurs font évoluer leurs pratiques en s’engageant notamment à faire remonter au moins 20% du linéaire de leurs haies basses tous les deux ans, fait valoir Gaëtan Bergeron.
Pour déployer le Label Haie, la FDC 71 bénéficie notamment d’une convention avec le Département de Saône-et-Loire qui l’accompagne sur différentes actions en lien avec le bocage et elle a également pour partenaires Bourgogne du Sud et l’Office Français de la Biodiversité.
Les collectivités et les élus sensibilisés
En octobre, la FDC a organisé deux réunions pour sensibiliser les acteurs du territoire aux enjeux du bocage et du Label Haie. Ces deux rendez-vous ont eu lieu à Ouroux-sur-Saône et à Martigny-le-Comte. L’objectif était d’éclairer les élus sur les rôles écologique, agronomique et paysager des haies mais aussi sur leur déclin : au niveau national, 60% des haies ont disparu depuis les années 1960. Il s’agissait aussi de sensibiliser à l’intérêt d’une préservation, d’une gestion et d’une valorisation des haies avec l’opportunité de produire du bois énergie pour alimenter les chaufferies. Les collectivités locales et leurs élus ont un rôle central pour inscrire la haie et le bocage dans les projets d’aménagement du territoire, les politiques agricoles, environnementales et d’urbanisme.
Démonstration sur le terrain
Le 23 octobre dernier, sur l’exploitation de Didier Touillon à Palinges, la FDC 71 proposait, en collaboration avec le concessionnaire Mortier, le fabricant de lamiers Coup’Eco, la Cuma Compost 71 un troisième rendez-vous de terrain avec une démonstration d’entretien de haie avec un matériel innovant. Cette fois, ce sont les agriculteurs, les entrepreneurs de travaux agricoles et les collectivités qui étaient visés. La suite de ce programme en faveur de la haie sera le volet plantation avec le monde agricole, complète Gaëtan Bergeron.
Un lamier porté par un chargeur télescopique
Organisée par Gaël Ripoche, technicien à la FDC 71, la démonstration consistait en la taille d’une haie haute à l’aide d’un lamier porté par un chargeur téléscopique. Il s’agissait d’un appareil comportant une lame de scie circulaire surmontant trois plateaux équipés de couteaux. Ce lamier a été mis au point par le constructeur Coup’Eco des Charentes-Maritimes. Cette PME familiale conçoit des équipements à lamiers pour l’arboriculture, les espaces verts, etc. Elle fournit également de célèbres constructeurs d’épareuses. Ses lamiers peuvent être portés par plusieurs types de châssis. À Palinges, l’outil était attelé sur le bras d’un téléscopique, mais il peut l’être aussi sur un chargeur frontal de tracteur ou sur le bras d’une épareuse. Outre d’être levé par le bras du chargeur, l’outil peut être incliné de 110 degrés de la verticale à l’horizontale. Un autre vérin permet d’ajuster le déport. L’un des grands avantages de ce type d’attelage est le confort de travail, font valoir les concepteurs. C’est en effet plus commode de piloter l’engin avec le lamier travaillant devant soi. La présence d’une lame de scie couplée à trois plateaux à couteaux représente le meilleur compromis pour l’entretien d’une haie, expliquait Eric Ledru, technico-commercial chez Coup’Eco. La lame de scie permet de réaliser des coupes nettes pour les plus grosses branches ce qui garantit une meilleure cicatrisation, faisait valoir le démonstrateur. Le coût de l’équipement oscille entre 14.000 et 20.000 € selon le modèle. En Bourgogne-Franche-Comté, dix CUMA sont équipées de lamiers de ce type, indiquait le représentant du réseau CUMA.
Didier Touillon à Palinges : « une démarche qui a du sens »
En plein cœur du Charolais, traversée par la Bourbince, l’exploitation de Didier Touillon se caractérise par son bocage, des lisières de bois et des ripisylves qui représentent énormément d’arbres et demande beaucoup d’entretien, explique-t-il. Lorsque la CUMA Compost 71 s’est équipée de son grappin coupeur et a proposé le déchiquetage des bois bocagers, Didier a immédiatement adhéré, motivé par l’idée de se simplifier le travail. Et il a voulu tester les plaquettes de bois bocagères en litière pour ses bovins. L’éleveur en produit et en utilise entre 400 et 800 mètres cubes par an. « C’est un produit très intéressant, sans poussière, ni ficelle et les animaux sont propres. En plus, le prix de revient est très compétitif par rapport au prix de la paille », rapporte Didier. Cette valorisation de ses haies a amené l’éleveur à « appréhender les haies hautes d’une autre manière ». La mécanisation par la CUMA Compost 71 « permet d’entretenir des linéaires conséquents avec peu de contraintes. Je me suis mis à faire remonter certaines de mes haies avec plusieurs objectifs : le confort des animaux en les protégeant du chaud, de la pluie, du soleil… ; la production de plaquettes pour la litière… Et l’agriculteur cite aussi l’empreinte carbone de son exploitation que le développement des haies contribue à diminuer. « De manière générale, la démarche a plus de sens que de faire venir des camions de paille », résume Didier. Ce raisonnement l’a très naturellement conduit à s’engager dans le Label Haie lorsque la FDC 71 lui a présenté le concept. « J’étais déjà dans le cadre et mes objectifs rejoignaient ceux de la démarche. C’était accessible », confie Didier. Ce dernier apprécie l’accompagnement technique de la FDC 71 qui prend en charge notamment les démarches administratives. Le bonus haie de 20 €/ha est un encouragement, estime-t-il. « Pendant des années, on a ramassé des chênes qui tombaient au gré des tempêtes. Aujourd’hui, dans les haies hautes que je laisse repousser, je vois de nouveaux arbres prendre le relai », apprécie Didier Touillon.
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