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La vielle

Un instrument à l’histoire mouvementée

Rares sont les instruments à connaître une histoire aussi longue que mouvementée. Tel semble être le destin de la vielle qui connaît aujourd’hui un regain d’intérêt au cœur de notre territoire.
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Les origines de la vielle demeurent obscures. Au IXe siècle, on trouve trace de l’organistrum. Garni de trois cordes qu’une roue mettait en vibration, cet instrument était si important –car long d’environ 1,80 m– qu’il fallait une personne pour manœuvrer la roue et une autre pour actionner les touches ! Ayant subi quelques modifications, l’organistrum prend ensuite le nom de chifonie. La chifonie est une forme première de la vielle à roue. On trouve trace de cet instrument sur un bas-relief datant du XIIe siècle du chapiteau de l’église de Becherville (Normandie). Les cordes sont frottées par une roue en bois actionnée par une manivelle et le clavier est diatonique. À la différence des vielles à roue traditionnelles, il n’y a pas de chien c'est-à-dire de procédé mettant en mouvement un petit chevalet en équilibre sur la table de l’instrument. Elle connaît son heure de gloire au XIIIe siècle.

Des hauts et des bas



On ne sait pas précisément quand le nom de vielle est apparu. À ses débuts, la vielle servait à l’accompagnement du chant des ménestriers, des jongleurs, de troubadours… dans un temps où n’existait pas encore l’imprimerie. Les traditions et nouveautés se communiquaient oralement. Mais, à l’invention de l’imprimerie, la vielle connaît un déclin qui allait se prolonger pendant près de trois cents ans. D’abord instrument de cour pour qui Bâton et Vivaldi ont écrit quelques pages, la vielle est ensuite détrônée par le piano forte, son usage étant plutôt réservé aux mendiants. À la fin du XVIIe siècle, l’aspect de la vielle est encore simple et rustique, d’une forme à peu près carrée. Néanmoins, un luthier de Versailles commence à monter des mécanismes de vielle sur des corps de guitare ou de luth. Cela donne à l’instrument un ton plus doux et en même temps plus fort. Au dix-huitième siècle, les instruments sont construits avec beaucoup de soin et richement ornés. Les luthiers Guersan, Lambert, Louvet, Varquin et Salomont sont les plus célèbres. Pendant cette période, beaucoup d’œuvres sont composées pour cet instrument à l’image des sixsonates Il Pastor Fido attribuées à Antonio Vivaldi. Avec, pour apogée, le règne de Louis XV. La Révolution va provoquer un changement profond de l’usage de la vielle qui revient dans le domaine des instruments régionaux et populaires. Cet instrument connaît de vives critiques de la part de personnes qui l’accusent d’être grossier et incapable de rendre les nuances tout en torturant l’auditoire par son ronflement perpétué. Suite à cette nouvelle période de vaches maigres, on voit naître en 1795 les ateliers de Jenzat au bord de la Sioule. Des générations de luthiers vont alors perfectionner les techniques de fabrication de l’instrument. De cette base se répandent les vielles dans les pays du Centre entre Bourbonnais, Berry, Auvergne, Limousin et Morvan.

La vielle dans tous ses états à Anost



Créée le 4 novembre 1979, l’Union des groupes et ménétriers du Morvan (UGMM) a pour mission de défendre et de diffuser le patrimoine culturel et les traditions orales du Morvan entre musiques et danses traditionnelles, chants, contes… C’est donc dans cette optique qu’elle organise chaque année La Fête de la vielle en Morvan. Un festival qui met à l’honneur la vielle à roue, sous toutes ses formes, à travers les époques et de par le monde. La première Fête de la vielle s’est déroulée à Montsauche (Nièvre) le 21 mai 1978, organisée par Lai Pouélée, une association pour l’Expression populaire en Morvan. Un rendez-vous initial qui a réuni quelque quatre cents spectateurs ainsi qu’une trentaine de vielleux et de musiciens traditionnels. En 1980, l’Union des groupes et ménétriers du Morvan succède à Lai Pouélée pour prendre en charge l’organisation de la Fête de la vielle. En 1982, l’évènement s’installe définitivement à Anost, capitale des vielleux à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Lors de son trentième anniversaire en 2007, cette manifestation accueille plus de 20.000 visiteurs venus de toute la France et même d’Europe, une vingtaine de groupes et des centaines de musiciens. Elle fait aujourd’hui partie des plus grands festivals français ayant trait aux traditions populaires avec le Festival inter-celtique de Lorient et les Rencontres internationales de luthiers et maîtres sonneurs de Saint-Chartier.

La R’vole façon Michel Bouillot


Musicien émérite depuis sa plus tendre enfance, Michel Bouillot a souhaité une fois en retraite faire un détour par la musique traditionnelle. « Après une vie de travail, j’ai eu envie de faire la fête ». Il décide alors de s’initier à la vielle. « Michel Niouloux et Gilles Lauprêtre m’ont appris les bases. Le plus difficile dans la vielle est d’avoir le bon coup de poignet. Il s’agit du poignet qui tourne la manivelle. Il faut donner des impulsions avec ce poignet. Pour moi, l’apprentissage fut rapide. Après six mois, j’ai commencé à me faire plaisir. Au bout d’un an, je suis parvenu à jouer en public ». Fréquentant d’autres passionnés, Michel Bouillot décide de réunir quelques-uns de ces musiciens. « Nous avons commencé à jouer à trois. Puis le groupe s’est étoffé ». Née en 2008, la R’Vole est aujourd’hui composée de sept musiciens jouant du violon, de l’accordéon, de la clarinette et de la vielle à roue. Des artistes qui se produisent régulièrement en concert. « Nous attaquons par la Marseillaise de Baron ». Très didactique, Michel Bouillot resitue dans le contexte de l’époque chaque morceau interprété. « Dans un premier temps, nous rendons hommage aux routiniers anciens. Dans un second temps, nous jouons notamment des danses de la région : mazurka, branle, polka, cotillon vert, bourrée, valse, scottish… » Avec, notamment, le titre phare "J’ai un grand bû" qui rend hommage au bœuf de Charolles.


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