Une autre façon de vivre l’agriculture

Une absence de six mois
Confrontés à une misère chronique propre à l’endroit, les paysans utilisèrent au mieux leur grande connaissance des attelages, n’hésitant pas à colporter sous d’autres cieux leur science du charroi comme du débardage des bois. C’est certainement de cette façon qu’est née à une époque reculée la pratique des voituriers bœutiers migrants qui devinrent vite les Galvachers du Morvan. Ce phénomène migratoire –qui consistait à abandonner son foyer durant six mois de l’année pour se louer sur les chantiers forestiers– entraîna ces gens au pas de leurs bœufs rouges sur les chemins de vingt-trois départements et de huit de nos régions, de l’Auvergne aux Ardennes, de la Normandie à la Lorraine, de la Franche-Comté à la région parisienne. Comptant 3.856 habitants en 1860, la commune d’Anost recensait quelques 700 Galvachers dans ces rangs. Dans certains de ses hameaux comme Bussy ou Corcelles, 70 % des hommes valides s’en allaient exercer cette pratique traditionnelle. Une fois arrivés, après de longues journées d’une marche forcée, ils louaient un pré pour mettre leurs animaux et, pour le reste, travaillaient sans trêve ni repos, dormant dans la hutte du charbonnier ou sous le chariot, solitaires. Du lever du soleil à son coucher, ils chargeaient le bois de moulée, débardaient les billes, les grumes et les billots. « Il fallait être costaud pour faire ce métier, précise André Grimont, le dernier Galvacher en vie, âgé de 83 ans. C’était vraiment un métier dur. Il fallait acheter des bœufs dressés, immédiatement aptes au travail. Une fois de retour, ces bœufs étaient revendus lors de la Foire des Galvachers ». Pendant la longue absence des hommes, les femmes, les anciens et les enfants avaient un rôle essentiel en assurant les récoltes de la belle saison, en soignant les animaux restant et en préparant l’hivernage.
Une lente disparition
L’histoire de cette pratique montre qu'il y eut trois périodes de Galvache bien distinctes. La première s’est étalée sur plusieurs siècles, allant de sa mise en place sous l’ancien régime jusqu’à la fin du second Empire. La seconde, à caractère résiduel, s’est étendue du rétablissement de la République au conflit de 1914-1918. Avant une survivance qui prit fin en 1940. Au lendemain du second Empire, l’apparition du chemin de fer, ajoutée à la disparition progressive des bêtes de la race rouge morvandelle, remplacées par la race charolaise, a sonné le glas de la pratique. Ainsi, le nombre des migrants diminue avec régularité jusqu’à la grande guerre. L’année 1920 voit le dernier grand départ à l’ancienne. Après cette date, force est de constater que les zones de charroi se réduisent considérablement tout comme la durée des travaux réalisés. Le charretier à la louée a désormais remplacé définitivement le Galvacher.
Côté curiosités, on signalera que les charretiers morvandiaux ont transporté tout ce qui pouvait être chargé. A l’image des pavés de granit pour les grandes percées parisiennes du baron Haussmann, des vins de Bourgogne, des pierres meulières des banlieues parisiennes ou encore des éléments nécessaires à la construction de voies de chemin de fer. Sans oublier le convoyage d’un foudre gigantesque pouvant contenir 200.000 bouteilles, commandé en Hongrie par la maison des champagnes Mercier et devant être livré à Paris pour l’exposition universelle de 1890. A cette occasion, dans certains lieux traversés, il a été nécessaire de casser des angles de maisons, compte tenu de l’étroitesse des rues, afin de pouvoir tourner.
Le retour de la Foire des Galvachers
Le coup d’envoi de l’édition 2011 de la Foire des Galvachers va être donné le 26 novembre à 9 heures avec le traditionnel concours de bovins. Suivront à 12 h 15 la remise des récompenses et le vin d’honneur. En parallèle, sera organisé de 9 h à 18 h un grand marché de Noël. Le comité des foires accueillera à la salle des fêtes et sous chapiteau une trentaine d’exposants, dont un tiers de nouveaux stands. A découvrir alors des artisans qui présenteront aussi bien des jouets en bois que des bijoux, des objets en plumes, des peintures sur verre, de la vannerie, des laines en mohair, des couteaux et autres romans régionaux. Côté gastronomie, fromages de chèvre, escargots, charcuteries, miels, confitures, poissons, foie gras, caramels au beurre salé, chocolats, macarons, vinaigres et vins seront à l’honneur. Quant aux animations, on signalera l’ouverture exceptionnelle et gratuite de la Maison des Galvachers tout au long de la journée. Il y aura, dans ce cadre à 15 h, la démonstration d’un atelier de tissage permettant de réaliser, comme par le passé, le travail de feuillage. Ce rendez-vous se conclura en soirée avec un repas proposé dès 20 h. Suivra à 21 h 30 le bal animé par le Temps du trad.