Une consommation plus sélective
Le nouveau baromètre Ifop 2025 pour Vin & Société met en lumière un paradoxe qui résonne avec les inquiétudes exprimées lors de la dernière Vente des Hospices de Beaune : le vin reste au cœur de l’identité française, mais il est moins souvent présent sur la table.
Selon cette enquête nationale menée fin juin 2025, 94 % des Français considèrent que le vin fait partie intégrante de l’identité culturelle du pays, et 84 % l’associent à « l’art de vivre à la française ». Le vin demeure une source de fierté nationale : 92 % estiment qu’il donne une bonne image de la France à l’international et qu’il contribue à attirer les touristes. Pour 82 %, la filière viticole crée de l’emploi et dynamise les exportations.
Un pilier économique et culturel
Ce baromètre confirme l’ancrage du vin dans le patrimoine français, au même niveau symbolique que les grands secteurs industriels. 31 % des Français placent la viticulture parmi les filières à soutenir en priorité, à égalité avec l’aéronautique et juste derrière la pharmacie (43 %). Cette reconnaissance populaire contraste avec le sentiment d’incompréhension évoqué quelques jours plus tôt à Beaune par les présidents du Comité Bourgogne, Laurent Delaunay et François Labet, dénonçant la stigmatisation croissante de la filière viticole par des hygiénistes décomplexés. Alors que ces derniers alertaient sur « une société d’interdits » et « les croisades hygiénistes » visant le vin, l’étude Ifop montre qu’au contraire, les Français défendent massivement une approche de modération et de responsabilité, non d’abstinence.
La modération, nouvelle norme
La consommation, certes en recul — 77 % des Français déclarent boire du vin, contre 85 % en 2019 —, devient plus choisie, plus ritualisée. Le vin est perçu comme un produit noble (44 %, +12 points depuis 2019), réservé aux grandes occasions (11 %, +5 points) et avant tout lié aux repas (85 %). Pour 88 % des Français, la modération est déjà une réalité : ils affirment respecter les repères de consommation fixés par les autorités sanitaires. 71 % demandent même que les pouvoirs publics privilégient un discours centré sur la modération et la lutte contre les excès plutôt que sur l’abstinence.
Ce soutien majoritaire valide la position défendue par la profession viticole : celle d’une filière responsable, consciente des enjeux sanitaires et sociétaux, mais injustement caricaturée. La filière est d’ailleurs reconnue comme actrice légitime de ce discours : 89 % des sondés estiment qu’elle a un devoir d’information en matière de consommation responsable, 84 % la jugent légitime à s’exprimer, et 76 % la trouvent crédible lorsqu’elle le fait.
Une évolution à accompagner
Pour Samuel Montgermont, président de Vin & Société, cette mutation des pratiques ne traduit pas un désamour, mais une redéfinition du rapport au vin : « Le vin reste une image positive et rassurante, qui incarne à la fois la continuité de nos traditions et la force de notre art de vivre. Mais il revient à la filière d’accompagner cette évolution pour que ce lien demeure vivant ».
Dans un contexte économique où les exportations ralentissent et où la consommation intérieure s’érode, ces résultats donnent un éclairage nuancé : si la place du vin dans la société française évolue, son capital symbolique et affectif demeure intact. Les propos tenus à Beaune prenaient donc tout leur sens : le vin n’est pas un danger, mais un repère culturel et économique que la société continue, malgré tout, à revendiquer.