Une stratégie fourragère résiliente pour demain
Rhône terre d’éleveurs / La résilience face au changement climatique est un enjeu pour les agriculteurs. Pour les aider, Rhône terre d’éleveurs en partenariat avec Sodiaal ont proposé aux éleveurs une journée autour de l’adaptation des systèmes fourragers des exploitations.
Dans l’objectif d’apporter des ressources techniques aux éleveurs, Rhône terre d’éleveurs (RTE) et Sodiaal leur ont donné rendez-vous le 22 janvier pour une journée autour de l’adaptation des systèmes fourragers des exploitations, sur le site du séchoir collectif de la Cuma de Pollionnay.
Le sujet du climat est aussi prégnant que transversal et fait l’objet de travaux et de réflexion sur les solutions à mettre en œuvre dans les fermes. Pour donner du grain à moudre et lancer quelques pistes concrètes, les organisateurs de ce rendez-vous technique avaient convié Vincent Lambrecht, chargé de mission viande bovine à la chambre d’agriculture des Pays-de-la-Loire qui fait partie d’une équipe d’experts climat. « Mes missions sont entre autres de participer à la production de références technico-économiques et à leur diffusion par des formations et des conseils », a présenté le spécialiste avant de démarrer son exposé en 3 étapes. « La première étape, ce sera, face au changement climatique, de savoir à quoi s’attendre et de voir les risques liés à ce changement, spécifiquement dans le Rhône. Ensuite, quels sont les leviers applicables et leur efficacité. Et enfin, comment on va pouvoir les associer dans une approche globale et cohérente du système d’élevage. »
À l’horizon 2050
Ce changement climatique n’est plus une projection abstraite. Ses effets sur l’agriculture sont visibles, mesurables et appelés à s’intensifier d’ici 2050 : hausse des températures, modification des régimes de pluie, augmentation des stress thermiques et hydriques. À l’horizon 2050, le climat du Rhône et d’autres régions françaises se rapprochera de celui du Sud de l’Europe actuel. Les températures continueront d’augmenter, avec des étés plus chauds, plus longs et plus secs tandis que la pluviométrie deviendra plus irrégulière : davantage de pluie en hiver et au printemps, mais des étés plus secs. « Le Gouvernement a défini la trajectoire de référence d’adaptation au changement climatique (Tracc). Il s’agit d’une directive qui prévoit que nous devons tous nous préparer à une France à plus 4°C en 2100. »
Vincent Lambrecht a souhaité insister sur la différence entre météo et climat : « la météo c’est le temps qu’il fait à l’instant T : hygrométrie, température, vent. C’est déterminé par le climat et des facteurs très locaux. À l’inverse, le climat, c’est la moyenne de la météo sur des temps longs ». La notion de risque a aussi été expliquée : « un risque se définit par la fréquence d’un aléa et l’ampleur de ses effets. Face à cela, 2 grandes stratégies existent : éviter le risque quand c’est possible, ou en limiter les impacts ».
Des risques et des leviers
Concernant les risques liés au changement climatique dans le Rhône, ils sont de plusieurs ordres. En bovins, les éleveurs auront à gérer le stress lié aux coups de chaleur, qui a en général pour effets la diminution de l’immunité des animaux, de la fertilité estivale et de la production laitière. Pour les contrer, plusieurs leviers ont été cités : jouer sur la rusticité et la génétique, miser sur la prévention et la minéralisation, isoler et ventiler son bâtiment, proposer des rations adaptées à la chaleur, prévoir de l’ombrage, faire pâturer en nocturne…
Sur les cultures, le changement climatique provoque un cycle accéléré et entraine des semis plus compliqués. « Par exemple, la mise à l’herbe se fera plus tôt et se terminera aussi plus tôt. L’éleveur devra tenter de faire mieux et autrement en allant chercher l’herbe quand elle est là, mieux la valoriser, limiter le gaspillage par la gestion des animaux improductifs. L’une des pistes serait de réaliser des semis d’automne sous couvert de méteil fourrage. »
En maïs, avec ces décalages, « les agriculteurs auront à faire face à une pression accrue des ravageurs et gérer les risques liés à la sécheresse (plus d’eau nécessaire, variabilité des rendements…). Ils pourront étudier la possibilité de réaliser leurs semis plus tôt ou plus tard, de baisser la sole de maïs, d’améliorer la réserve utile du sol… ». Vincent Lambrecht pointe aussi des effets similaires sur les céréales. À noter que l’irrigation est un levier mais n’est pas une solution unique car elle est coûteuse et gourmande en temps de travail.
Stratégie multiple et durable
Autre paramètre à prendre en compte d’après le spécialiste : « on ne peut pas s’adapter sans décarbonation. L’ampleur de l’adaptation après 2050 dépendra de notre capacité à baisser nos émissions de gaz à effet de serre sur les vingt prochaines années ! ». Parmi les leviers d’atténuation, Vincent Lambrecht mentionne la réduction d’utilisation d’énergie fossile (plus de pâturage, d’herbe et de légumineuse, d’autonomie alimentaire), la réduction des émissions de protoxyde d’azote (pâturage, enfouissement d’épandage…), l’optimisation des émissions de méthane (baisse des animaux improductifs…) et l’augmentation du stockage de carbone grâce aux haies et prairies.
« En vue d’une approche robuste, il faut associer les leviers et préparer une stratégie durable axée sur la triple performance : économique, environnementale et sociale. Chacun doit identifier les risques majeurs et secondaires sur sa ferme. Il est aussi essentiel de se donner le temps d’agir et de prévoir de la trésorerie. Ce changement, qui va être multiple, doit être partagé avec d’autres, accompagné et sécurisé. Et si le risque était de ne rien faire ? », a conclu l’intervenant en ouvrant le champ des possibles.
Emmanuelle Perrussel