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Vendanges 2025

VENDANGES Un millésime précoce et qualitatif mais pas très généreux

Après une année 2024 qui avait donné du fil à retordre aux vignerons, la récolte du millésime 2025 a débuté sous de meilleurs auspices, mais avec des situations très hétérogènes. Les premières journées de cette campagne ont concerné principalement les vins de base pour l'AOP crémants de Bourgogne.

Par David Bessenay
VENDANGES  Un millésime précoce et qualitatif mais pas très généreux

Si la canicule aoûtienne a épargné les vendangeurs, ses effets sont bien visibles sur les grappes. Les saisonniers ont donné leurs premiers coups de sécateur le lundi 18 août pour la récolte du crémant de Bourgogne. Dans le Mâconnais, « elle a commencé vendredi 22 août et se poursuit encore, notamment à la cave coopérative de Lugny », précise Jérôme Chevalier, président de l’UPVM (Union des producteurs de vins Mâcon), « et cela se passe plutôt bien là où la vigne a été épargnée par le sec, la grêle et les maladies ». Et cette « nuance » est importante, car le millésime 2025, s’il sera bien plus flatteur que le précédent, a connu des phénomènes météorologiques excessifs qui ne sont pas sans conséquences sur le rendement. « Les volumes ne sont pas tout à fait au rendez-vous, reconnaît celui qui est aussi président des Orfèvres du vin, mais c’est trop tôt pour avoir une idée précise des rendements ».

Volumes revus à la baisse

À Buxy, la présidente de l’UPECB (Union des producteurs et élaborateurs de crémant de Bourgogne), Agnès Vitteaut, a débuté les vendanges le mardi 19 août et dresse les premiers constats. « La maturité a progressé rapidement ces derniers jours, l’acidité a baissé à un niveau satisfaisant, mais les rendements sont revus à baisse sur notre secteur. C’est un peu mieux dans le nord de la Bourgogne ». Sur ce début de campagne, les rendements se situeraient entre 50 et 60 hl/ha selon la productrice en Côte Châlonnaise, sachant que les décrets autorisent 74 hl + 16 hl/ha de réserve. Plus précisément, il apparaît que « les chardonnays ont un peu plus souffert de la chaleur » que les autres cépages à crémant. « Les raisins sont petits et légers, il faut presser plus pour avoir du jus. En revanche, ils sont sains et jolis ». Et les degrés sont au rendez-vous : « on a des aligotés entre 10 et 11 et des chardonnays entre 11 et 12. Il faut faire des choix pour trouver le meilleur équilibre sucre/acidité ».

Pour pallier ces rendements faiblards, certains producteurs ont fait valoir la possibilité de réaliser des DIP (déclaration d’intention de production) qui permettent d’allouer (en plus des affectations parcellaires déclarées au printemps), jusqu’à 72 heures avant la récolte et avec des rendements de « bourgogne banc », des surfaces supplémentaires au crémant et ainsi d’éviter un manque de volumes sur le marché.

Maturation accélérée

Plus au sud, dans le Beaujolais, désormais un acteur majeur de la production de crémant, les premières impressions sont similaires. Président d’APBB (Association des producteurs de Bourgogne en Beaujolais), Olivier Bosse-Platière est déçu « par les volumes faibles et les degrés un peu élevés pour du crémant même si les acidités sont bonnes. J’ai débuté le 19 août, mais il aurait été préférable de démarrer le 15, malheureusement, je n’avais pas encore mes équipes… Habituellement, on anticipe les millésimes précoces, mais cette fois cela n’a pas été possible, car on a été surpris par la canicule d’août ».

Le patron du Domaine Salmanazar à Morancé ne s’avance pas sur les rendements précis, « car j’ai beaucoup de cépages différents : aligoté, pinot gris, pinot blanc… Il faut faire le point ». En revanche, il est très clair sur les causes de la déficience du millésime : « une combinaison de facteurs : maladies, grêle, sécheresse… L’année a été un peu compliquée avec une forte pluviométrie printanière puis 15 jours de canicule en juin et une autre canicule en août qui bizarrement n’a pas entraîné de blocage de maturation ».

Les yeux rivés sur la météo

Coté vin tranquille, la récolte débute à peine et tout aussi petitement « comme on s’y attendait », regrette la présidente de l’ODG pouilly-fuissé, Aurélie Cheveau. « Sur mes deux premiers jours, je suis sur une moitié de récolte, mais on a attaqué sur des secteurs précoces qui ont craint le sec, des jeunes vignes qui souffrent. Le mildiou a aussi clairement grignoté une partie de la récolte sur les zones humides. On va faire les rouges dans la foulée, mais ils ont été fortement impactés par la grêle ».

En début de semaine, les vignerons s’interrogeaient sur la meilleure stratégie à suivre : « certains attendent la pluie de cette semaine pour commencer » (N.D.L.R. : article écrit avant le passage de la perturbation météorologique de mardi, mercredi, jeudi) mais c’est un peu aléatoire, car les prévisions météo sont différentes d’un site à l’autre et il ne tombe pas toujours ce qui est annoncé ! », souligne la vigneronne.

Qualitativement en revanche, « les degrés sont bons, les acidités sont tombées, comme si les dernières pluies avaient tout débloqué et la vendange est saine. On est sur un millésime solaire comme 2022 ou 2023 », conclut Aurélie Cheveau.