Au marché de Saint-Christophe-en-Brionnais, la viande passe au cadran !
Depuis le 21 mai, il n’y a plus de marché de gré à gré à Saint-Christophe-en-Brionnais. Désormais, les bovins de boucherie sont vendus au cadran, tout comme les animaux maigres depuis 2009.
Depuis le 21 mai dernier, la commercialisation des animaux de boucherie au marché de Saint-Christophe-en-Brionnais ne se fait plus de gré à gré, mais aux enchères au cadran. Cette évolution est venue mettre un terme à des années de déclin pour le marché de viande. En 2009, la création du cadran Brionnais avait permis de relancer le célèbre marché. Les bovins maigres (broutards, taurillons d’herbe et adultes maigres) sont devenus majoritaires dans l’offre et le marché est remonté jusqu’à 1.000 animaux chaque mercredi. Dans le même temps, les bovins de boucherie qui faisaient autrefois les grandes heures de Saint-Christophe, continuaient d’être commercialisés de gré à gré. Mais l’érosion du nombre d’animaux de viande n’a jamais cessé et les dernières éditions du gré à gré ne comptaient plus qu’une douzaine de bovins.
Vente au cadran sur le foirail
« Nous avons réuni les opérateurs pour réfléchir ensemble à quel avenir donner au marché de viande et comment le faire évoluer », rapporte Guillaume Berger, directeur du Cadran Brionnais. Le choix a été fait de continuer de vendre les animaux sur le foirail, mais en adoptant le mode de vente aux enchères du cadran. Des petits parcs pouvant contenir jusqu’à 6 bêtes ont remplacé les barres d’attache. Au lieu que ce soient les animaux qui défilent devant les acheteurs dans une salle de cadran, ce sont les acheteurs munis de leurs boîtiers électroniques qui vont aux lots de bovins sous la houlette du chef des ventes. Ce dernier, muni de son ordinateur portable et en liaison (via une oreillette) avec l’animatrice des ventes, désigne un à un les lots mis aux enchères. Les acheteurs le suivent avec en main le catalogue de la vente et un boîtier-smartphone pour enchérir. Les enchères sont visibles depuis le foirail sur un écran côté bâtiment administratif.
Paiement à 48 heures, garantie de paiement…
Les modalités de vente sont les mêmes que pour le cadran de maigre, présente Guillaume Berger. Le montant des frais de marché est identique et le paiement des animaux est à 48 heures après abattage. Concrètement, les animaux quittent directement le marché pour rejoindre l’abattoir. La plupart des bêtes sont abattues le lendemain (jeudi) et dans tous les cas dans un délai maximum de trois jours, conformément aux accords interprofessionnels, explique le directeur. Dans la majorité des cas, l’apporteur est payé le vendredi. Comme pour le maigre, il bénéficie de la garantie de paiement. Pour cela, un dépôt de garantie ou une caution bancaire sont exigés pour tous les acheteurs fréquentant le marché.
Succès ternis par les zonages sanitaires
Cette modernisation du marché de viande a immédiatement porté ses fruits. L’effectif est remonté jusqu’à 90 bovins. La transparence, la sécurité de paiement, mais aussi la hausse des cours ont fait revenir les apporteurs. Au 30 septembre, le nombre d’animaux commercialisés sur le marché de Saint-Christophe était en hausse de + 6 % par rapport à l’année dernière, fait valoir Guillaume Berger qui ajoute que l’outil compte 2 à 3 nouveaux apporteurs chaque semaine ce qui équivaut à 130-140 nouveaux venus depuis le 1ᵉʳ janvier.
Malheureusement, cette embellie est entachée depuis quelques semaines par les problèmes liés aux maladies vectorielles. Le zonage de la DNC s’arrête à seulement une vingtaine de kilomètres de Saint-Christophe et une partie des utilisateurs du marché provenant de la Loire et du Rhône ne peuvent plus se rendre en Saône-et-Loire. 150 à 200 animaux manquent ainsi au cadran de maigre et pour le gras, l’effectif est, de ce fait, retombé à une quarantaine de bêtes ces dernières semaines.
Ces difficultés s’ajoutent aux conséquences de la MHE et de son zonage qui coupe toujours la Saône-et-Loire en deux. Un certain nombre d’opérateurs venus de l’ouest renoncent à venir à Saint-Christophe, explique Guillaume Berger.
Des prix qui ne cessent de monter…
Mercredi 8 octobre, le marché accueillait 39 bovins pour la viande (21 vaches, 16 génisses, 1 taureau et 1 jeune bovin). En hausse depuis de nombreuses semaines, les prix ont une nouvelle fois surpris acheteurs et vendeurs (7€60-7€80 le kilo de viande pour des génisses, 7€56 pour des vaches, 7€20 pour un baby, 6€58 pour un taureau et même 6€78 pour deux montbéliardes maigres…). Chaque semaine, la hausse va de + 5 à + 10 centimes d’euros, confirmait Guillaume Berger. Au point que même des habitués avouaient perdre quelque peu leurs repères. Comme chaque mercredi, une réunion cotations clôturait le marché pour faire remonter les données hebdomadaires permettant d’établir les cotations officielles, lesquelles sont reprises chaque semaine dans la presse agricole, pages « cours et marchés ».
Vingt opérateurs (chevillards, négociants) étaient présents au marché de viande du 8 octobre. Les bêtes qu’ils ont achetées à Saint-Christophe devaient partir pour Cuiseaux, Perpignan (66), Saint-Etienne (42), Lons-le-Saunier (39), Villefranche-d’Allier (03), Kermené (22), Feurs (42)…
Alexandre Labourbe d’Oyé : « on s’y fait très vite »
Naisseur-engraisseur de charolais à Oyé, Alexandre Labourbe est un habitué du marché de Saint-Christophe. En plein cœur du Brionnais, il produit des femelles bouchères finies à l’herbe de mai à décembre. Ces bêtes de viande, Alexandre Labourbe les valorise principalement au marché de Saint-Christophe. Fidèle à ce mode de commercialisation, le jeune éleveur a connu les pires heures du marché de gré à gré. « Il y avait moins d’acheteurs, moins d’ambiance, les prix étaient en baisse… », remémore-t-il. « Le passage au cadran a été une bonne initiative ; il fallait faire quelque chose », salue Alexandre qui apprécie le retour du dynamisme commercial. Aujourd’hui, le jeune éleveur confie « qu’on se fait très vite » au nouveau mode de vente aux enchères.
Marché de viande à midi
Chaque mercredi, l’arrivée des animaux commence à partir de 4h du matin. Les bovins destinés au marché de viande passent sur la bascule à partir de 9h30. Chaque animal est ainsi identifié, pesé avant d’être orienté vers les parcs du foirail où ils sont exposés par lots de 1 à 6 bêtes appartenant à un même apporteur. L’arrivage se termine à 11h30 et la vente débute à midi après qu’un catalogue des ventes soit édité et remis aux potentiels acheteurs.
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