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Ferm’Inov

Ferm’Inov teste le sorgho à la place du maïs pour des vaches allaitantes

Le sorgho fourrager est à l’essai depuis 5 ans en Saône-et-Loire. L’idée pour Ferm’Inov est d’introduire du sorgho à la place du maïs dans la rotation et de l’utiliser dans la ration d’engraissement des génisses. 

Par Marc Labille
visite essai sorgho fourrager Ferm'Inov Jalogny
Le sorgho a été semé à Jalogny le 16 mai et il a été récolté le 18 septembre, lendemain de la visite organisée par Ferm’Inov.

Le 17 septembre dernier, une visite de la parcelle de sorgho implantée près de la ferme de Jalogny réunissait éleveurs, techniciens et semenciers… Adrien Demarbaix, responsable du site Ferm’Inov, Denis Chapuis et Antoine Villard de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire ont présenté l’essai et fait découvrir les onze modalités mises en œuvre dans une parcelle en bord de Grosne.

Comparé au maïs, le sorgho est connu pour mieux supporter la sécheresse du fait de son système racinaire très puissant. Il résiste mieux aux fortes chaleurs et a la capacité de repartir après un coup de chaud. Le sorgho a aussi l’avantage d’être moins vulnérable aux sangliers et aux ragondins, présentaient les intervenants.

En dérobé, objectif au 15 mai…

Le sorgho monocoupe cultivé à Jalogny est implanté en dérobé. En 2023 et 2024, il suivait un méteil fourrager semé en automne et récolté au printemps. En 2025, le précédant était un mélange de ray-gras italien et de trèfle semé le 7 octobre 2024 et récolté le 24 avril 2025. Cette rotation permet, dans la même année, de produire deux types de fourrages sur une même surface, fait valoir Adrien Demarbaix, responsable de la Ferme expérimentale.

Dans ces essais, l’objectif est de semer le sorgho vers le 15 mai, sur un sol réchauffé et après la récolte du méteil ou du ray-gras. Cet objectif a été tenu pour la première fois en 2025 (16 mai) alors que la météo n’avait pas permis de semer le sorgho avant juin les années passées. En 2024, la date du 20 juin s’était avérée trop tardive pour espérer une récolte suffisamment riche en matière sèche.

Le sorgho démarre plus lentement que le maïs, indique Antoine Villard, conseiller grandes cultures. Classiquement, quand le maïs atteint le stade 4 feuilles, le sorgho n’a que 3 feuilles. Et quand le maïs atteint 1 m de haut, le sorgho ne fait que 50 cm…

Le semis a été réalisé avec un semoir monograine pour un écartement de 60 cm entre les rangs et une densité de 209.000 grains par hectare. La parcelle a reçu 35 tonnes de fumier par hectare quelques jours avant le semis et aucune fumure minérale.

Un désherbage chimique est intervenu sept jours après le semis et un binage a été effectué le 26 juin.

Le sorgho a un cycle plus long que le maïs, si bien que les deux céréales ne s’ensilent en principe pas en même temps.

2025 : le scénario typique…

L’année 2025 représente le scénario typique dans lequel le sorgho dévoile ses atouts. Les deux cultures ont profité des pluies régulières du début d’année jusqu’au coup de chaud et de sec de l’été. L’écart s’est alors creusé entre les deux céréales ; le maïs a été contraint d’écourter son cycle alors que le sorgho a repris sa croissance une fois le retour des pluies fin août. La récolte du maïs a été effectuée le 5 septembre tandis que le sorgho, toujours très vert, a pu attendre deux semaines supplémentaires.

Le 17 septembre, veille du chantier d’ensilage, le sorgho était à maturité. Il aurait même pu attendre quelques jours supplémentaires pour atteindre son plein potentiel, faisait remarquer Denis Chapuis. Mais les responsables de la ferme ont préféré récolter dès à présent pour éviter les éventuelles intempéries d’automne.

De la biomasse et de la valeur alimentaire…

Les onze modalités de sorghos monocoupes implantées à Jalogny présentaient cette année des fourrages globalement très productifs. Certains dépassaient 3 mètres de hauteur avec une biomasse très prometteuse. L’essai comportait d’autres variétés « plus typées grains », avec des plantes moins hautes portant des panouilles pleines de grains. Arigato est la référence historique qui allie digestibilité et valeur alimentaire (environ 1 UF unité fourragère) avec un rendement moyen, commentait Denis Chapuis. Ce sorgho offre un bon équilibre en énergie grâce à l’amidon de ses grains et aux sucres solubles de sa verdure, complétait-il.

En matière de valeur alimentaire, les sorghos ont évolué. Le caractère « BMR » leur confère une meilleure digestibilité et leur valeur atteint aisément 1 UF, faisait valoir le technicien. Sur 4 ans, le rendement moyen du sorgho oscille autour de 10 tonnes MS/ha.

 

Engraisser des génisses avec du sorgho et du méteil, c’est possible…

Engraisser des génisses avec du sorgho et du méteil, c’est possible…

Le sorgho cultivé en dérobée à Ferm’Inov ainsi que le méteil qui le précède sont valorisés pour l’engraissement de génisses abattues à 28-33 mois d’âge pour des poids de carcasse de 340 à 400 kg. Les deux ressources produites sur l’exploitation permettent de viser l’autonomie énergétique et protéique tout en réduisant l’apport de céréales. La comparaison porte sur un lot de génisses engraissées avec du méteil et de l’orge avec un autre lot engraissé avec du méteil et du sorgho. En 2023-2024, le premier lot a eu 7 kg de méteil et 3,9 kg d’orge tandis que le second lot recevait 3,9 kg de méteil, 4,7 kg de sorgho, 1,6 kg d’orge et 0,5 kg de tourteau de colza. En 2024-2025, le lot 1 a consommé 7 kg de méteil et 4,3 kg d’orge alors que le second a reçu 3,8 kg de méteil, 4,5 kg de sorgho, 2 kg d’orge et 1 kg de tourteau de colza.

Résultats contrastés selon la météo…

La qualité des fourrages récoltés était globalement meilleure en 2023, année plutôt chaude et sèche alors que 2024 était fraîche et pluvieuse. En 2023, le rendement du sorgho atteignait 12,5 tonnes de matière sèche/ha alors qu’il a chuté à 8,1 t MS/ha en 2024. Les valeurs alimentaires ont souffert, elles aussi, avec des méteils passant de 15 % de matière azotée totale à 12 % et des sorghos de 8 à 6,5. Les UFL ont chuté, elles aussi, de – 10 à – 15 points. Ces différences se sont ressenties sur les performances des animaux. En 2023-2024, le GMQ du lot méteils/sorgho atteignait 1.351 g/j contre 1.215 pour le lot méteils/orge. Mais en 2024-2025, ces performances ont chuté 897 g/j et 973 g/j. Ces chiffres prouvent que le sorgho permet d’atteindre de bonnes performances, mais les résultats peuvent être très contrastés selon les années climatiques.

Coût de ration en faveur du sorgho

Sur le plan économique, même en devant rajouter du tourteau pour compenser le méteil en moins, le bilan est favorable au sorgho avec un coût de ration inférieur. Ce gain économique se vérifie sur les kilos de gain de croît.

Le sorgho doit toutefois être récolté bien mûr. Il faut aussi être vigilant sur la conservation du fourrage au silo. La qualité aurait en effet tendance à se dégrader en fin de période de stockage. Un conservateur pourrait être nécessaire.

Désherbage du sorgho délicat

Le désherbage du sorgho peut s’avérer délicat. Sur la parcelle de Jalogny, des mauvaises herbes témoignaient d’un « salissement » de la culture. Les techniciens ont attiré l’attention des visiteurs sur la présence de datura, une plante invasive toxique pour les animaux comme pour les humains. « C’est une plante qui lève tard et pousse vite jusqu’à 2 m de hauteur. Ses fleurs produisent beaucoup de graines d’où une prolifération exponentielle », décrivait Antoine Villard.

 

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