« L’absence de courage politique pour défendre la souveraineté alimentaire est insupportable »
Cette année, les agriculteurs et viticulteurs ont subi des pertes climatiques, cumulé les hausses de charges, avec parfois des marchés en berne. En cette rentrée, la démission ou les revirements politiques sont insupportables. La FDSEA va donc consulter les agriculteurs pour décider du type de mobilisations cet automne.
Comment qualifieriez-vous la campagne de cette année en Saône-et-Loire ?
Anton Andermatt : on a subi un été très chaud et sec, avec des restrictions d’eau qui ont pesé sur tout le monde. Pour certaines cultures comme le colza, on s’en est sorti, mais pour les fourrages, c’est une catastrophe : pas de deuxième ni de troisième coupe. Les éleveurs vont devoir trimer, transporter du foin, de l’ensilage… Malgré cette météo capricieuse, je tiens à remercier particulièrement les agriculteurs pour leur rôle face aux incendies. Je le dis clairement : les agriculteurs ont été au rendez-vous, aux côtés des pompiers, pour éviter le pire, quitte à repousser de quelques jours leurs moissons. Quand le feu menace, c’est nous tous qui sommes sur le terrain. Et ça, il faut que la société le reconnaisse.
Justement, vous avez également alerté sur l’assurance récolte et la nécessité de reconnaissances administratives…
A.A. : c'est un combat permanent. On interpelle l’État, mais on attend toujours les reconnaissances calamités. Entre les orages qui frappent à un endroit et rien à 100 mètres plus loin, et la sécheresse, nos exploitations encaissent sans filet. L’assurance et les dispositifs publics doivent être réformés pour de vrai, rapidement. Il faut remercier aussi nos collègues éleveurs de Savoie d’avoir fait le nécessaire pour nous protéger tous de la DNC.
Cela fait le lien avec la rémunération de la production, comment sont les cours agricoles et la compétitivité ?
A.A. : certaines filières ont pu tenir leurs prix, notamment en bovins allaitants. Il faut le dire pour motiver les jeunes qui veulent s’installer. Même si ce n’est jamais gagné, parce qu’on est attaqués en permanence et il y a de plus en plus de maladies sanitaires. Nous, on produit pour nourrir. Si on nous empêche de produire en France, on importera des produits faits ailleurs, sans règles environnementales. C’est absurde et dangereux.
La Loi Duplomb a été le sujet politique de l’été. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
A.A. : on ne parle que des pesticides, comme si c’était l’unique sujet ! Cette loi, c’est aussi la compétitivité, la gestion de l’eau, l’avenir du métier. Elle est positive et il faut le dire. Et pourtant, on nous pointe encore du doigt comme pollueurs. Ce procès permanent, il creuse un fossé entre le monde rural et les citadins. Ce fossé devient dramatique. L’administration fait sa loi aussi avec les divisions politiques qui nourrissent les extrêmes.
L’accord Mercosur revient dans l’actualité, n’est-ce pourtant pas là le vrai symbole des paradoxes de nos politiques franco-européennes ?
A.A. : l’accord Mercosur est une trahison. La Commission européenne sacrifie nos paysans pour des avions et des voitures allemandes. Nous, on demande une priorité claire : la souveraineté alimentaire. Or, on réduit la production en Europe alors que la population augmente ! C’est incompréhensible et inacceptable.
Les frontières se ferment avec d’autres, à commencer par les États-Unis. Vous craignez aussi des conséquences pour la viticulture ?
A.A. : bien sûr. Déjà, avec l’euro faible, l’export nous coûte entre 3 et 5 € de plus par bouteille. Avec les taxes Trump, c’est la double peine. En plus, cette année les rendements sont très hétérogènes. Et on sait que ce sont les derniers hectolitres qui font le revenu, et ils manqueront.
La future Pac et le Green Deal inquiètent également…
A.A. : les propositions de baisse de 20 % du budget Pac sont inacceptables. Et le Green Deal, dans sa version actuelle, reste un carcan idéologique. On a besoin de produire pour être autonomes, pas de subir toujours plus de contraintes. Si on ne réarme pas notre agriculture, on va droit vers la dépendance alimentaire et on a vu les risques durant le Covid.
Que prévoyez-vous en termes d’action syndicale pour l’automne ?
A.A. : au vu de ce contexte et d’un nouveau flou politique en France, on va reprendre le terrain. On veut des réunions locales partout : dans les communes, les cantons, les communautés de communes… Les agriculteurs doivent avoir la parole et faire remonter leurs problèmes. C’est comme ça qu’on est forts collectivement. Et si derrière il faut manifester, alors on manifestera. Mais il faut que les politiques, qui que ce soit après le gouvernement Bayrou, aient enfin le courage de soutenir notre agriculture. Et nous aussi, si on ne défend pas notre métier, personne ne le fera à notre place.