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SANITAIRE

« Ne pas avoir de réponses exactes laisse la porte ouverte aux fausses informations »

Laura Cauquil, vétérinaire au groupement de défense sanitaire (GDS) des Savoie, a accepté de réagir aux fausses informations largement diffusées sur les réseaux sociaux à propos de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

« Ne pas avoir de réponses exactes laisse la porte ouverte aux fausses informations »
Laura Cauquil, vétérinaire au sein du GDS des Savoie.

Une maladie « sans gravité », « qui ne nécessite pas l’abattage total » et dont « les vaccins seraient peu utiles ». Tels étaient les propos qu’il était possible de lire ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, lorsqu’un média publiait une actualité en lien avec la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Apparue pour la première fois en France dans le département de la Savoie le 29 juin, cette maladie cristallise, depuis, de nombreuses interrogations, inquiétudes et fausses croyances. Ces comportements, Laura Cauquil, vétérinaire au sein du groupement de défense sanitaire (GDS) des Savoie, les a également remarqués lors de réunions organisées avec les éleveurs. « Certains d’entre eux ne comprennent pas pourquoi l’abattage est systématique et total lors de l’apparition d’un foyer épidémiologique. Notre rôle est alors de leur répondre avec le plus de transparence possible », affirme-t-elle.

L’intérêt de l’abattage total

Selon Laura Cauquil, le virus détecté en Savoie est proche à plus de 99 % de celui qui circule en Sardaigne. À la question : comment a-t-il pu arriver en France ? La vétérinaire admet ne pas avoir de réponse précise. « Le passage par la Corse semble peu vraisemblable, car aucun foyer ne s’y est pour l’instant manifesté. Ne pas avoir de réponses exactes est quelque chose de frustrant, car cela laisse la porte ouverte à de nombreuses hypothèses et fausses informations… » D’autres informations restent néanmoins certaines. Selon la spécialiste, bien que cette maladie ne tue pas tous les bovins, son impact sanitaire sur le troupeau est fort, puisque 80 % des animaux peuvent être malades et induire ainsi d’importantes pertes économiques. « Au bout d’un à deux mois, les nodules deviennent, dans la majorité des cas, des croûtes chargées en virus qui peuvent ensuite tomber et contaminer d’autres animaux », ajoute-t-elle. Sa contagiosité constitue également un danger, puisque le temps d’incubation de la maladie est variable. « Le délai entre la contamination et l’apparition des signes cliniques peut être d’une semaine à 28 jours. Une vache peut donc être potentiellement contagieuse pour les autres, même sans signe clinique, via des insectes piqueurs. » Autant d’éléments qui expliquent la stratégie adoptée par l’État et qui échappent à certains : l’abattage total du troupeau dès l’apparition d’un foyer épidémiologique. Pourtant, selon Laura Cauquil, abattre les foyers constitue la seule solution afin de supprimer la source du virus et d’éviter l’installation de la maladie et le développement de croûtes sur les bovins atteints. « Cette méthode, doublée d'une limitation de mouvement d'animaux et d'une vaccination de l'ensemble des bovins, a permis aux départements de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie de déclarer un dernier cas de DNC le 6 septembre », rappelle-t-elle. Dès lors, comment expliquer qu’une génisse rhodanienne ait été déclarée positive à la maladie le 19 septembre, à plus d’une centaine de kilomètres du dernier foyer détecté dans l’Ain ? Là encore, la vétérinaire n’hésite pas à prendre des pincettes. « Ce saut au sein d’une zone vierge de la maladie interpelle tout le monde ! Une enquête épidémiologique est donc en cours, mais plusieurs hypothèses demeurent possibles : un animal du cheptel était peut-être un porteur asymptomatique depuis longtemps, un bovin contaminé et sans signe clinique a également pu être introduit au sein du troupeau, un vecteur de la maladie a aussi pu être transporté dans un camion ou une voiture, sachant que ces derniers peuvent être porteurs du virus au maximum 24 heures… »

Une réserve vaccinale européenne

Très réglementée à l’échelle européenne, la vaccination a pu démarrer dès le 19 juillet et continue de se déployer au sein des zones réglementées. « La réserve de vaccins appartient à une banque vaccinale de l’Union européenne, liée à la Commission européenne, qui n’a donc pas pour but d’enrichir un laboratoire pharmaceutique », tient à rappeler Laura Cauquil, persuadée que la vaccination est un outil essentiel à l’éradication du virus sur le territoire français. « Si cette maladie était volontaire et avait pour objectif de déstabiliser la filière, les réponses menées en face ne seraient pas si considérables : l'abattage des foyers, la vaccination des troupeaux et la limitation des mouvements coûtent énormément à l’État », conclut-elle. Fin septembre, le ministère de l’Agriculture a annoncé que plus de 90 % des bovins avaient déjà été vaccinés dans la première zone réglementée, autour des foyers de Savoie, Haute-Savoie et de l’Ain.

Léa Rochon