Dégâts de sangliers
La Fédération des chasseurs ne lâche rien !

Marc Labille
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Le montant des indemnisations de dégâts de gros gibier en Saône-et-Loire a atteint plus d'un million d’euros en 2018-2019. Un record que les chasseurs ne pourront pas supporter durablement. Aussi, la fédération des chasseurs actionne-t-elle tous les leviers légaux en sa possession.

La Fédération des chasseurs ne lâche rien !
Durant la campagne 2018-2019, le montant des indemnisations de dégâts de gros gibier a explosé pour atteindre plus d'un million d’euros. 1.100 dossiers avaient été déposés à la fédération des chasseurs contre 800 la saison précédente.

Le montant des indemnisations de dégâts de gros gibier a explosé en Saône-et-Loire durant la campagne 2018-2019 atteignant plus d'un million d’euros ! Une augmentation spectaculaire alors que la facture était encore de 550.000 € en 2017-2018. Ce mauvais chiffre, la Fédération départementale des chasseurs (FDC) le redoutait. Il s’inscrit d’ailleurs dans une tendance nationale, certains départements connaissant des situations encore bien plus graves...  

6.900 sangliers ont été prélevés durant cette même campagne soit 900 de plus qu’en 2017-2018 ce qui traduit bien une surpopulation, reconnaissent sans ambiguïté les responsables de la FDC. Lors de la dernière campagne de chasse (2019-2020), les prélèvements ont continué d’augmenter à 7.164 individus, révèle Vincent Augagneur, directeur de la fédération. Le tableau aurait pu être meilleur sans le Covid-19. En effet, une prolongation de la chasse au sanglier avait été autorisée au mois de mars. Mais l’incertitude liée à l’épidémie puis le confinement ont limité ses effets. Néanmoins, le bilan provisoire des dégâts de la campagne 2019-2020 laisse augurer « une baisse significative », informe Vincent Augagneur. Le nombre de dossiers de déclarations de dégâts serait en diminution de 300. Sur la campagne 2018-2019, près de 1.100 dossiers avaient été traités par la fédération départementale des chasseurs. Pour 2019-2020, leur nombre se rapprocherait des 800 déclarations de la saison 2017-2018 et le montant moyen de ces indemnisations serait inférieur.

Signe encourageant…

C’est un signe encourageant pour la FDC qui explique s’être beaucoup mobilisée sur le sujet. Dès sa prise de fonction à la présidence de la fédération, Évelyne Guillon avait promis « d’actionner tous les leviers en notre possession pour faire baisser les populations de sangliers ». De fait, la fédération n’a pas ménagé ses efforts, à commencer par argumenter auprès des services de l’État une extension de la possibilité de chasser du 1er juin jusqu’au 31 mars, explique Vincent Augagneur. Outre l’allongement de la période au mois de mars, des tirs d’été avaient été autorisés du 1er juin jusqu’à début août. La chasse aux sangliers était ensuite possible (dans certaines situations) à partir du 1er août jusqu’à l’ouverture générale.

83 sangliers prélevés dès cet été

« La situation a tendance à s’améliorer en Saône-et-Loire. La plupart des unités de gestion ont fait baisser les populations de sangliers. Mais certaines pas assez voire, n’ont carrément pas joué le jeu », reconnaît le directeur. Aussi la FDC promet-elle « qu’elle ne lâchera rien ! ». Pour la campagne en cours, « la totalité des attributions de prélèvements ont été délivrées comme l’an dernier et des attributions correctives en ligne permettent d’être plus réactif », explique Vincent Augagneur. En accord avec les services de l’État (DDT), la FDC a aussi obtenu l’autorisation de battues collectives sans restriction dès le 1er août. Autre décision du conseil d’administration de la fédération : toutes les attributions utilisées entre le 1er juin et le 1er août sont remplacées gratuitement. « Cela concerne 46 bracelets supplémentaires que nous avons délivrés. Ces tirs en juin-juillet ont permis de régler quelques problèmes », confie le directeur. Au 1er septembre, 83 sangliers avaient d’ores et déjà été prélevés, indique-t-il.

Travail de fourmi

La FDC ne perd pas de vue les territoires à problème. D’ailleurs, le message de la présidente est à la fois très clair et très ferme. Techniciens, administrateurs et la présidente elle-même partagent ce même mot d’ordre : « on va sur le terrain, mettre la pression s’il le faut… ». C’est un travail considérable pour les équipes de la FDC qui y consacrent beaucoup d’énergie, parfois au détriment d’autres missions, confie le directeur. « Avec la DDT, on connait bien les territoires qui posent problème. On actionne tous les leviers pour favoriser les prélèvements. Mais s’ils ne jouent pas le jeu, on se réserve la possibilité de faire intervenir l’administration. Pour plus d’efficacité, on met la pression sur tous les territoires d’une même unité de gestion », explique Vincent Augagneur qui poursuit : « à partir de l’ouverture, on suit l’évolution des prélèvements, les alertes de la part des agriculteurs, on réunit les unités de gestion, on va sur le terrain… ». Un véritable travail de fourmis et de longue haleine qui porte ses fruits.

Ne pas se tromper de cible !

La résolution des problèmes tient aussi au dialogue. « Localement, agriculteurs et chasseurs ne se connaissent pas forcément. Souvent, l’exploitant ne sait même pas qui chasse sur son territoire ! Les gens ne se parlent pas alors qu’il suffirait de se rencontrer pour qu’une solution émerge », fait valoir le directeur. Car il ne faut pas se tromper de cible. Face à la pression de la société qui n’épargne ni l’agriculture ni la chasse, « mieux vaut se serrer les coudes », estime Vincent Augagneur. De son côté, la fédération départementale utilise tous les moyens légaux dont elle dispose. « Mais ce n’est qu’une impulsion. Car la solution, elle est dans les territoires et elle est collective », conclut le directeur.

Parmi les points noirs de la gestion du sanglier, il y a aussi le problème de territoires de plus en plus nombreux où les propriétaires empêchent la chasse, pointe Vincent Augagneur.

Les chasseurs paient les dégâts !

« La fédération des chasseurs ne peut pas continuer avec un tel montant d’indemnisation à financer », confie le directeur rappelant au passage que ce budget dégâts de gibier provient des cotisations des chasseurs. D’ailleurs, les chasseurs doivent s’acquitter d’une contribution territoriale qui peut s’élever considérablement en cas de recrudescence de dégâts. Cette année, cette participation territoriale représente un supplément de 400.000 € payé par les chasseurs de Saône-et-Loire contre 260.000 l’année d’avant, indique Vincent Augagneur. Pour inciter les chasseurs à prélever, le montant de cette contribution est modulé en fonction des efforts accomplis dans les unités de gestion. Dans les territoires à problème, la contribution revient très cher aux chasseurs, confie le directeur. Mais s’il est juste, le dispositif risque d’atteindre ses limites dans un contexte d’érosion du nombre de chasseurs. « Devant le montant de cette participation territoriale, certains territoires risquent d’abandonner la chasse », redoute le directeur. Chaque année, la Saône-et-Loire perd en moyenne entre 200 et 300 chasseurs et pour la saison 2020-2021, cela risque d’être pire, s’inquiètent les responsables de la FDC.

Indemnisation des dégâts : une procédure à respecter

L’indemnisation des dégâts de gibier se fait suivant une procédure très stricte dictée par un protocole national. Victime de dégâts, l’exploitant doit demander un dossier d’indemnisation à la Fédération départementale des chasseurs qui lui envoie le document. « L’exploitant se doit ensuite de remplir scrupuleusement ce dossier, sans omettre aucune information ou rubrique. À réception du dossier convenablement rempli, la FDC désigne un expert qui a dix jours pour intervenir chez l’exploitant. Indépendants, ces experts sont spécialement formés et figurent sur une liste validée par le préfet. Ils ont un délai légal de dix jours pour intervenir et ils ne sont pas là pour régler le problème de gibier », précise Vincent Augagneur. L’expert n’intervient que pour effectuer une estimation et une fois la proposition d’estimation faite à l’exploitant, ce dernier a la possibilité de signer ou non. Ensuite, la FDC propose une indemnisation calculée à partir des barèmes nationaux. Alors que l’augmentation du nombre de déclarations a fait apparaître quelques tensions sur certains dossiers, la FDC appelle au respect strict de la procédure : dossier correctement rempli, respect des estimateurs et des délais, etc. « Chaque dossier est systématiquement transmis aux techniciens et administrateurs de la FDC ainsi qu’aux correspondants des comités locaux de gestion du grand gibier », informe Vincent Augagneur.

Loup : inquiétude pour le gibier

« Sensible à la présence du loup en Saône-et-Loire, la Fédération des chasseurs va suivre avec beaucoup d’attention l’évolution de ce prédateur », confie la présidente de la FDC Évelyne Guillon. « Nous sommes très inquiets de cette arrivée du loup tant pour le monde agricole que pour les populations de cervidés. Quel impact aura le loup sur les populations de chevreuils ? ». Bien qu’il ne soit pas associé aux groupes de travaux nationaux sur le loup, le monde de la chasse suit de près le dossier et il se tient prêt à apporter ses services dans la gestion de ce prédateur.

Ouverture générale de la chasse ce dimanche 20 septembre

La période d’ouverture générale de la chasse à tir et de la chasse au vol est fixée du dimanche 20 septembre matin au dimanche 28 février 2021 soir. Compte-tenu de la nécessité de réguler la population de sangliers, responsable d’importants dégâts à l’activité agricole, la chasse du sanglier sera quant à elle clôturée le 31 mars 2021. Le préfet demande aux chasseurs de respecter scrupuleusement les règles et recommandations en sécurité, notamment : port du gilet orange fluorescent pour les chasseurs et accompagnateurs en action collective de chasse à tir au grand gibier ou au renard ; pose de panneaux temporaires portant la mention « chasse en cours » lors des battues au grand gibier ou au renard, au niveau des routes et chemins ouverts à la circulation publique et des sentiers de randonnée balisés ; matérialisation et respect d’un angle de tir de 30° par rapport aux autres chasseurs postés, aux voies de circulation et aux habitations. Le préfet de Saône-et-Loire en appelle par ailleurs à la responsabilité de tous les chasseurs pour respecter les gestes barrières, les règles de distanciation ainsi que toutes autres mesures mises en place afin de limiter la propagation de la Covid-19. L’arrêté portant sur les périodes d’ouverture et les conditions spécifiques de chasse de certaines espèces de gibier pour la campagne 2020-2021 est consultable sur le site Internet de la Fédération des chasseurs www.chasse-nature-71.fr ou sur le site internet des services de l’État de Saône-et-Loire : http://www.saone-et-loire.gouv.fr/periodes-d-ouverture-et-conditions-specifiques-de-a12753.html