Benjamin Crouzet
La chasse à l’affût ou à l’approche à découvrir!

Marc Labille
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Dès le 1er juin, la chasse à l’affût ou à l’approche est autorisée pour le chevreuil et le sanglier. Encore méconnues en Saône-et-Loire, ces techniques de tirs d’été ont beaucoup de vertus. Elles sont notamment très efficaces pour lutter contre les dégâts de gibier.

La chasse à l’affût ou à l’approche à découvrir!
Chasseur dans l’Autunois-Morvan et administrateur à la fédération départementale, Benjamin Crouzet est un fervent défenseur de la chasse à l’affût ou à l’approche.

Encore peu connues en Saône-et-Loire, les chasses à l’affût et à l’approche commencent à faire parler d’elles. Contrairement aux battues où le gibier est poussé par des chiens vers des tireurs postés, les chasses à l’affût et à l’approche consistent, sans chien, à aller aux devants du gibier, ce qui permet « une sélection des animaux dans leur milieu et de prélever l’animal sans qu’il comprenne ce qui lui arrive », présente Benjamin Crouzet. Les chasses à l’affût et à l’approche sont autorisées dès le 1er juin pour le chevreuil et le sanglier. Elles sont encouragées par la Fédération Départementale des Chasseurs de Saône-et-Loire (FDC 71) car en permettant d’avancer la période de chasse en été, elles sont un bon moyen de lutter contre les dégâts de gibier, chevreuil et sanglier.

Très courante en Allemagne

Benjamin Crouzet pratique ce mode de chasse depuis qu’il a son permis. « La chasse à l’affût ou à l’approche est très courante en Alsace-Lorraine », explique Benjamin Crouzet qui a commencé de chasser dans cette région. Cela vient d’Allemagne où les tirs d’été, dès le mois de mai, sont beaucoup pratiqués. Cette technique de chasse était totalement absente ailleurs en France jusqu’au début des années 2000. Puis, le tir d’été a commencé à se développer pour lutter contre les dégâts de chevreuils et aujourd’hui, il est encouragé contre les dégâts de sangliers ».

Lui-même préside une société de chasse dans le Sud Morvan dont les dix adhérents sont des adeptes de l’affût et de l’approche. « Ce type de chasse est complémentaire aux battues qui restent nécessaires pour réguler en quantité », introduit l’intéressé. Mais plus exigeante et plus précise, la chasse à l’affût ou à l’approche est un meilleur moyen de gestion des populations, notamment parce qu’elle implique une connaissance bien meilleure de la faune et du territoire.

Très technique mais passionnante

Alors que la battue repose surtout sur le travail des chiens, l’approche ou l’affût fait appel exclusivement au talent du chasseur. « Pour l’affût, on se poste à un endroit choisi avec soin et on attend le gibier ». Cela se pratique tôt le matin et tard le soir (1 heure avant le lever du soleil et 1 heure après le coucher) : « on dort peu ! », confie Benjamin Crouzet.

L’idéal est d’installer un mirador sur un endroit stratégique, choisi avec soin. Le chasseur doit tenir compte du vent de sorte que le gibier ne détecte pas l’odeur humaine. Il ne doit pas faire de bruit et veiller à être le moins visible possible. Tout est fait pour réunir de bonnes conditions de tir. Le chasseur doit être équipé d’une bonne paire de jumelle. Il lui faut une carabine munie d’une lunette à fort grossissement et bien réglée. Un support en trépied est recommandé. Dans le cas de l’approche, « on se promène selon un circuit bien déterminé à travers le territoire de chasse. Le risque d’être senti, entendu ou vu est encore plus grand : il faut bien prendre le vent, porter des chaussures silencieuses, camoufler son visage et ses mains… Difficile, l’approche est très grisante. Seul face à l’animal, on se met à la place du prédateur ! La stratégie consiste à s’approcher au maximum du gibier de sorte qu’il souffre le moins possible lors du tir ».

Les deux techniques de chasse impliquent énormément d’observation et de stratégie. « L’affût permet de cibler et choisir les animaux à prélever. Et dans les deux cas, le chasseur voit beaucoup de choses : la présence et les habitudes des animaux, leur biotope, leur fréquentation des cultures, des plantations forestières… Tout cela nous sert à gérer la population », souligne Benjamin Crouzet.

Efficace contre les dégâts

Le tir d’été est un bon moyen de lutter contre les dégâts de sangliers, souligne l’intéressé. Sur le territoire de chasse qu’il préside, Benjamin Crouzet est en contact étroit avec les agriculteurs qui lui livrent leurs observations au jour le jour. Cela permet au chasseur de « positionner ses miradors mobiles aux endroits stratégiques pour protéger les cultures ». Ainsi, lors d’un affût d’été, il peut intervenir sur une compagnie de sanglier qui vient se nourrir dans la culture. « Le prélèvement d’un seul marcassin suffit à dissuader la laie meneuse de revenir sur les lieux. Si on tuait la laie, on risquerait de provoquer davantage de dégâts en dispersant la compagnie », explique Benjamin Crouzet.

L’efficacité du tir d’été face aux dégâts de gibier est appréciable pour les agriculteurs.

Sur son secteur, Benjamin Crouzet a instauré un véritable partenariat avec la profession. « C’est notre devoir en tant que chasseur de répondre à leur problématique. Nous, c’est notre passion, mais eux, il s’agit de leur métier ! On ne risque pas de mettre en péril la population de sangliers en tirant une bête rousse ! ».

Une meilleure gestion du territoire

La pratique du tir d’été s’inscrit dans une gestion du territoire dans son ensemble et toute l’année. L’affût et l’approche en matinée ou en soirée donnent à voir bien plus de choses que la battue, assure Benjamin Crouzet. Cette technique d’observation privilégiée est à la fois très instructive et plaisante, tant elle donne à contempler la nature. « Mes enfants m’accompagnent régulièrement », confie-t-il. Sur son territoire, le tir à l’approche permet aussi de réguler les renards. Car, outre l’affût et l’approche, Benjamin Crouzet et ses coéquipiers pratiquent la chasse au petit gibier (lièvre, faisan, perdrix, bécasse…). Une autre alternative à la traditionnelle battue.

Des viandes de gibier plus tendres et plus savoureuses

Le tir à l’affût ou à l’approche a aussi pour avantage de produire une venaison de bien meilleure qualité, assure Benjamin Crouzet. Chasseur et grand amateur de viandes de gibier qu’il aime cuisiner, Benjamin Crouzet parle d’une viande « complètement différente de celle d’un gibier de battue ». La viande est en effet plus tendre, plus savoureuse, fait-il valoir. Lui n’hésite pas à faire déguster des burgers de chevreuils ou des côtelettes de sangliers au barbecue… La valorisation de la venaison est un sujet qui mobilise beaucoup cet administrateur à la FDC 71. Dans ce cadre, il a initié un partenariat avec le lycée hôtelier Dumaine à Mâcon. Les chasseurs ont fourni à l’établissement de la viande de gibier à cuisiner. Les plats ont pu être dégustés lors d’une soirée thématique en décembre dernier. « Il y a de plus en plus de gibier dans la nature et les chasseurs se retrouvent avec de plus en plus de venaisons à partager. Or 80 % de la viande de gibier distribuée en France est issue d’importation. Il faudrait arriver à mettre en place une collecte de la venaison en France pour la valoriser auprès des consommateurs avec l’assurance d’une origine française et saine ».