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Agrioccasions, les occasions agricoles

Dans les casseries, les œufs français se font rares

Transformation / À Sanvignes-les-Mines (Saône-et-Loire), l’entreprise Socovo, casserie industrielle, transforme chaque jour près de 20 tonnes d’œufs déclassés pour faire gagner du temps aux industriels et artisans. Mais depuis l’automne dernier, la société fait face à une difficulté inédite : trouver suffisamment de matières premières pour répondre à la demande croissante.

Par Charlotte Bayon
Dans les casseries, les œufs français se font rares
©P_Le_Douarin_Réussir.
Pour sécuriser ses volumes, Socovo reste fidèle aux œufs français.

Lucas Desmurger, directeur commercial de Socovo, ne cache pas les effets de cette tension : « Depuis l’automne, nous sentons vraiment que les œufs se font rares. Nos clients passent des commandes élevées, parfois gonflées pour sécuriser leur approvisionnement, mais nous n’avons pas plus d’œufs à livrer », explique-t-il. La casse revalorise tous les œufs fêlés, tachés ou déclassés en œufs entiers, blancs ou jaunes pasteurisés, destinés à l’agroalimentaire, aux distributeurs et aux gros artisans de la région. Cette situation s’inscrit dans le contexte national tendu, puisque la France produit aujourd’hui environ 95 % des œufs consommés sur son territoire, avec une consommation moyenne de plus de 220 œufs par personne et par an. La transition vers des systèmes d’élevage alternatifs, tels que l’élevage en plein air, label rouge ou bio, réduit progressivement la production d’œufs de poules élevées en cages, autrefois majoritaires, compliquant l’équation pour les centrales comme les casseries et les metteurs en marché.

Une hausse des prix difficile à répercuter

Les tensions se traduisent également sur les prix. « Nous essayons de tenir les prix pour la majorité de nos clients, mais la hausse du coût des œufs est largement absorbée par nos marges », précise Lucas Desmurger. Certains clients sont facturés au prix du marché, avec révision régulière des tarifs, tandis que d’autres bénéficient de prix stabilisés sur l’année. Dans tous les cas, la disponibilité l’emporte sur la rentabilité : « Notre priorité est de livrer, même si cela demande de composer avec les approvisionnements et les commandes reportées », assure-t-il. Pour sécuriser ses volumes, Socovo reste fidèle aux œufs français. « Nous n’achetons pas d’œufs étrangers. Même lorsque nous élargissons nos approvisionnements, tout reste national », insiste le directeur. La filière travaille en parallèle à la construction et à la transformation de bâtiments d’élevage pour répondre à la demande des consommateurs et aux nouvelles normes. Le calendrier de production, quant à lui, reste marqué par des pics saisonniers, de mi-septembre jusqu’aux fêtes de fin d’année, incluant la période de la galette des rois. Des pics qui accentuent encore la pression sur les centrales.

Perspectives pour la filière

Malgré ces difficultés, l’optimisme reste de mise : « La disponibilité devrait s’améliorer au printemps, avec la mise en service des bâtiments en cours de transformation et l’adaptation progressive des élevages aux systèmes alternatifs », explique Lucas Desmurger. La filière française tente de concilier transition des modes d’élevage, souveraineté nationale et sécurité sanitaire, malgré la conjoncture actuelle. « La situation est complexe pour le moment, mais nous voyons déjà des signes d’amélioration. Il faudra quelques mois pour que les ajustements prennent pleinement effet », conclut Lucas Desmurger. Pour les centrales comme Socovo, la priorité reste claire : maintenir un approvisionnement fiable et 100 % français, même en période de tension.

Charlotte Bayon