La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat, organisait, début juin, une table-ronde sur le thème "Être agricultrice en 2021". Formation, installation, revenus, statut…, la sphère agricole reste, selon les intervenantes, encore trop masculine.

Encore des droits à conquérir

« J’ai peut-être une position radicale, mais le seul statut reconnu qui puisse permettre une égalité entre l’homme et la femme est celui de chef d’exploitation. Il faut donc supprimer le statut de conjoint collaborateur », a déclaré Manon Pisani, membre du bureau JA. Si sur le fond, les sénatrices, sénateurs et agricultrices présents à la table ronde acquiescent, certaines sont plus mesurées à l’image de Jacqueline Cottier, présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA et de Natacha Guillemet de la Coordination rurale : « Il faut limiter ce statut à cinq avant qu’elles changent de statut. Soit, elles deviennent salariées, soit chef d’exploitation, soit elles travaillent à l’extérieur », ont-elles dit en substance. « Les femmes agricultrices doivent exister par elles-mêmes et ne pas vivre uniquement qu’à travers leur mari », a ajouté Natacha Guillemet. Pour Anne Gautier, présidente de la Mutualité sociale agricole (MSA) du Maine-et-Loire, « quand il y a du travail pour deux, il doit y avoir un revenu pour deux et ce n’est pas à la femme de se sacrifier ». L’image du métier reste encore trop masculine ont déploré les intervenantes, Céline Berthier de la Confédération paysanne parlant même de « sexisme ordinaire (…). Les femmes ne sont pas vues comme des professionnelles et nous sommes très souvent reléguées à des “tâches molles ou invisibles”, comme l’accueil, la comptabilité. On demande toujours où sont les brebis de Monsieur, où est le tracteur de Monsieur… ».

Mieux adapter le matériel

Françoise Liébert, haute fonctionnaire en charge de l’égalité femmes-hommes au ministère de l’Agriculture abonde dans ce sens et reconnaît que le « travail reste genré dans l’agriculture même si des évolutions sensibles sont à noter ». C’est notamment le cas pour la formation initiale qui accueille aujourd’hui 45 % de jeunes femmes. Cependant, peu d’entre elles choisissent ensuite la voie de l’installation : « Seules 20 % des dotations aux jeunes agricultrices sont accordées à des femmes », détaille la haute fonctionnaire. En effet, beaucoup de jeunes femmes s’orientent à l’issue de leur formation agricole vers des carrières sanitaires et sociales. Des difficultés similaires se rencontrent quand les jeunes femmes doivent effectuer des stages en exploitation, a souligné Christine Valentin, première vice-présidente de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Toutes les agricultrices auditionnées réclament notamment une meilleure adaptation du matériel et des postes de travail car les sacs de ciment de plus de 35 kg ou les prises de forces, pour ne citer que ces deux exemples,  ne sont pas adaptés. « Nous avons alerté les constructeurs de matériel agricole pour nous faciliter la tâche. Si c’est moins pénible pour nous, ça le sera aussi moins pour les hommes », a souligné Jacqueline Cottier. En plus de ces dossiers, d’autres sujets restent tout aussi essentiels : la rémunération, l’accès aux prêts bancaires, au foncier, les congés maternité et parental, l’accès à la santé et aux soins, l’engagement syndical, la charge mentale des agricultrices, l’articulation des temps de vie (professionnelle, familiale, personnelle…). La Commission sénatoriale devrait rendre un rapport sur les agricultrices d’ici la fin de l’année.

La DJA en question

Faut-il repousser l’âge auquel les jeunes agriculteurs pourraient percevoir la Dotation aux jeunes agriculteurs (DJA) ? C’est l’une des questions récurrentes qui est revenue plusieurs fois au cours de cette table ronde. Pour les JA, Manon Pisani a indiqué que cette DJA « doit rester aux jeunes sans laisser sur la touche les plus de 40 ans ». Elle n’est pas contre l’idée d’un dispositif parallèle pour les personnes qui s’installent après cet âge fatidique. « On n’a pas les mêmes projets à 20 ans qu’à 40 ans », explique-t-elle. Christine Valentin (APCA) préfère la notion de « nouvel installé quel que soit son âge ». Elle indique que certaines régions peuvent accompagner ce nouvel installé. Le ministère de l’Agriculture par l’intermédiaire de Françoise Liébert fait savoir qu’il est « favorable au report de l’octroi de la DJA au-delà de 40 ans » et « qu’une réflexion est actuellement en cours ». Cependant, le cabinet de Julien Denormandie a démenti cette information peu après.