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Cahiers des charges des appellations des vins de Bourgogne

Des « mesures type » pour avancer collectivement

La CAVB et la délégation territoriale de l’INAO ont mené un travail inédit pour harmoniser les modifications des cahiers des charges des appellations bourguignonnes. Objectif : gagner en efficacité tout en intégrant les enjeux climatiques et agronomiques.

Par Cédric Michelin
La CAVB et l’INAO harmonisent les cahiers des charges des vins de Bourgogne avec des mesures types pour accélérer l’adaptation climatique et réglementaire.
La CAVB et l’INAO harmonisent les cahiers des charges des vins de Bourgogne avec des mesures types pour accélérer l’adaptation climatique et réglementaire.

En Bourgogne, la révision des cahiers des charges prend une nouvelle dimension. La Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB), en lien étroit avec la délégation territoriale de l’INAO, a coordonné un travail collectif inédit pour harmoniser les demandes de modification. Tout est parti d’un questionnaire envoyé à l’ensemble des organismes de défense et de gestion (ODG). Objectif : recenser les réflexions en cours et les besoins de chaque appellation. Les réponses ont permis de dégager des tendances communes. La commission “Cahiers des charges”, qui ne s’était pas réunie depuis plusieurs années, a alors été relancée. « Beaucoup d’ODG formulaient les mêmes propositions. On voulait éviter que chacun reparte à chaque fois de zéro », rappelle Charlotte Huber, directrice technique de la CAVB.

Selon Charlotte Huber, le but était de « constituer un dossier à tiroirs, avec des « mesures type » que les ODG peuvent solliciter, les argumentaires techniques et réglementaires déjà prêts, et les points de contrôle associés ». Une démarche inédite en France. Le document intègre aussi la dimension de durabilité, désormais incontournable. « L’INAO demande que toute modification soit accompagnée d’un argumentaire sur la durabilité », précise-t-elle.

Un travail mené main dans la main avec l’INAO

Le projet a débuté en janvier, avec une volonté commune d’avancer rapidement. « Les services de l’INAO ont été très disponibles et motivés. Il y avait une vraie volonté de leur part de marquer le coup », souligne la directrice technique. Trois réunions de la commission se sont tenues les 21 janvier, 14 février et 20 mars, avant que le dossier ne soit présenté au Comité national de l’INAO durant l’été.

Et ce fut un succès. Le travail a été salué par les membres du Comité national de l’INAO. « Ils ont reconnu la qualité du dossier et la cohérence de la démarche », indique Charlotte Huber. Le projet a été présenté par la délégation territoriale de l’INAO, avec l’appui des représentants régionaux, dont Bruno Verret, membre de la commission “Cahiers des charges” en tant que président du Syndicat (ODG) des Bourgognes, qui a suivi le dossier de près.

Des mesures communes et immédiatement mobilisables

Ce dossier commun regroupe plusieurs évolutions harmonisées, désormais validées au niveau national. Il permet à chaque ODG d’adopter une mesure sans devoir rédiger un argumentaire complet ni relancer une procédure longue.

Parmi les évolutions retenues figurent l’entretien des inter rangs et l’interdiction du désherbage chimique ; l’encadrement des dispositifs antigel et anti-grêle ; l’obligation d’entretien des contours de vignes ; ou encore la période de repos de trois ans après arrachage. Certaines mesures concernent aussi la récolte, avec l’introduction d’une obligation de vendange en grappe entière ou manuelle, pour anticiper l’arrivée de machines (robots) capables de cueillir sélectivement les grappes. Inconvénient de l’avantage des mesures collectives à bien prendre en compte, « on a voulu que ces mesures soient prêtes à l’emploi. Si chaque ODG reformule à sa manière, l’ODG devra tout recommencer à zéro. Le but est d’être efficace collectivement », insiste Charlotte Huber. Ce travail anticipe également toutes les règles complexes de replis entre appellations.

Cépages accessoires : un levier d’adaptation

Le projet introduit aussi une avancée importante sur les cépages accessoires. Grâce à la validation du Comité national, les ODG peuvent désormais demander leur intégration de manière simplifiée. « Aujourd’hui, un ODG qui souhaite introduire un cépage accessoire n’a plus qu’à faire un courrier à l’INAO. Tout l’argumentaire est déjà disponible et validé », souligne Charlotte Huber.

Les cépages concernés sont tous d’origine bourguignonne : Aligoté, Pinot gris, Chardonnay rose, Melon, Tressot, César. Un cépage résistant est également en observation : le UD 156 537, connu sous son nom commercial de Pinot Kors.

Des ODG déjà engagés

Deux appellations ont déjà intégré des mesures type : le clos de vougeot, pour l’encadrement de la récolte, et Volnay Premiers Crus, pour l’interdiction du désherbage chimique et l’entretien des contours. Trois autres ODG doivent suivre au Comité national de novembre : les grands crus gevrey-chambertin, mâcon et viré-clessé.

En parallèle, le dispositif d’Évaluation des Innovations (DEI) permet de tester de nouvelles pratiques viticoles ou œnologiques à petite échelle, sans sortir du cadre AOC. « L’INAO est aujourd’hui dans une logique d’innovation. Il veut donner aux ODG les moyens de s’adapter sans dénaturer les appellations », rappelle Charlotte Huber. Pour l’instant, peu d’ODG bourguignons l’ont mobilisé, car le dispositif reste administratif. Mais la CAVB est prête : « Nous avons tous les argumentaires et les outils. Il ne reste qu’à s’en saisir ».

Mais tout ne se fera pas encore au sein des AOC. Pour l’heure, par exemple, pour les variétés résistantes (mildiou, oïdium, black rot), la Bourgogne s’appuie plutôt sur les cahiers des charges IGP (Indication géographique protégée), plus souples et mieux adaptés à l’expérimentation. L’objectif est clair : répondre aux attentes sociétales tout en améliorant les conditions de travail. « Si un vigneron peut traiter deux fois par an au lieu de huit, il y gagne en qualité de vie et en durabilité », conclut Charlotte Huber. De quoi tester et avoir pour la suite des arguments solides, lorsque ces essais – individuels ou collectifs – sont faits avec un suivi scientifique et technique sur plusieurs années.

Densité de plantation : le prochain grand débat

Le chantier suivant s’annonce lui aussi technique : la densité de plantation. Les positions sont contrastées. « Certains estiment que des écartements plus larges permettront une meilleure adaptation au changement climatique, d’autres pensent au contraire que c’est en augmentant la densité, vers 14.000 ou 15.000 pieds à l’hectare, qu’on peut maintenir une belle expression végétale », ne tranche pas Charlotte Huber, à l’image de la CAVB qui est à l’écoute de tous les ODG. Pour nourrir la réflexion, la CAVB prévoit d’organiser, au début de l’année prochaine, une conférence dédiée aux systèmes de conduite, avec la participation de chercheurs et vignerons qui ont testé plusieurs de ces systèmes.