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Vendanges

« Encore une année chaotique »

La récolte 2025 avance bon train dans les différentes appellations de la Saône-et-Loire avec presque partout le même constat : la qualité est au rendez-vous, mais les rendements sont plus maigres que les estimations pré-vendanges. Tour d’horizon.

Par David Bessenay
« Encore une année chaotique »

Dans le canton de La Chapelle-de-Guinchay, Patrice Fortune, président de l’Union viticole, rattaché à la FDSEA, est tout proche de terminer sa récolte 2025 (NDLR : interview réalisée le mardi 2 septembre) et il ne cache pas sa déception au moment de dresser un premier bilan. « On est largement en dessous des volumes espérés, Pour certains, c’est même un peu la « cata ». Il faut attendre les dernières vignes, peut-être certains pourront se refaire la cerise sur les secteurs tardifs ».

La situation était déjà tendue depuis le passage d’un orage de grêle qui avait sérieusement amputé le potentiel de récolte du côté de saint-amour, la canicule n’a fait qu’empirer les choses. Alors certes, la pluie des derniers jours a fait du bien « mais il aurait fallu qu’elle tombe 15 jours plus tôt », regrette le vigneron de Crèches.

Il se rassure avec la qualité de ce millésime précoce : « Il y a de beaux arômes, une belle concentration de matières et les couleurs sortent bien sur les rouges ».

« Jongler avec la pluie » pour finir

À la Cave des Terres Secrètes, à mi-chemin des vendanges, Michel Barraud est un président un peu déçu par les volumes. « On a commencé la récolte le 22 août par les crémants. Il y a une belle qualité, mais on a été surpris par les rendements plus bas que prévu ». En vins tranquilles, « on a commencé très vite en saint-véran car les maturités étaient bonnes, mais là encore, la quantité est faible ». Pour le coopérateur, les raisons de ce manque sont multiples : le mildiou, la sécheresse « plus que le manque d’eau, les températures extrêmes qui ont entraîné des brûlures sur les parcelles exposées au soleil de l’après-midi ».

Depuis quelques jours, les vignerons doivent « jongler avec la pluie » et l’état sanitaire pourrait évoluer défavorablement. Il ne faudra donc pas traîner pour rentrer la récolte d’autant que les prévisions météo ne sont pas rassurantes.

Alors lui aussi se remonte le moral avec la qualité du futur millésime : « C’est top ! Les jus sont bons et présentent une belle richesse. Les degrés sont assez élevés, les acidités correctes et les pH bons. C’est un beau millésime en vue, mais il y aura sans doute deux profils de vins : ceux qui ont récolté avant la pluie et ceux qui ont récolté après ».

Dans le nord du Mâconnais, l’appellation viré-clessé est un peu plus tardive. « Tout le monde n’a pas encore commencé, nous avons la spécificité sur l’appellation d’avoir des vignerons qui récoltent très tard. Il y a des secteurs chargés, il faut attendre que ça mûrisse », analyse le président Benjamin Dananchet. Une patience permise par la météo de l’année : « nous sommes sur un secteur qui a été très arrosé cette année, donc ça ne défeuille pas ».

Une exception toutefois, la partie nord de l’appellation a été récemment touchée par la grêle et les vignerons concernés ont donc décidé d’accélérer le pas pour éviter une détérioration des raisins.

Concernant les rendements, la situation ne s’annonce pas non plus idyllique. Sur le secteur Clessé, le mildiou a fait de gros dégâts suite à la pluviométrie importante de mai et début juin. « D’après mes premières infos, on est en dessous concernant les volumes ».

Exploitations fragilisées

En côte chalonnaise, le moral n’est pas au beau fixe. Le président de l’ODG givry, Nicolas Ragot, dresse un constat alarmant, au point d’avoir pris une série de photos des grappes chétives pour s’en souvenir. « C’est ma deuxième plus petite récolte sur les trente dernières années ! »

Tout a commencé au moment du passage de la fleur « avec la pluie, les premières inflorescences ont coulé et le volume potentiel s’est amoindri ». La canicule a fait le reste. Résultat, « les grumes et les grappes sont petites, les poids sont très faibles ». Et pour le président de l’ODG, ce manque de volumes, qui fait suite à une année 2024 compliquée, va fragiliser économiquement les exploitations. « Les consommateurs aimeraient que l’on baisse le prix de nos bouteilles, mais c’est impossible avec de tels rendements et des charges qui ne cessent d’augmenter ».

Pour ceux qui doivent encore en terminer, il ne faudra pas tarder à récolter car « il est tombé ces derniers jours entre 120 et 140 mm, les machines doivent travailler entre deux averses ».

Même son de cloche du côté de Rully où le président de l’ODG, Jean-Baptiste Ponsot vient de terminer sa récolte : « on a été surpris par des rendements moins élevés qu’on pensait ». Il incrimine les épisodes successifs : coulure, sécheresse, brûlures… « Au 10 août, la récolte était jolie, mais la canicule d’une dizaine de jours nous a fait perdre 20 hl/ha. Selon les domaines, on est entre 45 et 75 % du rendement de l’appellation ».

Heureusement, ici aussi, les jus présentent un bel équilibre et promettent un beau millésime.

« Avec ces deux millésimes consécutifs peu quantitatifs, cela permettra peut-être de maintenir les cours. On continue de raréfier le bourgogne… », ironise le président, en guise de sarcasme triste.